Samedi 12 Mars 2005
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LES NOUVEAUX EXPERTS EN DATATION AU CARBONE 14 !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

“Purges au ministère de la Culture. Plusieurs femmes ont été
licenciées au motif qu’elles portaient un même et seul prénom.”

Louiza

Saluons la prolifération depuis quelque temps d’une nouvelle race d’experts en datation au carbone 14. Sous cette étiquette à la dénomination barbare se cachent d’excellents compatriotes dotés d’un don fabuleux. Ils peuvent, sans risque aucun de se tromper, sans aucune marge d’erreur, fut-elle infime, vous dater un événement. Prenez notre invité du jour, Farouk Ksentini patron d’un organisme des droits de l’homme à l’intitulé tellement imprononçable qu’il ne peut être que le fruit de la cogitation d’un être… torturé. Renouvelons d’abord à Si Farouk nos vœux de bienvenue dans la page 7 du journal de ce jour et remercions-le encore une fois de s’être prêté au jeu de l’interview. Et d’interview justement, j’en suis à lire sa réponse sur la presse algérienne, l’emprisonnement de Mohamed Benchicou et les conditions d’exercice du métier d’informer. Sans trop se forcer, sans sortir de chronomètre hyper sophistiqué, sans ouvrir une valise de transmissions truffée d’antennes paraboliques toutes branchées sur Greenwich, Farouk Ksentini lâche cette sentence qui fera … date : « La presse algérienne s’est améliorée depuis le 8 avril. » J’ai beau chercher dans ma mémoire ce qui s’est passé le 8 avril 2004 et je n’y trouve qu’un seul événement sans lien logique avec l’amélioration de la qualité des journaux du pays. Le 8 avril, Abdelaziz Bouteflika a été réélu président. Dans n’importe quel pays du monde connu et exploré, lorsqu’un président est élu, cela n’implique pas qu’à la minute même où les résultats officiels de ce scrutin sont annoncés, les journaux soudain, subrepticement, comme frappés de grâce deviennent d’un coup très bons. Chez nous, si ! C’est Si Farouk qui le dit. Dommage que le Président du CNCDPDH ne nous donne pas plus de précisions sur le processus fulgurant d’amélioration de la presse algérienne. Nous restons sur notre faim, rongés par un tas de questions : ce phénomène quasi surnaturel de journaux soudainement devenus meilleurs un 8 avril a-t-il été constaté par les experts de l’Observatoire le matin du 9 avril chez les buralistes ? A quelle heure exacte les premiers signes d’amélioration ont-ils été enregistrés ? Etait-ce un phénomène général ou seulement limité à des titres qui étaient franchement mauvais la veille, le 8 au matin ? Et puis au fait, le 9 avril, c’était quel jour ? Un vendredi ! Un jour sans presse. C’est donc que les journaux algériens n’ont pu s’améliorer qu’à partir du 10 avril, pas du 9. Si Farouk se serait donc trompé ? Ô ! Pas de beaucoup. De 24 heures. Mais tout de même, ces quelques heures de décalage changent tout pour un débat aussi intensément scientifique, aussi pointu que celui portant sur la « datation du jour et de l’heure exactes de l’amélioration des journaux algériens ». Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.

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