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“Semaine chargée pour Boutef’. Il préside aujourd’hui une réunion de la
direction du FLN. Demain, il présidera les travaux du conseil national du RND.
Après-demain, il présidera la 36e tentative pour déséchouer Le Batna . Et s’il a
le temps, jeudi, il jettera un coup d’œil sur l’épineux dossier du limogeage de
Noureddine Saâdi par l’USMA.”
S’il a le temps !
Demander de manière bruyante, massive et désespérée une passerelle, peut-il
mettre en danger les équilibres et l’unité qui régissent la République ? Les
habitants du quartier Les Bananiers, qui sont sortis ce week-end crier leur
ras-le-bol devant l’absence meurtrière d’une passerelle piétonne au-dessus de la
parcelle d’autoroute qui longe leur cité en banlieue d’Alger, peuvent-ils être
sérieusement soupçonnés d’être à la solde d’une puissance occulte, d’une obscure
main de l’étranger ou d’un non moins obscur travail de coulisse de la mafia
politico-financière ? Y avait-il ces dernières 48 heures dans les rangs de ces
manifestants des éléments de la loge P2 parachutés de nuit sur Cap-Sigli et
ayant dans la poche un ordre de mission pouvant se résumer à ceci : foutre le
bazar en Algérie ? Informer le pouvoir que, depuis 1999, l’absence de passerelle
en ce lieu précis a tué 23 habitants du quartier peut-il constituer un acte de
trahison, une conduite antinationale et une volonté manifeste de "semer les
graines de la fitna sur le sol de cette belle Algérie, une terre arrosée du sang
d’un million et demi de martyrs" ? Etrange tout de même comme la gestion des
tensions sociales et des conflits par la théorie du complot international et des
forces qui nous veulent du mal coïncide en ce moment avec le retour en force
d’un FLN, mouture pré-1988. Un parti Etat qui tondait systématiquement,
brutalement et sans problème de conscience les brins de gazon qui dépassaient de
"son" grand jardin, l’Algérie. Tout ce qui n’entrait pas dans le moule était
suspect, dangereux et à éliminer. Ce FLN-là semble aujourd’hui tenir sa
"vengeance" sur les enfants d’Octobre, ceux qui l’avaient sorti, Stan Smith en
main, de son blindage historique, de sa citadelle façonnée au mortier de la
légitimité. Il est encore plus étrange de constater, de manière ahurie en ce qui
me concerne, que c’est presque au lendemain du fameux jour où Abdekka avait
lancé dans le vide sidéral du congrès de l’ONM "la légitimité historique, c’est
terminé !" que le FLN des années de la légitimité de plomb revient en force. Et
que Boutef’ en accepte la présidence. Je fume du thé et je reste éveillé, le
cauchemar continue. H. L.
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