Mercredi 16 Février 2005
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Suicide avec préméditation !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

“Réunion aujourd’hui de l’Alliance présidentielle. Un mariage et...”

... deux enterrements !

Toutes les 12 heures, un suicide en Algérie. C’est lors d’un très sérieux séminaire que ce chiffre officiel a été communiqué par des gens encore plus sérieux que le séminaire en question. Essayons de décrypter le sens enfoui six pieds sous terre de ce chiffre. Toutes les douze heures d’une journée de 24 heures, il y a une Algérienne ou un Algérien qui décide de se barrer d’ici. Généralement, avant d’être candidate au suicide, la personne en question a été candidate malheureuse à plusieurs autres formules de départ. Candidate au visa. Candidate à la “harraga” dans la cale d’un rafiot presque aussi rouillé que le Batna. Candidate au mariage recalée sur le seuil de l’AADL ou plus bêtement de futurs ex-beaux-parents. Candidate au commerce parallèle écrasée par un camion Blanky ou Tonic. Candidate à une grande école ou à une université où le mérite se mesure à la largeur des épaules de papa. Candidate à un job où s’allonger vous fait paradoxalement grimper dans l’“organigramme” de l’entreprise. Candidate à rien et échouant même là, car dans la file d’attente des candidats à rien, les places sont aussi chères qu’ailleurs. Toutes les 12 heures d’une journée de 24 heures, une Algérienne ou un Algérien, ayant échoué à trouver une issue à cette Algérie “minotaurienne”, finit par opter pour le grand départ, la voie, la porte ultime. Pas de formulaire de visa. Pas de queue sous la pluie ou le soleil et avec dans la nuque le souffle rauque d’un policier fatigué et énervé de répéter depuis 6 heures du matin “wakhar errawla !”. Pas de CV. Pas de demande d’embauche studieusement remplie dans un cyber. Pas d’attente le ventre noué devant l’APC et l’affichage d’une liste de bénéficiaires de logements. Même pas quelques montées d’adrénaline lors d’une émeute. Rien. Juste cette sorte de pied-de-nez des désespérés lancé à la face d’un système mortellement désespérant. Toutes les 12 heures d’une journée de 24 heures, au moment où l’un de nous décide de se barrer d’ici, je suis presque sûr qu’en tendant bien l’oreille on entendrait presque un grand rire narquois. Enfin, un Algérien qui décide tout seul de son ... avenir. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.

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