Samedi 11 Décembre 2004
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PEUT-ON GOUVERNER 30 MILLIONS D’ALGÉRIENS LORSQU’ON A PEUR D’UN SEUL VIEIL HOMME ?

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr
«Transports maritimes. Bientôt une ligne Batna-Béchar»

Sans eskale !

Au moment où vous vous dites et que vous l’écrivez, lorsque vous en avez la possibilité, que «les choses bougent et des petites ouvertures se font jour dans la muraille» vlan ! La porte — que dis-je ? — le trou de souris vous est immédiatement et brutalement refermé au nez. Prenez cette conférence sur les droits de l’homme que devait animer mercredi dernier à Tizi-Ouzou maître Ali Yahia Abdenour. Elle a été annulée. Et je ne veux même pas revenir sur les motifs officiellement invoqués par les autorités pour opposer un niet à cette manifestation. C’est tellement riquiqui qu’il me semble plus utile d’aller à l’essentiel. D’abord, une telle interdiction, même si on me jure le contraire sur tous les saints que compte ce pays n’est pas le fait des autorités locales. Que voulez-vous, c’est comme çà, j’ai les préjugés de mon âge, et lorsque une activité de cet «emmerdeur» de Ali Yahia Abdenour est interdite, pas besoin de dons divinatoires pour savoir que ce bon vieil Alger a toujours un œil aussi bien rivé sur les activités régionales des vieux insoumis. Il y a quelques années, le fait que Ali Yahia Abdenour se voit refoulé, interdit d’expression allait presque de soi, entrait dans le cadre d’une culture de la muselière littéralement revendiquée. Mais aujourd’hui ? On ne peut pas aller devant des diplomates arabes et africains réunis en grande pompe au Japon comme l’a fait Abdekka l’autre jour et leur assurer qu’il n’y a pas plus respectueux que l’Algérie des droits de l’homme lorsqu’au même moment, un vieillard encore vert, droit comme un chêne indéracinable est contraint au silence. A l’entrée de la Maison de la Culture de Tizi-Ouzou, cet homme-là ne portait pas de ceinture d’explosifs autour de la taille. Il ne dissimulait pas de détonateurs dans les poches de son «vieux pardessus râpé». Il voulait juste parler, expliquer, discuter, comparer, argumenter et peut-être –suprême effronterie- contredire. Il a été empêché de le faire. C’est dire tout le chemin qui reste à accomplir pour celui ou ceux qui crient dans un mégaphone nippon, français ou américain qu’ils veulent une société moderne, des femmes enfin débarrassées du carcan du code de la famille et qui s’effraient pourtant qu’un petit homme, au crépuscule de sa longue vie, de ses combats, contestables ou pas pour certains veuille dire autre chose, prononcer des paroles dont, finalement, le seul tort est de ne pas entrer dans le moule de la normalisation en cours et de la fraternisation au forceps. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue. H. L.

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