|
"Après inventaire de toutes les pièces archéologiques, les experts de
la préhistoire algérienne sont soulagés. La pièce maîtresse de la
collection algérienne n’a pas été volée. "
Le FLN
La phrase titre n’est pas de moi, vous l’aurez compris.
On la doit à Jean-Pierre Chevènement, lorsqu’il n’était pas encore
président de parti, mais juste ministre français très influent. Plus près de
nous, Chirac, un autre Français, un autre "grand ami de l’Algérie",
avait déclaré à propos des velléités de fronde de Nicolas Sarkozy : "J’ordonne,
il exécute !". Comme on n’arrête pas depuis des mois de nous dire que
nous avons plus intérêt à nous rapprocher de nos amis gaulois que du grand
Satan américain, ayons au moins l’intelligence de copier les modes de
gouvernance et les pratiques de pouvoir en pays de Gaule. LA DISCIPLINE ! Tout
le contraire de ce qui se passe en ce moment dans ma belle et tendre contrée.
Qu’est-ce donc que ces crêpages de chignon entre la ministre de la Culture et
son "homologue" des Finances ? Ça avait commencé avec des échanges
langagiers à la limite de la bagarre de bar, un jeudi soir. Aujourd’hui, avec
l’histoire du pillage du patrimoine archéologique par des touristes
allemands, braconniers de la préhistoire, nous entrons de plainpied dans un
conflit plus lourd, celui des options de développement, celui des programmes et
des financements qui leur sont alloués. Que la mauvaise humeur fasse dire à un
ministre “viens à la sortie du Conseil de gouvernement, tu vas voir ta gueule
! ", je peux à la limite en rire encore un peu. Juste un peu. Mais que des
titulaires de portefeuilles d’un même exécutif se livrent à une guerre en
direct live sur ce qu’ils sont pourtant censés défendre de manière unitaire
et solidaire relève à mes yeux du scandale. C’est d’autant plus scandaleux
qu’avec cette équipe-là au grand complet, nous n’en sommes pas à la
première scène de ménage. Déjà, il y a quelques semaines, voire deux ou
trois mois, ce qui était censé constituer le fer de lance du programme
présidentiel, l’Alliance s’était finalement révélée un panier à crabes
aux pinces acérées. Surtout du côté islamiste du panier. J’avoue mon
inquiétude non feinte. 85% des Algériens ont voté pour la sortie de crise, la
paix, "leh'na" et la fin du désordre né d’un "pluralisme
préjudiciable à l’unité du pays". Avril est déjà loin et nous nous
retrouvons avec 3 partis majoritaires qui se glissent à qui mieux mieux des
peaux de banane sous les pieds, des ministres qu’il faut attacher à leurs
sièges pour qu’ils ne se castagnent pas en plein Conseil de gouvernement et
même, suprême hérésie que je vérifie tous les jours à la lecture, des
journaux du club présidentiel qui s’entre déchirent avec une férocité
jamais vue depuis 1990, depuis la naissance de la presse libre. S’il n’y
avait que nous ! Entre Algériens, nous ferions avec ! Coups de pied, coups de
poing, coups de tête, œil au beurre noir, et puis, épuisés, nous nous
serions affalés sur le trottoir de notre déchéance à attendre le prochain
Aïd pour nous pardonner à coups de boussboussate. Mais il y a les autres. Les
pays que nous draguons de manière effrénée et que nous voulons convaincre qu’ils
ont tout intérêt à venir investir ici. Ce que nous leur offrons en ce moment
n’est franchement pas beau à regarder. Je fume du thé et je reste éveillé,
le cauchemar continue.
H. L.
|