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“Santé publique : contrairement au Pregestimil, Ouyahia n’a toujours
pas été retiré du marché.”

Il y a des moments de grande hypocrisie que l’on peut ignorer, sur lesquels
on peut aisément faire l’impasse. Par contre, il y a de très très grands moments
d’hypocrisie qu’il est impossible de ne pas stigmatiser. Ainsi, on reproche
souvent à la presse privée de ne pas assez ou pas du tout faire son travail, de
pas assez ou pas du tout informer le public sur des questions d’intérêt général.
Et lorsque des journaux, tenant compte de ces reproches, font leur boulot, vont
chercher l’information, fouillent, se documentent, recoupent leurs sources et
publient un produit d’utilité publique complet, que se passe-t-il ? On accuse
ces titres-là d’acharnement, de manœuvres obscures et de volonté délibérée de
nuire. Exactement les mêmes arguments et communiqués que les ministères et les
institutions officielles du pays brandissent invariablement, sans en changer une
seule virgule depuis 1962. A chaque fois qu’un organisme en charge d’un secteur
est surpris en flagrant délit d’absence de vigilance dans ses actes de gestion
quotidienne, on peut être sûr qu’il sortira de son chapeau magique la tirade du
“complot malsain et malveillant”. Sauf que, dans l’affaire du lait Pregestimil
précisément, on ne peut pas prendre l’opinion publique pour un ramassis de
débiles profonds à qui l’on peut faire avaler n’importe quoi. Pour plusieurs
raisons. D’abord, un rappel : avant que Le Soir d’Algérie ne rende public le
scandale de ces lots dangereux de Pregestimil, qui en avait parlé publiquement ?
Personne ! Aujourd’hui, c'est-à-dire plus d’une semaine après le cri d’alarme
lancé par notre journal, le ministère rédige un communiqué dans lequel il
affirme avoir envoyé des directives précises aux DSP et aux officines pour le
retrait, et cela dès le 12 décembre. Nom de dieu ! Mais si un lait dangereux est
en circulation un peu partout à travers le pays, il aurait fallu balancer dans
les médias lourds, télé et radio, des communiqués sonnant l’alerte et
avertissant les mamans et les papas du danger à acheter cette préparation. Et
non pas venir 8 jours après s’enorgueillir d’avoir pondu hyper-discrètement une
note que des pédiatres de CHU et des patrons d’officine pharmaceutique affirment
n’avoir jamais reçue en date du 12 décembre. Pourtant, dans ce pays, j’ai
souvenance que dans un passé tout de même un peu plus glorieux de notre système
de santé, dès qu’une épidémie pointait son vilain museau, des spots télé et
radio étaient immédiatement diffusés. Bien ou mal faits, ces messages d’alerte
avaient au moins un mérite, celui d’exister et de prouver, même maladroitement,
que nos responsables de l’époque se préoccupaient encore un peu de notre santé.
J’aurais ainsi voulu d’abord entendre et voir les communiqués du ministre de la
Santé dès le 12 décembre sur tous nos écrans et toutes nos ondes, dans tous nos
journaux publics et privés et sur tous nos murs, ceux des villes et des
campagnes. Avant qu’un journal, le nôtre, n’en fasse sa une. C’est cela la
mission d’utilité publique. Celle dont s’est rendu “coupable” Le Soir. Je fume
du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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