Panorama : PARLONS-EN
Partis en vacance…


Par Malika BOUSSOUF malikaboussouf@yahoo.fr
Qui aurait pensé qu’après le sursaut de 1988 et l’émergence du multipartisme, l’Algérie se retrouverait un jour à marcher à reculons. Au début, ils étaient au minimum une soixantaine. Où sont-ils aujourd’hui puisque même ceux qui ratissaient large ne se prononcent plus sur rien ou si rarement ?
Le pouvoir, parce qu’il se sentait mieux dans ses pratiques antérieures, a toujours travaillé à revenir à la case départ. On cède sous la pression populaire et devant la contestation puis on travaille discrètement à effacer toute trace de celle-ci en étouffant, doucement mais sûrement, toute velléité d’aller de l’avant. Et de cette situation, inutile de se voiler la face, tout le monde est responsable : pouvoir, partis démocrates et société civile. Seuls les islamistes ont avancé en maillant le tissu social. L’Algérie ne sera jamais libérée de ses potentats tant que les intérêts personnels continueront de prévaloir sur le destin d’une nation. Un pays qui attend toujours le changement tout en demeurant l’otage d’une caste au pouvoir qui n’a nullement, pour l’heure, si l’on ne l’y contraint pas, l’intention de prendre sa retraite et encore moins de renoncer à ses prébendes. Ainsi, Bouteflika aura, comme prévu, réussi son coup de force contre la société algérienne dont une partie non négligeable continue pourtant de rêver à des lendemains moins pénibles. Tout le pays demeurera, en tout état de cause, victime d’un système qui ne prendra pas le risque de lâcher la proie pour l’ombre et qui aura donc choisi de tout mettre en branle pour garder la position statique qu’on lui connaît. Quoi d’étonnant à cela puisque voilà plus de 40 ans que ce même système pratique la manipulation à son seul bénéfice ? En d’autres temps, il a utilisé les islamistes pour faire la chasse aux démocrates ; aujourd’hui, ce sont les arouch qu’il voudrait substituer au FFS et au RCD. La parodie aura vite supplanté les prétendues bonnes intentions et nous voilà, aujourd’hui, renvoyés à une situation qui n’a presque plus son égal en matière de mensonges érigés en mode de gouvernance. Mais si l’Etat algérien ne ressemble plus à rien, à qui la faute ? L’image asthénique que nous offrent d’eux, en ces temps d’aléas multiples, les partis politiques, la société civile et tous ces acteurs censés entretenir le dynamisme ambiant est affligeante. Aujourd’hui, partis politiques et société civile tâtonnent, trébuchent, hésitent et bégayent alors qu’il n’y a pas si longtemps et à l’unisson ils donnaient de la voix pour dire non au terrorisme, non à la menace intégriste et non à l’abandon de libertés chèrement acquises. Ces mêmes acteurs, qui ne savent plus, sans jeu de mots, à quel saint se vouer, et font salon pour se donner encore l’illusion d’exister, attendraient- ils du pouvoir qu’il leur serve la démocratie sur un plateau d’argent ? Ou que d’autres, comme les “amis de la presse”, par exemple, se prononcent en leurs lieu et place ? S’il est vrai qu’il n’est pas demandé aux partis démocrates, à leurs militants et/ou sympathisants de monter aux barricades pour réclamer plus de liberté, il n’est pas non plus attendu d’eux qu’ils baissent les bras et cèdent la place aux prédateurs. Voilà près de six ans, en effet, que Bouteflika ferme volontiers les yeux sur ce personnel choisi par lui pour faire tourner la machine ; personnel qui pratique sans pudeur le clientélisme et l’entregent, devenus depuis le début d’un règne sans partage le sport favori de la caste. Quant à la haute administration, elle a eu plus de 5 ans pour faire sa mue. Elle a opté pour la paresse et la servilité. Pour ce qui a trait aux politiques, le piège dans lequel sont tombés le Dr Sadi et le RCD, en acceptant de siéger au gouvernement, était à lui seul la preuve des dégâts occasionnés à d’autres personnalités. Elles ont reconnu un peu tard s’être laissées abuser par un homme qui prétendait révolutionner les mentalités, conduire le pays vers la modernité, apporter la paix aux âmes meurtries. Ces dernières attendent toujours que l’on panse leurs blessures alors que la classe politique, elle, ne semble plus avoir le souffle nécessaire pour exiger que le contrat soit respecté, voire rempli. Elle paraît avoir baissé les bras face à une machine qui, en lui broyant les ailes, aura fini par avoir raison de sa combativité. La reconduction de l’échec résulterait, selon des spécialistes de la question, du fait que tout le monde se soit engouffré dans des voies qui, dès le départ, n’avaient aucune chance d’aboutir. Il se trouve, hélas, que ces spécialistes de la question, eux aussi, choisissent aujourd’hui de se faire plus discrets. Soucieuses, pour leur part, d’approcher d’un peu plus près le candidat qui pourrait le mieux répondre à leurs attentes, les populations ont finalement préféré s’en remettre à celui qu’elles connaissent le mieux. Certains partis et hommes politiques n’émergent qu’à la veille d’élections alors que celles-ci se préparent au quotidien. Il ne faut donc pas chercher très loin la raison pour laquelle les Algériens, désabusés, ne croient pas trop en leur programme. Le changement, elles continueront de s’en méfier tant qu’il restera incarné par des hommes dont elles pensent qu’ils sont totalement coupés de leur réalité ; la compétition est bien une affaire de tous les jours. Aujourd’hui, ces mêmes populations dont on va “draguer” le bulletin de vote auraient compris que cela se passait toujours de façon quasi identique. Une fois le tour accompli, tout le monde regagne ses quartiers, se met à l’abri et tente de se faire oublier et oublier son échec en attendant la prochaine campagne pour la conquête du titre suprême. Dans l’intervalle qui sépare deux échéances électorales, il n’y a pratiquement plus de contre-pouvoir et les partis politiques censés travailler à éveiller les consciences, activer au niveau local et structurer le civisme de leurs concitoyens s’avèrent peu soucieux de leur devenir. Même les partis islamistes, plus loquaces au niveau de leur base, font dans l’intervention populiste, le prosélytisme bas de gamme et l’embrigadement, plus savamment maquillés que dans les années 1980. Et qui entend-on s’exprimer, aujourd’hui, pour faire barrage au danger que le régime se fait un point d’honneur à entretenir pour justifier chacune de ses interventions musclées contre les démocrates ? Certainement pas ces derniers dont on ignore où ils sont passés, confortés dans leur silence par d’ex-candidats à la dernière présidentielle. La classe politique, ou du moins ce qu’il en reste, a renoncé à s’emballer même lorsqu’elle a quelque chose à réclamer et n’intervient presque plus, y compris quand il y a quelque chose à dire ou à faire. Bref, il devient de plus en plus étonnant que tout ce qui se passe dans le pays n’intéresse pas grand monde. Et Dieu sait s’il s’en passe des choses ! Calamités naturelles ou dues à la négligence des autorités, échouage de bateaux, actes terroristes, émeutes et emprisonnements abusifs, atteintes régulières aux droits de l’homme, corruption, code de la famille, école, privatisations, pouvoir d’achat, santé, adhésion à l’OMC, atteintes à la liberté de la presse, tout cela importerait-il si peu ? L’immobilité, l’absence de dynamique politique font craindre le pire tant il est vrai qu’un communiqué de temps à autre ne suffit, malheureusement, pas à ancrer la notion de multipartisme dans des esprits qui ont grand besoin d’être éduqués à cela. Amer constat. Le terrain politique est en crise. Tout se déroule dans l’opacité la plus totale, au point où l’on se demande si des pactes ne sont pas secrètement conclus entre le pouvoir et ceux qui publiquement se définissent comme ses détracteurs. Quant au feuilleton des rencontres arouch-gouvernement, il sert, lui, à donner l’illusion d’une Algérie qui débat démocratiquement de ses problèmes. L’hypocrisie ambiante des quelques acteurs temporairement à l’affiche et qui tentent de le rester contre vents et marées aide beaucoup à brouiller les cartes. M. B.

Nombre de lectures :

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable