Jeudi 17 Mars 2005
Accueil | Edition du jour | Archives
Rechercher:   Recherche avancée
Actualités
Périscoop
Régions Centre
Régions Est
Régions Ouest
Sports
Femme magazine
Panorama
Pousse avec eux
Edition du jour
 
Culture
Le Soir Sat
 
 
Nos archives en HTML
Nos archives en PDF
 

NE SOMMES-NOUS QUE DES OUDJOUH EZZBEL ?

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

“Sommet arabe. Le prochain aura lieu soit en Espagne, soit en France.”

 Ou alors aux États-Unis

J’allais vous parler ce matin de mon étonnement devant ce jardinier paysagiste entrevu hier à 14 heures 10 minutes sur l’autoroute, au niveau de Aïn-Naâdja et qui, juché sur un monticule de terre herbeuse écrivait consciencieusement avec son sécateur “Welcome to Algiers”. Finalement, poussant plus loin avec ma voiture, j’ai décidé de laisser tranquille ce pauvre jardinier, dessinateur sur herbes folles. Il y avait plus grave, vachement plus grave au niveau de la décharge de Oued-S’mar. A 14 heures 20 minutes, j’y vois, éberlué, une nuée d’ouvriers tous corps de métiers confondus s’affairant à monter une palissade de 2 mètres 50 de haut, une devanture de fortune censée cacher la décharge et ses montagnes de détritus fumants. En même temps que des équipes ajustaient les panneaux de la palissade, d’autres équipes peinturluraient le métal froid dans une tentative ridicule de rendre plus ou moins plaisant à la vue ce paravent hideux. J’avoue que ce spectacle m’a fait mal; pis, il m’a blessé au plus profond de ma dignité algérienne, si tant est que la dignité ait une nationalité. Que l’on sorte de la cagnotte pétrolière quelques milliards de dinars pour rendre plus coquette Alger et la rendre plus douce au regard de “frères arabes” qui, de toutes les façons, dans leurs limousines aux vitres fumées seront plus absorbés par les calculs de leurs rentes personnelles, les coups de fil à leur chargés d’affaires installés au pied des derricks que par la vue extérieure, passe encore. Et encore, on peut en discuter. J’en discute depuis quelques chroniques déjà, vous l’aurez peut être remarqué. Par contre, il y a un truc, un domaine où je ne peux même plus discuter tellement la rage m’étreint aussi fort que les odeurs de la décharge : nos yeux n’ont-ils pas autant d’importance sinon plus que celle des “frères arabes”, que nous ayons été contraints toutes ces années de subir la vue de cette décharge ? Nos nez n’ont-ils pas autant de sensibilité sinon plus que celle de nos “frères arabes”, que nous ayons été contraints toutes ces années de blairer à pleines narines cette zoubia ? Nos enfants ne valent-ils pas autant sinon plus que ces “frères arabes”, nos enfants qui ont dû, pour ceux habitant les cités environnantes, respirer à pleins poumons cet air vicié et à la longue mortel ? Ne sommes-nous finalement que des “oudjouh ezzbel” condamnés à attendre de sommet arabe en sommet africain que leur quotidien s’améliore par ricochet, par accident ? Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.

Nombre de lecture : 2738

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site