
Actualités : ABATTOIR DU RUISSEAU A l’aube automnale
Six heures trente du matin, tandis que la capitale se réveille à peine de la torpeur d’une aube automnale, l’abattoir d’Hussein- Dey grouille de monde. Cette ville dans la ville aux activités multiples retombera dans le calme à peine quelques heures plus tard. Propriétaires d’animaux, adjudicateurs, bouchers, maquignons, vétérinaires, sacrificateurs, vendeurs à la sauvette, agents de sécurité, étudiants… ils évoluent tous autour des carcasses d’animaux sacrifiés durant la nuit. A sept heures du matin, en face de la grande salle où sont entreposées
les carcasses de bovins et ovins, près d’une centaine de personnes
trépignent d’impatience face à la porte fermée pour que les vétérinaires
puissent effectuer leur travail d’inspection. Assis à même le sol, adossés
aux murs et aux véhicules stationnés, grossistes en boucherie, propriétaires
d’animaux, et autres adjudicateurs et maquignons crient en s’adressant aux
personnes se trouvant à l’intérieur de l’immense salle d’ouvrir la porte.
Ici les commentaires vont bon train «ouvrez-nous la porte» «Qu’est-ce qui se
passe à l’intérieur ?» «Laissez-nous vaquer à nos affaires !» Le bruit de la
porte qui s’entrouvre fait sursauter les présents mais ce n’est qu’une
fausse alerte. Ils devront attendre que l’équipe de vétérinaires termine son
travail d’inspection. Certains ont déjà préparé «le matériel» pour
transporter les têtes d’animaux et les panses. Ce sont des brouettes en fer
petites ou grandes où la rouille et l’action du temps ont déjà fait leur
effet. De la graisse accumulée au fil des jours et les différentes
utilisations encrassent les objets stationnés devant la porte du grand
hangar. A l’intérieur, évoluent les vétérinaires et quelques sacrificateurs.
Le plus gros du travail a été effectué durant la nuit et des dizaines de
carcasses d’ovins et de bovins vidées et nettoyées sont suspendues à des
treuils. A genoux, un vétérinaire les mains gantées, fourrage dans la
graisse et les os du crâne d’un bœuf abattu quelques heures plus tôt. «C’est
un cas de tuberculose bovine, elle fait des ravages ces jours-ci, une fois
la bête abattue, je recherche d’autres indices qui m’informent plus sur la
maladie», explique le vétérinaire qui poursuit : nous avons fait
l’inspection anté mortem hier et cet abattoir est l’un des rares à permettre
ce genre d’examen. Pourtant, il est important et permet de voir les bêtes
avant l’abattage pour découvrir d’éventuelles maladies, de voir l’état de
l’animal poursuit» le docteur Siad. Dans la salle, les chefs tueurs tels que
nommés dans l’abattoir, terminent l’organisation des opérations avant
l’entrée des autres intervenants.
Des conditions d’hygiène approximatives
Tout le long des rigoles où les bêtes ont été abattues, stagnent des eaux
noirâtres mélangées au sang et aux restes d’abats dont les intervenants ne
font pas cas. Des chats traînent à la recherche de quelques morceaux
oubliés. Le sol glissant est recouvert d’une touche de graisse et de restes
de multiples opérations d’abattages et qui ont apparemment échappé aux
opérations de nettoyage effectuées pourtant quotidiennement. Le docteur Siad
explique que l’hygiène a, en dépit de la situation actuelle, connu une nette
amélioration. «Nous avons bataillé pendant les dix dernières années pour
avoir un minimum d’hygiène. Pour les abattoirs privés, le travail se fait à
la chaîne et dans les normes. Ici l’abattoir date de l’année 1929 et ne
répond plus aux exigences et il est impossible d’y appliquer les normes»,
confie le docteur Siad. Presque toutes les carcasses ont été estampillées et
ont eu donc le OK des services vétérinaires. Quelques-unes cependant ont été
mises de côté. Sur une feuille blanche collée sur la carcasse apparaissent
de grosses lettres écrites en noir «en observation», le docteur Siad
explique que ce sont des cas suspects qui nécessitent une deuxième
inspection qui leur permettra de sortir de l’abattoir ou dans le cas
contraire seront détruits et notamment «arrosés» de crésyl sur place.
Quelquefois les propriétaires s’en sortent avec seulement une saisie
partielle. Ici une saisie ou une destruction de la carcasse coûte beaucoup
d’argent. Cela peut aller à plus de 100 000 DA explique notre interlocuteur
qui évoque les cas de propriétaires d’animaux ou de chevillards qui se sont
évanouis en apprenant qu’ils ne pouvaient récupérer les carcasses. Il y a
ceux aussi ceux qui protestent et tentent de convaincre à tout prix les
vétérinaires de leur laisser les bêtes abattues.
Plusieurs intervenants et… un ordre établi
A huit heures du matin, les portes de la grande salle sont ouvertes. Les
intervenants prennent la salle d’assaut. Chacun vérifie sa marchandise,
c’est l’étape de la pesée…et des spéculations en tout genre. Les maquignons,
ceux qui ont vendu les bêtes en premier, les rabatteurs qui vendent aux
chevillards, s’empressent de contrôler la marchandise et de surveiller la
pesée. Ici une carcasse peut passer par plusieurs mains et est vendue près
de quatre fois. Les abats rouges, très prisés, et aux prix exorbitants ont
déjà été vendus. Dans le désordre apparent et les multiples intervenants,
tout le monde se retrouve. Comme ici, les prix des viandes peuvent changer
du jour au lendemain. Quelques minutes plus tard les viandes qui n’ont pas
été vendues sont entreposées dans deux immenses salles frigorifiques. Dans
la grande cour de l’abattoir, les particuliers ont déjà fait leur entrée.
Ils sont là pour acheter de la viande moins chère alors que cela doit être
interdit, déclare le vétérinaire. Des vendeurs ambulants déambulent pour
proposer sachets en plastique, calepins et crayons et même du thé chaud.
Pour le transport des carcasses, ces dernières sont en général tout
simplement entreposées à l’arrière de véhicules particuliers et il n’y a que
les collectivités qui sont astreintes à un certificat de salubrité et donc
le transport des viandes dans un véhicule frigorifique. A l’entrée de
l’abattoir dans les petits restaurants, les viandes et abats sont déjà
découpés et prêts à être grillés, il n’est que neuf heures du matin. Les
lieux se vident peu à peu en attendant la reprise de l’activité effrénée en
début de soirée. F. Z. B.
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