La sortie mondiale du quadruple album de Takfarinas depuis le 2 novembre dernier constitue en soi l’un des événements musicaux de l’année. Jamais un nouveau produit n’a connu pareil succès avant même sa sortie chez les disquaires. Attendu comme une éclipse, le quadruple album, en véritable cosmopolite, nous a franchement embarqués dans la nouvelle planète, signée Takfarinas. Un artiste au sens très large qui se conjugue désormais avec l’universel. Honneur aux dames, le premier volume, parmi les 29 titres inédits dont 12 en français avec leur versions kabyle et un duo en anglais, place l’inventeur de la “yat” dans toute sa passion et son obsession pour la confection de ce nouvel opus, durant les 18 mois qu’il avait passés au studio, et 8 pour réaliser uniquement la maquette du disque en compagnie de plus de 100 musiciens venus des quatre coins de la planète. Le label Tak, ça se paye aussi. Même le produit mis sur le marché par les éditions Izem n’a rien à envier à tout ce qui se fait chez les grosses boîtes de production de par la qualité de la jaquette, du son et du support luimême. Jamais un chanteur algérien, voire africain, n’a réuni pour la même cause autant de musiciens (de Chine, du Maroc ou de la Jamaïque) pour ne citer que ces pays. Takfarinas a mis “tout simplement en lumière sa double identité, assumée, revendiquée” avec “des mots justes et sensibles faisant parfaitement écho aux émotions, aux élans qui nourrissent et animent Takfarinas. Il lève ainsi toute ambiguïté”. Ce qui anime Takfarinas — en tout cas on retrouve la même ferveur, la même voix sur laquelle il impose un gargarisme depuis qu’il confectionne ses albums tous aussi aboutis —, c’est d’abord les cris de révolte, de colère, de vigilance, de mélancolie et surtout d’amour face “aux grimaces du monde”. Et rendre hommage aux femmes, “ce fut d’abord laisser jaillir sa révolte face à l’oppression qu’elles subissent”. Et à Takfarinas de livrer sa guerre contre les oppresseurs, les obsédés de tendresse et de vie. Sa culture universaliste se construit aussi en collaboration avec ses amis qu’il a cherchés partout pour les besoins de la bonne cause : défendre l’amour et la fraternité là où ils existent. Tout un patchwork de style éclectique d’un tube à l’autre réunis autour de ces 4 albums. Des rappeurs (algériens, chinois, américains), des chanteurs R’n’B’, du reggae de la Jamaïque, du rock, du funk, du chaâbi et pour la première fois un duo berbère algéro-marocain, ont tous contribué pour réaliser ce pur bonheur musical de plus deux heures. Et pour les textes, Takfarinas a partagé sa complicité avec un jeune Français d’origine kabyle, Hocine Hallaf, très connu pour avoir écrit à plusieurs chanteurs Français dont Jennifer et David Hallyday pour son dernier album et avec un autre parolier Pierre Gros, auteur de plusieurs textes chantés par Polnareff. Chouf chouf, Hommage aux martyrs du Printemps noir sont aussi les autres volumes formés d’une rivière de chansons pailletées de lumière, de balades rêveuses et amoureuses, des provocations à l’abandon et des appels irréductibles à la danse sur fond d’un style et de mélanges toniques. Pour les besoins de la promotion, Tak part en tournée mondiale dès le 8 décembre prochain. Une tournée qui le conduira en Chine, au Canada, aux USA en passant par l’Europe et le Cabaret sauvage à Paris. J-L-Hassani
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