Mardi 15 Février 2005
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COURSA M’DERHA !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

“Foire nationale du bricolage. Elle s’ouvre ces jours-ci sous le haut patronage de son excellence…”

… Le président Abdelaziz Bouteflika

La Une du Soir d’Algérie d’hier avec les photos de Ouyahia et de Belkhadem accompagnées du titre “Ouyahia veut-il prendre de vitesse Belkhadem ?” m’a fait sourire. De voir ainsi ces deux personnages mis en concurrence “sévère et féroce” n’a pas seulement provoqué chez moi un léger sourire, mais carrément l’hilarité. Comment peut-on croire en février 2005, après un congrès du FLN qui confirme que Walt Disney s’est bien installé chez nous, après des conseils nationaux de partis et d’organisations de “très grande masse” qui semblent s’être tous donné le mot pour laisser leurs postes de présidents délibérément ouverts… au cas où, et après les dernières élections présidentielles, comment peut-on encore croire une seconde que Belkhadem et Ouyahia se livrent une guerre sans merci ? Comment peut-on décemment penser que Ouyahia aurait des velléités de prendre de vitesse Belkhadem ? Pour que Si Ahmed veuille prendre de vitesse Si Abdelaziz, ou l’inverse d’ailleurs, il faudrait d’abord et avant tout qu’il y ait une course. Et même dans le cas où il y aurait bien une course, on ne me fera pas croire, on ne me fera plus croire que ces deux athlètes pleins de vie courent sous des couleurs, des maillots différents. En apparence, peut-être ! Mais en vrai, ils font partie de la même écurie, celle du système. Bien sûr que, quand on les voit, quand on les entend, quand on les écoute — pour celles et ceux qui les écoutent encore — on peut se dire que ces deux-là luttent pied à pied pour un leadership politique. Mais regardez bien, observez plus attentivement le déroulement de la course, scannez leur parcours, tour de piste après tour de piste. Vous y décèlerez tous les ingrédients de l’épreuve arrangée. Y en a bien un qui de temps en temps donne un coup d’accélérateur, s’échappe du peloton et donne l’air de franchir seul la ligne d’arrivée. Ne vous y fiez pas, c’est juste que, dans l’oreillette, les coaches lui auront demandé de forcer le train, de donner un peu d’allure pour ne pas éveiller les soupçons des rares spectateurs dans les gradins. D’ailleurs, quelques instants après le déclenchement de cette “spectaculaire attaque”, celui qui était dans un faux rythme recevra par l’entremise de son oreillette à lui l’ordre de recoller à son “concurrent” et de lui reprendre quelques mètres. Par coups de semonce et “alertes oreillettes”, on vous fera croire qu’il y a de la vie politique dans le pays, que les mecs en veulent terriblement, qu’ils se battront jusqu’au bout pour triompher de leurs adversaires. Et au moment où les égarés que nous sommes applaudiront dans les gradins à la victoire de l’un ou l’autre, les deux larrons, dans les vestiaires, se paieront une franche rigolade, contents encore une fois d’avoir fait la course parfaite, la seule qu’on leur demande de courir depuis 40 ans. Coursa m’derha ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.

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