Lundi 13 Décembre 2004
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Corruptions : SELON LE BAROMÈTRE MONDIAL DE LA CORRUPTION 2004 DE TRANSPARENCY INTERNATIONAL
Les partis politiques constituent l'institution la plus corrompue du monde, suivis des parlements, de la police et du système judiciaire


Dans 6 pays sur 10, les partis politiques ont réalisé le plus mauvais score. Les gouvernements doivent redoubler d’efforts pour lutter contre la corruption, en commençant notamment par ratifier la Convention des Nations unies contre la corruption. Selon un nouveau sondage d’opinion publique, publiée jeudi dernier par Transparency International (TI) pour marquer la Journée internationale des Nations unies contre la corruption, les partis politiques seraient perçus par les différentes opinions publiques du monde comme l’institution la plus touchée par la corruption. TI est la principale organisation non gouvernementale internationale dont l’activité est exclusivement consacrée à la lutte contre la corruption à travers le monde.

D’après l’opinion des citoyens de 36 des 62 pays sondés, les partis politiques seraient l’institution la plus touchée par la corruption. Sur une échelle de 1 à 5, où 1 indique l’absence de corruption et 5 un taux extrêmement élevé de corruption, les partis réalisent le plus mauvais score partout dans le monde. Les partis politiques de l’Equateur sont les plus mauvais élèves avec un score de 4, suivi par ceux d’Argentine, d’Inde et du Pérou. Parallèlement, l’opinion publique estime que la corruption politique, ou grande corruption, est un problème très grave ; les interrogés pensent que la corruption touche davantage le monde politique de leur pays que le monde des affaires ou leur vie privée. Selon le Baromètre mondial de la corruption 2004, les parlements, la police et le système judiciaire occuperaient la deuxième place sur la liste des institutions les plus corrompues du monde, tout juste derrière les partis politiques. Le sondage portait sur plus de 50.000 personnes interrogées parmi le grand public et sur un total de 64 pays ; il a été réalisé par Gallup International pour le compte de l’ONG Transparency International (TI), dans le cadre de son “Enquête sur la Voix du peuple” qui s’est déroulée entre juin et septembre 2004. Le jeudi 9 décembre 2004, c’était la deuxième édition de la Journée mondiale des Nations unies contre la corruption. La Convention des Nations unies contre la corruption, adoptée en octobre 2003, doit être ratifiée par 30 pays pour devenir opérationnelle, 13 l’ayant ratifiée à ce jour, dont l’Algérie. La Convention devrait permettre à la fois d’opérer plus facilement des saisies sur des biens volés par des hommes politiques et de les restituer à leurs propriétaires légitimes. Elle devrait aussi faciliter les procédures d’extradition des hommes politiques corrompus s’étant réfugiés à l’étranger. Le Baromètre de cette année révèle que l’opinion publique reste pessimiste à travers le monde. Une personne sur cinq croit que la corruption va beaucoup augmenter dans les trois prochaines années. Dans cinq des pays concernés par le sondage (Cameroun, Kenya, Lituanie, Moldavie et Nigeria), au moins une personne sur trois a déclaré qu’elle- même ou un autre membre de son ménage avait versé un pot-de-vin au cours des douze mois écoulés. Le Baromètre mondial de la corruption 2004 indique également que les pauvres sont les plus touchés par la corruption. La moitié des personnes à faible revenu interrogées estime que la petite corruption constitue un très gros problème et 38% des personnes à revenu élevé pensent la même chose. Mais les pauvres affirment par ailleurs que leur vie privée et celle de leur famille subissent le plus l’impact de la corruption.

Institutions à risque

Le fait que le public ait désigné les partis politiques comme les institutions les plus corrompues vient également corroborer les conclusions auxquelles est parvenu le Baromètre mondial de la corruption de l’année dernière. Commentant ces conclusions, Cobus de Swardt, directeur des programmes internationaux du Secrétariat international de TI, a déclaré : “Les partis politiques servent de terrain de formation pour la plupart des chefs de gouvernement et des parlementaires. Les lois nationales devraient interdire aux partis politiques et aux candidats à une charge publique d’accepter des dons corrupteurs, tout en les obligeant à rendre publiques leurs sources de financement. Les partis politiques doivent prendre eux-mêmes des mesures d’assainissement interne en vue d’extirper la corruption et renforcer la transparence, notamment par une sélection juste des candidats, par la conduite de campagnes électorales saines, le renoncement aux sources de financement corrompues et par la divulgation de l’origine des dons qu’ils reçoivent.” Mais les partis ne sont pas considérés dans tous les pays comme l’institution la plus corrompue. D’après le Baromètre mondial de TI de la corruption 2004, les personnes sondées en Argentine, en Indonésie, en Corée du Sud, à Taïwan et en Ukraine estiment que les parlements/corps législatifs sont au moins aussi corrompus sinon plus corrompus que les partis politiques. Au Cameroun, en Géorgie, au Ghana, au Guatemala, au Kenya, en Malaisie, au Mexique, en Moldavie, au Nigeria, au Pakistan, aux Philippines, en Russie, en Afrique du Sud et en Ukraine, la police est considérée comme l’institution la plus corrompue. En Afghanistan, en Croatie, (ancienne République yougoslave), en Macédoine et au Venezuela, c’est le système judiciaire qui est considéré comme l’institution la plus touchée par la corruption. Pour Daniel Lebègue, président de TI France et ancien directeur de la Caisse des dépôts et consignations, “la lutte contre la corruption, c'est l'affaire de chacun d'entre nous. Au-delà du renforcement des règles de droit au plan international, il nous faut élargir la coalition des acteurs qui sont engagés dans la prévention et la répression de la délinquance financière, magistrats, policiers, journalistes mais aussi entreprises, ONG et citoyens. Pour progresser, nous devons également intensifier les actions de sensibilisation, d'éducation et de diffusion des bonnes pratiques. C’est à cet objectif que répond la journée du 9 décembre”. A Hong Kong, aux Pays-Bas, en Norvège et à Singapour, le secteur privé/les entreprises seraient les plus touchés par la corruption. Au Portugal et en Turquie, c’est l’administration fiscale qui est indexée comme étant la plus corrompue, et en Albanie, Bulgarie, Cameroun, Kosovo, Lituanie, Moldavie, Roumanie et Ukraine, c’est l’administration des douanes qui, par ailleurs, enregistre aussi des scores médiocres par rapport à d’autres institutions.

LSC

 

De la grande et de la petite corruptions, laquelle constitue le plus gros problème ?

Partout dans le monde, la grande corruption ou corruption politique – la corruption au plus haut niveau de l’échelle sociale par les élites dirigeantes et les grandes firmes – est considérée comme un très gros problème par 57% des personnes interrogées. Pour d’autres, en nombre moins élevé (45%), c’est la petite corruption ou corruption administrative – la corruption vécue au quotidien par le citoyen ordinaire, comme les pots-devin qu’il faut verser pour obtenir son permis de conduire ou pour les infractions au code de la route – qui est considérée comme un très gros problème. Néanmoins, la petite et la grande corruptions sont perçues dans l’ensemble comme des obstacles majeurs. D’après cette enquête, environ 8 personnes sur 10 les considèrent comme un gros ou un assez gros problème dans leur pays. La petite corruption ou corruption administrative n’est pas considérée comme un problème dans la plupart des pays industrialisés concernés par le sondage ; elle est particulièrement ignorée dans les pays nordiques et à Singapour. Parmi les exceptions – c’est-à-dire les pays où la petite corruption est considérée comme importante – figurent la France, la Grèce, le Portugal et l’Espagne où la grande corruption atteint les mêmes proportions que dans les pays en développement. Au Brésil, 99% des personnes interrogées considèrent la petite et la grande corruptions comme un gros ou un assez gros problème. L’opinion publique en Equateur et en Turquie pense également que ce sont des problèmes importants.

Qui verse des pots-de-vin ?

Dix pour cent des personnes interrogées à travers le monde ont déclaré qu’elles-mêmes ou certains membres de leur ménage avaient versé des pots-de-vin au cours des douze mois précédents. Au Cameroun, la majorité des personnes sondées a reconnu cette pratique. Dans les pays de l’Union européenne, les Grecs auraient versé le plus de pots-de-vin au cours de l’année écoulée (11%). Par contre, les Sud-Africains ont reconnu avoir versé de faibles montants dans des proportions comparables à celles des pays les plus industrialisés.

Le public pense-t-il que la corruption regresse ou progresse ?

S’agissant des perspectives d’avenir, 45 % des personnes interrogées à travers le monde estiment que la corruption va augmenter au cours des trois prochaines années contre 17% de personnes qui pensent qu’elle va plutôt baisser. Ces constats indiquent que les espoirs des populations à travers le monde ne se sont pas améliorés depuis la réalisation du Baromètre mondial de la corruption 2003. Les pays qui offrent les perspectives les plus pessimistes sont le Costa Rica et l’Equateur ; en effet 3 personnes sur 4 y prévoient une augmentation de la corruption. C’est l’Indonésie qui offre les perspectives les plus optimistes, 2 personnes sur 3 y prédisant une réduction de la corruption au cours des prochaines années. Plusieurs pays/territoires de l’Europe centrale et orientale affichent un optimisme plus modéré tandis que les habitants de Géorgie et du Kosovo sont particulièrement optimistes. Dans cinq pays de l’Amérique latine, plus de la moitié des personnes interrogées pense que la corruption va augmenter sensiblement au cours des trois prochaines années. Parmi les pays africains sondés, les Nigérians ont affiché le plus grand pessimisme et les Ghanéens, le plus grand optimisme. Les indiens sont très pessimistes ; en effet, 8 personnes sur 10 s’attendent à une augmentation de la corruption au cours des trois prochaines années dans ce pays contre moins de 6 personnes sur 10 au Pakistan. 7 Philippins sur 10 ont dit aussi s’attendre à un accroissement de la corruption. En Europe de l’Ouest, c’est en Allemagne, aux Pays-Bas, en Norvège, au Portugal et en Suisse que le grand public estime que la corruption va se développer au cours des prochaines années. La Grèce et l’Irlande sont les plus optimistes.

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