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“Réunion aujourd’hui de l’Alliance présidentielle. Un
mariage et...”
... deux enterrements !
Toutes les 12 heures, un suicide en Algérie. C’est lors d’un très sérieux
séminaire que ce chiffre officiel a été communiqué par des gens encore plus
sérieux que le séminaire en question. Essayons de décrypter le sens enfoui six
pieds sous terre de ce chiffre. Toutes les douze heures d’une journée de 24
heures, il y a une Algérienne ou un Algérien qui décide de se barrer d’ici.
Généralement, avant d’être candidate au suicide, la personne en question a été
candidate malheureuse à plusieurs autres formules de départ. Candidate au visa.
Candidate à la “harraga” dans la cale d’un rafiot presque aussi rouillé que le
Batna. Candidate au mariage recalée sur le seuil de l’AADL ou plus bêtement de
futurs ex-beaux-parents. Candidate au commerce parallèle écrasée par un camion
Blanky ou Tonic. Candidate à une grande école ou à une université où le mérite
se mesure à la largeur des épaules de papa. Candidate à un job où s’allonger
vous fait paradoxalement grimper dans l’“organigramme” de l’entreprise.
Candidate à rien et échouant même là, car dans la file d’attente des candidats à
rien, les places sont aussi chères qu’ailleurs. Toutes les 12 heures d’une
journée de 24 heures, une Algérienne ou un Algérien, ayant échoué à trouver une
issue à cette Algérie “minotaurienne”, finit par opter pour le grand départ, la
voie, la porte ultime. Pas de formulaire de visa. Pas de queue sous la pluie ou
le soleil et avec dans la nuque le souffle rauque d’un policier fatigué et
énervé de répéter depuis 6 heures du matin “wakhar errawla !”. Pas de CV. Pas de
demande d’embauche studieusement remplie dans un cyber. Pas d’attente le ventre
noué devant l’APC et l’affichage d’une liste de bénéficiaires de logements. Même
pas quelques montées d’adrénaline lors d’une émeute. Rien. Juste cette sorte de
pied-de-nez des désespérés lancé à la face d’un système mortellement
désespérant. Toutes les 12 heures d’une journée de 24 heures, au moment où l’un
de nous décide de se barrer d’ici, je suis presque sûr qu’en tendant bien
l’oreille on entendrait presque un grand rire narquois. Enfin, un Algérien qui
décide tout seul de son ... avenir. Je fume du thé et je reste éveillé, le
cauchemar continue.
H. L.
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