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Actualités : LA CNEP ABANDONNE LE CRÉDIT VÉHICULE
Une mesure et des questionnements


La direction de la Caisse nationale d'épargne et de prévoyance (CNEP-Banque) a décidé la suspension, dès mars prochain, du crédit véhicule, un produit qu'elle a lancé en 2001. Cela étant, cette mesure qui a été décidée sur instruction du ministre des Finances, M. Abdelatif Benachenhou, soulève en elle-même plusieurs questionnements.
Chérif Bennaceur-Alger (Le Soir) - En effet, cette suspension a été décidée par le ministre des Finances lui-même à la suite de la tenue, le 22 décembre dernier, d'une assemblée générale de la CNEP et dont Abdelatif Benachenhou était l'hôte. Un conclave qui s'est déroulé, selon des sources bien informées, en présence de personnes étrangères à cette instance et lors duquel le P-DG de cet établissement a présenté un bilan inachevé de sa banque et selon des formes qui n'ont pas été du goût du grand argentier. Ce dernier qui n'a pas manqué à cet effet d'exprimer ouvertement son mécontentement aux responsables de cette banque. Un dépit qui s'est traduit, ultérieurement, par une instruction adressée par le ministre des Finances au P-DG de cet établissement lui intimant l'ordre que la CNEP retourne à son métier de base, le financement de l'immobilier. A ce titre, la direction générale de cette banque a transmis la consigne “de ne plus réceptionner de demande de crédit véhicule” à toutes ses agences et adressé une correspondance à tous les concessionnaires automobile les informant de la résiliation des conventions, à compter du 1er mars prochain. En fait, la CNEP n'acceptera aucune autre demande mais continuera, honorant les engagements qu'elle a pris avec ses clients, à traiter durant ces deux mois les dossiers en cours. Toutefois, le directeur marketing de cette banque a précisé, hier sur les ondes de la Chaîne III, que cette mesure qui a été prise jusqu'à nouvel ordre était temporaire, au regard d'une situation de “saturation”. Un retour à sa vocation originelle et une modification de sa politique de crédit qui signifie que la CNEP, devenue une banque depuis quelques années, doive abandonner le créneau de financement de l'acquisition de véhicules par les particuliers et pour lequel elle avait opté en août 2001. Une branche où la CNEP détient environ 80% des parts du marché et a octroyé, depuis septembre 2001, près de 60 000 crédits avec des contentieux tournant autour de 1% et un taux d'intérêt (6,5% pour les épargnants et 7,75% pour les non-épargnants) bas et assez avantageux. Certes, de telles facilités ont stimulé le marché automobile en Algérie mais elles sembleraient cependant de plus en plus difficiles à supporter pour la banque. Cela étant, était-il prévisible que la CNEP se retire d'un marché où activent plusieurs autres banques, tant publiques que privées, à l'instar de la Société générale, le Crédit populaire d’Algérie, Al Baraka Bank, The Housing Bank for Trade and Finance, et qui connaît depuis quelques années une explosion ? A question pareille réponse complexe. Oui, à s'en référer aux propos récurrents à ce sujet du ministre des Finances soucieux de garantir le financement du programme national du logement et qui n'avait pas manqué de cibler la CNEP au regard de ses importantes capacités financières. Cela étant, cette mesure de retrait s'inscrit, selon le secrétaire général de l'Association des banques et établissements financiers (ABEF), M. Abderrahmane Benkhalfa, contacté hier, dans le cadre d'une “structure interne de pilotage du portefeuille de la CNEP” et relève de la décision “souveraine” de cette banque autonome en terme de type et de domaine de financement. A ce propos, le responsable de l'ABEF a indiqué, et ce, au-delà du processus de prise de décision au niveau interne, que tout établissement bancaire a toute la latitude de définir et de diversifier cette structure interne en fonction de sa grille d'évaluation des risques, des montants investis et de sa politique d'expansion. Soit, la latitude d'exercer ses métiers de base, d'investir dans maints secteurs d'activité ou décider d'abandonner ses métiers périphériques. Et mettant en avant dans un marché automobile en forte évolution et diversification, l'existence de 50 à 60 000, voire 70 000 nouvelles opportunités de financement par an de véhicules dont 60 à 70% se font par crédit bancaire. Une évolution qui devrait se poursuivre, selon notre interlocuteur, qui a mis en avant le fait que cette formule de crédit bénéficie à une classe moyenne et présente peu de risques, un bon comportement des emprunteurs, ainsi qu'un taux d'échec moindre. Néanmoins, un créneau que se partagent plusieurs banques offrant ce produit à la concurrence, le secrétaire général de l'ABEF relevant, à propos de cette mesure, “un acte de transparence salutaire”, et en approuvant la bonne information et un comportement loyal vis-à-vis de la clientèle. En fait, une position qui se veut tacitement et de manière légitime, rassurante quant aux appréhensions exprimées relativement au sort des banques publiques qui ne sont pas réellement autonomes ni en termes statutaires ni en termes d'actes de gestion. Et des banques dont certaines qui sont appelées à terme à être privatisées, ont aussi investi dans le domaine de l'immobilier et dans d'autres activités. Au-delà des répercussions en termes de ventes et de chiffres d'affaires pour les concessionnaires automobile et de la déception des demandeurs potentiels, les observateurs et experts financiers, perplexes à ce sujet, mettent en effet en avant que cette mesure, incompréhensible à maints égards, est “illogique”. Cela dans la mesure où la réforme bancaire et financière en cours interdit tout retour en arrière et doit s'accompagner, selon ces analystes, de l'existence de banques commerciales avec un large portefeuille. Au-delà de la nécessité de la diminution des taux d'intérêts pour rendre cette formule du crédit véhicule accessible à une clientèle plus large, ils n'en considèrent pas moins que le marché du crédit à la consommation n'est pas encore organisé dans tous ses segments et qu'il faut faire très attention en ce domaine. Ce faisant, et au-delà de la pertinence ou non de cette mesure, se pose l'acuité du problème de la politique nationale tant en matière de logement que de transport. A ce propos, existe-t-il réellement une volonté et des moyens pour permettre le développement du logement et du véhicule plus accessibles et fluides. En somme, quel est l'objectif recherché à travers cette mesure ?
C. B.

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