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“8e congrès du FLN. Selon des sources proches du Conseil de
la révolution, on s’achemine vers un oui massif au référendum sur
la révolution agraire, ainsi que l’adoption à l’unanimité de l’avant-projet
de texte portant charte nationale.”
Tant qu’on y est !
C’est un groupe de citoyens. Ils ne prétendent pas représenter ou parler au
nom de tout leur village, Taderth-Oufella, niché quelque part dans un recoin de
la daïra de Tizi-Rached. Non ! Ils ne s’affublent que du générique plus humble
de “groupe de citoyens”. Et que disent ces habitants d’un village dont mon
inculture ne soupçonnait même pas l’existence jusque-là ? Que la neige, le froid
et l’imbécillité des humains dotés d’une once de responsabilité viennent de
couper leur patelin du reste du monde. Que les vivres se font de plus en plus
rares. Que les dernières gouttes de mazout s’évaporent à l’allure grand V. Que
des malades souffrent de plus en plus de ne pouvoir être examinés à temps par
des médecins. Que malgré le courage de ces habitants qui ont tout de même réussi
à dégager à mains nues un accès au village, un chemin praticable à pied, les
mêmes toubibs contactés ont refusé d’user leurs semelles sur la poudreuse. Et
que, et que, et que, et que… Par-dessus tout, ce groupe d’habitants de Taderth-
Oufella ne comprend pas ! N’arrive pas à résoudre une énigme : comment le
pouvoir central d’Alger arrive à envoyer avec une célérité phénoménale les
“fameux” engins de déblayage et de matage d’émeutes, les “Azrayen” et à les
faire se ruer sur des manifestants armés de pierres et de colère alors qu’il
“peine” aujourd’hui à ordonner aux mêmes engins de mort de faire route vers les
mêmes régions de Kabylie pour dégager pacifiquement des routes obstruées par la
neige et redonner la vie. L’habitude, peut-être. Les réflexes pavloviens,
peut-être aussi. Un “Azrayen”, ça dégage des pneus enflammés, ça fait voler en
éclats une barricade de fortune érigée par des gosses et ça écrase
accessoirement les corps frêles d’un ou deux de ces manifestants ados, mais ça
n’est surtout pas fait pour dégager de la neige et rendre une route praticable.
Mais comme le résume si bien ce groupe de citoyens de Taderth-Oufella,
qu’importe le passé sanglant des “Azrayen”, envoyez-les-nous vite aujourd’hui.
Pour le reste, A DYEFEK REBI A YEN ILHEN A YEN N’DIR N’ZEMERAS. Ce qui, traduit
pour des gens qui ne maîtriseraient pas l’une de leurs deux langues nationales,
voudrait dire à peu près ceci : “Que Dieu nous donne quelque chose de bon, parce
que le malheur, nous en avons pris l’habitude.” Voilà de petites gens, des
quidams juste manipulés par leur mal-vie et qui ont ce réflexe citoyen
d’implorer qu’on leur envoie des engins de déblayage, qu’on ne les oublie pas,
qu’ils n’ont nulle envie d’investir la rue, de brûler des pneus et des APC et
qu’ils sont même prêts à accueillir à bras ouverts les infâmes “Azrayen”. Qui
les entendra par ce temps de chiens où même les flocons de neige en s’abattant
sur nos têtes le font avec un malin silence ? Je fume du thé et je reste
éveillé, le cauchemar continue. H. L.
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