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“Déclaration du patron de Djezzy lors de la cérémonie célébrant les 3
millions d’abonnés : nous avons toujours cru en notre bonne… étoile.”
Délicieusement perfide
Il fait un froid de canard. De canard méditerranéen, donc
nécessairement frileux. Car s’il fait effectivement froid, la météo
algérienne est tout de même plus clémente que les valeurs négatives qui
glacent en ce moment l’Europe. Qu’importe ! Le quartier de Birkhadem s’extirpe
difficilement de sa nuit froide et humide. Les trottoirs et murs portent encore
les traces de cette rosée malsaine qui salit un peu plus un environnement
déjà pas très propre. Contre le mur de la mosquée, face à une boulangerie d’où
s’échappe une entêtante odeur de pâte en début de cuisson, il est adossé.
Les mains devant la bouche dans un geste qui voudrait imiter la combustion, il
tente de réchauffer de maigres doigts aux ongles sales. Le cheveu ébouriffé
et l’œil encore en proie à la fatigue d’une nuit mal négociée avec un
logeur ou des chiens errants, il attend. A vue d’œil, de mon œil bien à l’abri
dans l’habitacle de ma voiture, je lui donne 12 ans. 14 à tout casser. A
casser ce mur de glace qui semble isoler l’enfant des passants, des clients
pressés de la boulangerie et des fidèles qui entrent et sortent de la mosquée
dans un mouvement de foi intense, et qui pourtant, dans son infinie bonté et
générosité musulmanes ne remarque même pas cet adolescent. Le froid se
faisant de plus en plus vif malgré un soleil devenu à présent téméraire, le
visage de l’enfant est piqueté de rouge, à la limite de l’eczéma. Ce qui
ne l’empêche pas de rire et de plaisanter avec des adultes et d’autres
adolescents bruyamment sortis d’un café voisin et venus s’adosser à leur
tour au mur de la mosquée, comme s’ils y prenaient leur quart. Les rires
gras, les tapes dans le dos réchauffent. Tout comme ce café encore brûlant qu’un
homme, la quarantaine épuisée, tend affectueusement à l’enfant dans un
gobelet. Les doigts, gonflés par le froid, mais aussi par le plaisir anticipé,
l’enfant se saisit du gobelet et boit à petites lampées, comme pour faire
durer l’extase. Soudain, ce fragile équilibre du monde des errants, cette
fraternité des sans-emploi dans l’Algérie prospère de la relance à 50
milliards de dollars, cet assemblage hétéroclite entre quadragénaires et
adolescents boutonneux, candidats non déclarés à un emploi précaire, cet
équilibre-là se rompt brutalement. Un véhicule de marque Renault Express se
gare à proximité de la mosquée, et son conducteur fait un signe, comme un
ordre qui claque. La meute qui riait tout à l’heure, se riait du froid et de
la fatigue dans une posture figée, presque épinglée au mur de la mosquée, s’est
à présent ébranlée. Une houle. La voiture est presque prise d’assaut. C’est
à qui montrera ses mains et vantera leur callosité. L’enfant, entre 12 et 14
ans à tout casser, à casser des briques et à malaxer du “baghli”, tente
de rivaliser avec les adultes, essaye d’être de ce voyage, celui d’un
chantier, d’un travail au noir, un jour, une semaine, un mois peut-être. La
lutte est inégale. Son gobelet, dans cette empoignade pour la survie, gît
maintenant sur le trottoir. Vaincu, l’enfant revient doucement vers son mur,
son port d’attache. Tout à l’heure peut-être. Un autre véhicule, d’autres
négriers en chasse de maçons et de manœuvres à bon prix, à prix aussi
cassé que la vie de l’enfant viendront. Et là, il se battra encore plus
fort. Encore plus férocement. De cette férocité que l’on ne devrait
pourtant jamais lire dans les yeux d’un enfant, citoyen d’un pays où les
adultes sont fiers d’annoncer 50 milliards de dollars pour la relance. Je fume
du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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