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“Sommet arabe. Le prochain aura lieu soit en Espagne, soit
en France.”
Ou alors aux États-Unis
J’allais vous parler ce matin de mon étonnement devant ce jardinier
paysagiste entrevu hier à 14 heures 10 minutes sur l’autoroute, au niveau de
Aïn-Naâdja et qui, juché sur un monticule de terre herbeuse écrivait
consciencieusement avec son sécateur “Welcome to Algiers”. Finalement, poussant
plus loin avec ma voiture, j’ai décidé de laisser tranquille ce pauvre
jardinier, dessinateur sur herbes folles. Il y avait plus grave, vachement plus
grave au niveau de la décharge de Oued-S’mar. A 14 heures 20 minutes, j’y vois,
éberlué, une nuée d’ouvriers tous corps de métiers confondus s’affairant à
monter une palissade de 2 mètres 50 de haut, une devanture de fortune censée
cacher la décharge et ses montagnes de détritus fumants. En même temps que des
équipes ajustaient les panneaux de la palissade, d’autres équipes
peinturluraient le métal froid dans une tentative ridicule de rendre plus ou
moins plaisant à la vue ce paravent hideux. J’avoue que ce spectacle m’a fait
mal; pis, il m’a blessé au plus profond de ma dignité algérienne, si tant est
que la dignité ait une nationalité. Que l’on sorte de la cagnotte pétrolière
quelques milliards de dinars pour rendre plus coquette Alger et la rendre plus
douce au regard de “frères arabes” qui, de toutes les façons, dans leurs
limousines aux vitres fumées seront plus absorbés par les calculs de leurs
rentes personnelles, les coups de fil à leur chargés d’affaires installés au
pied des derricks que par la vue extérieure, passe encore. Et encore, on peut en
discuter. J’en discute depuis quelques chroniques déjà, vous l’aurez peut être
remarqué. Par contre, il y a un truc, un domaine où je ne peux même plus
discuter tellement la rage m’étreint aussi fort que les odeurs de la décharge :
nos yeux n’ont-ils pas autant d’importance sinon plus que celle des “frères
arabes”, que nous ayons été contraints toutes ces années de subir la vue de
cette décharge ? Nos nez n’ont-ils pas autant de sensibilité sinon plus que
celle de nos “frères arabes”, que nous ayons été contraints toutes ces années de
blairer à pleines narines cette zoubia ? Nos enfants ne valent-ils pas autant
sinon plus que ces “frères arabes”, nos enfants qui ont dû, pour ceux habitant
les cités environnantes, respirer à pleins poumons cet air vicié et à la longue
mortel ? Ne sommes-nous finalement que des “oudjouh ezzbel” condamnés à attendre
de sommet arabe en sommet africain que leur quotidien s’améliore par ricochet,
par accident ? Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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