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«Privatisations des entreprises en difficulté. L’UGTA sur
la liste»
Au dinar symbolique
Il va me falloir ressortir ma table complète des conjugaisons. Mon 8000
verbes, le fameux Bled. Je dois réviser la conjugaison du verbe «ADHERER» à tous
les temps, sur tous les modes. C’est qu’il ne faut surtout pas se laisser
distancer par les temps qui courent. J’assiste incrédule et admiratif à de
véritables prouesses dans l’art de décliner ce verbe sous toutes ses coutures.
Allumez votre poste radio, votre téléviseur, tendez l’oreille dans le bus, au
café, au bureau, promenez votre ennui un vendredi dans les allées boueuses d’un
marché, et vous n’entendrez que cela : «J’adhère à l’amnistie générale!».
Remarquez, bien avant la rue, le café ou le marché, des politiques, des
personnalités et des syndicalistes ont eux-mêmes entonné la longue et studieuse
récitation : J’adhère, tu adhères, il adhère, nous adhérons, vous adhérerez tous
bla jedkoum ! J’ai même lu l’autre jour dans mon canard cette réponse de mon ami
Madjid : «Le temps des confrontations est terminé ! ». Avouez tout de même que
c’est fort quand ça sort de la bouche d’un chef syndicaliste. Avant Sidi
Saïd,
il y en a eu un qui avait fait encore plus fort, c’est H’mimed. Interrogé sur
l’amnistie générale, lui aussi avait conjugué à la perfection le verbe adhérer
en affirmant à notre place à tous : «Pourquoi un référendum ? L’amnistie n’a pas
besoin de référendum ! » Par contre, la conjugaison du verbe «ADHERER» a besoin
de récitants ! Et dieu qu’ils se bousculent au pupitre : «J’adhère ! Tu adhères
! Il adhère ! Vous adhérez ! Ils adhéreront tous, y a pas à c… ! » Dans cette
ambiance digne du film Les Choristes , les autres verbes du premier groupe n’ont
qu’à aller se rhabiller. «Discuter» ? Jamais ! «Dialoguer» ? Vous n’y pensez pas
! «Rouspéter» ? Vous voulez vous faire embarquer ? «Refuser» ? Vous êtes
candidat au suicide ? «Rejeter» ? Rédigez plutôt votre testament. N’ai-je pas
été assez clair ? J’ai dit et je répète que le seul verbe autorisé, c’est
«ADHERER». Adhérer à l’amnistie générale, sans voir, comme au poker. Parce que,
jusqu’à présent, je constate qu’ils sont nombreux à adhérer à un texte que
personne n’a vraiment lu. Du verbe «lire», du troisième groupe. Je fume du thé
et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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