
Régions Centre : TIZI-OUZOU Est-il permis de transformer un cinéma en souk ?
Est-il permis de transformer un cinéma en souk ? Aussi absurde et bizarre soit-elle, la question n’est pas du tout déplacée au vu du destin réservé à l’ex-cinéma Le Studio par l’ex-maire de Tizi-Ouzou qui, en guise de lutte contre le chômage, prétexte apparent, et pour s’assurer le soutien de certains jeunes du quartier Cnep, motivation réelle, a délivré à la veille de son départ forcé par un vote de défiance une autorisation de démolition au responsable du quartier dans le but de transformer la structure culturelle en marché, et ce, nonobstant l’attribution, vieille d’une dizaine d’années, dudit cinéma à l’association culturelle Idles. Pourtant, une note du wali datée du 4 juillet 2004 rappelle au maire que les édifices qui font partie du patrimoine du secteur de la culture ne doivent sous aucune manière être détournés de leur vocation initiale, à savoir la culture et les loisirs. Le wali réagissait ainsi à une correspondance de la daïra signalant la prochaine transformation des cinémas Djurdjura et Le Mondial en centres commerciaux occultant, en revanche, Le Studio pour des raisons obscures et que la rumeur publique qualifie de récompense pour services rendus. La décision saugrenue de l’ex-maire servira de prétexte au blocage de la mairie pendant une semaine par un groupe de jeunes manipulés cherchant la confirmation auprès du nouveau maire. Y a-t-il eu marchandage avec le nouveau maire comme le suggèrent certains ? On en sait rien, mais le bénéficiaire est passé à l’acte : démolition des cloisons internes, ouverture d’un accès sur la façade à côté du hall d’entrée, toujours occupé par l’ancien locataire qui a intenté une action en justice. Le précédent ainsi créé par l’ex-maire a failli s’étendre aux salles de cinéma Djurdjura et Le Mondial, convoitées par d’autres groupes de jeunes pour en faire des marchés en substitution aux lieux et trottoirs occupés par le commerce informel, interdits depuis plus d’un mois. Contrairement au laisser-faire prévalant dans le cas du Studio, les autorités n’ont pas cédé aux pressions, sauvegardant ainsi le caractère culturel des deux structures, saccagées lors des manifestations consécutives à l’assassinat de Matoub Lounès, incendiées au cours des évènements du Printemps noir et squattées auparavant. Le chef-lieu de wilaya, qui possédait quatre salles de cinéma, un théâtre communal et une maison de la Culture n’a plus que cette dernière institution pour épancher la très grande soif culturelle qui se manifeste quotidiennement dans cette ville universitaire de près de 30 000 étudiants. Le nouveau maire, installé depuis un mois, aborde le dossier culturel avec la plus grande prudence, l’épineux problème créé par son prédécesseur et le silence total des autorités l’y incitent fortement. Il compte examiner la question avec la daïra, l’APW, le wali et le ministère de tutelle en vue de la réhabilitation et de l'élargissement du champ d’activité de ces structures en espérant pouvoir intégrer les jeunes des quartiers concernés. Bien que relevant du patrimoine communal, la réhabilitation et la remise en marche de ces structures, en mieux et en plus grand, s’avèrent impossibles à prendre en charge sur le budget de l’APC. Il ambitionne de transformer le statut juridique du théâtre communal Kateb-Yacine pour en faire une institution régionale avec le cahier de charges et les moyens correspondants, de créer une bibliothèque communale à la Nouvelle-Ville et un théâtre de verdure au niveau du squar Mohand Oulhadj, face à la maison de la Culture, restaurer l’ancienne mairie, la classer comme monument historique, tout en sauvegardant son cachet d’hôtel de Ville, figurent également parmi les projets à étudier avec les autorités. Selon le maire, il ne perd pas de vue la nécessité de créer des marchés de proximité, deux à la Nouvelle-Ville, un à la Haute-Ville et un dans chacun des quartiers périphériques de la ville, conçus de manière intégrée à l’environnement et gérés par l’APC. Il s’agit de générer des emplois, de déconcentrer ce genre d’activités et d’influer sur les prix. B. T.
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