Mardi 08 Mars 2005
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IL Y A TROIS ANS...

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

“A toutes les femmes 5 étoiles, bonne fête!”

Et cheh fel habssin

Logiquement, comme tous les 8 mars, et dans le respect d’une de nos traditions journalistiques joliment appelée "sujet marronnier", les titres de la presse parlent de la femme aujourd’hui. Normal ! L’épopée de la Kahina. Fatma N’Soumer. Quel rôle durant la guerre d’indépendance ? Quelle avancée depuis 1962 ? 1984 et le code de l’infamie. Le nouveau texte et les amendements. La nuance dans la définition du wali. Le marché juteux des roses et des fleurs de manière générale… J’ai eu pour ma part envie de vous parler d’autre chose. Il ne s’agit pas de la coquetterie d’un chroniqueur qui voudrait se singulariser en ce 8 mars. Il s’agit plus simplement d’un besoin de faire écho à une détresse. Je m’explique : un lecteur particulièrement attentif à l’actualité internationale me faisait remarquer l’autre jour qu’en France, des détenus de la maison d’arrêt de Melun ont été transférés en urgence vers une autre prison suite à une panne de chaudière. En écoutant hier un bulletin d’information d’une chaîne de radio française, j’ai eu les derniers développements de cette affaire. La chaudière de la prison de Melun a finalement été réparée et les prisonniers ont pu regagner leurs cellules "d’origine". Simple coïncidence ou signe, à quelques heures d’intervalle, ceux qui s’en souviennent encore vont commémorer un douloureux anniversaire, l’incendie, il y a trois ans, dans la prison de Serkadji. Je vous donne à lire cette lettre du représentant des familles des détenus morts dans cet incendie. Elle parle d’elle-même : "Il y a près de trois ans, nos enfants sont morts parce qu’ils étaient détenus dans la salle numéro 10 de la prison de Serkadji le 30 avril 2002. La flamme de l’incendie qui les a vus périr brûle encore dans nos cœurs et nos esprits. Nos enfants, pour la plupart n’avaient que 18 à 20 ans. Nous les avons mis au monde. Nous les avons vus grandir et réaliser souvent de bonnes choses et de bonnes actions. Une partie d’entre eux faisaient du sport, et quelques-uns parmi eux étaient de talentueux footballeurs. D’autres représentaient le principal — sinon l’unique— soutien à leurs familles. Ils étaient presque tous en détention préventive pour telle ou telle erreur d’une jeunesse qui, dès l’enfance, n’a connu que les affres et les péripéties de la situation douloureuse de leur cher pays. Nous, les parents, les familles et les amis de ces jeunes arrachés à la vie à la fleur de l’âge voulons à l’occasion (…) de cette commémoration avoir une pensée pleine d’affection et d’amour pour eux. C’est là, à notre sens, l’accomplissement du devoir de mémoire qui nous incombe et le meilleur hommage qu’on puisse leur rendre. Qu’ils reposent en paix et que puisse Dieu leur accorder la jouissance de son vaste paradis."

Voilà ! Ces mamans, ces papas, ces parents et ces amis, par la voix de leur représentant, voulaient juste que la mémoire de leurs enfants ne soit pas irrémédiablement mise aux oubliettes. En ce 8 mars, les femmes, qui sont aussi mères, épouses, sœurs ou copines, comprendront, j’en suis convaincu, mon "infidélité" à la cause de la femme en ce 8 mars. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.

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