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“Grave incident lors de la réunion préparatoire au
Sommet arabe. Deux ministres arabes des Affaires étrangères
sont tombés…”
…d’accord
Je connaissais les lignes rouges. Forcément ! Abdekka en avait tellement
parlé, s’en était tellement plaint que nous avions tous fini par nous convaincre
qu’elles existaient vraiment, ces satanées lignes rouges. Le chef de l’État ne
ratait jamais une occasion pour stigmatiser le commandement militaire ou tout
simplement les généraux qui lui traçaient un peu partout des lignes rouges. A
chaque fois que le premier magistrat était interpellé sur un dossier, sur des
lenteurs dans tel ou tel secteur, il justifiait son inaction par l’étroite marge
de manœuvre que lui laissaient ces lignes rouges. Personne ne les avait jamais
vraiment vues ces lignes rouges, ni avant le 8 avril, ni après le 8. Encore
moins après le 8 avril, d’ailleurs ! Les lignes rouges disparues, il nous fallut
très vite nous habituer aux lignes blanches. Elles firent leur apparition avec
le terrible séisme du 21 mai. Elles consacraient un acte de gestion pour une
fois sensé, celui des couloirs d’urgence pour les secours et l’acheminement des
aides vers les zones sinistrées. Ces lignes blanches, nous les avons tous vues
et personne ne s’en est jamais vraiment plaint. Nous pensions qu’avec ces lignes
blanches (à ne surtout pas fumer) la saga des fameuses lignes algériennes était
enfin terminée. Nous nous trompions ! Voilà que viennent de faire leur
apparition de nouvelles lignes, toutes fraîches : les lignes vertes. Elles ont
été tracées de nuit — des nuits blanches, sûrement — ces dernières heures.
Officiellement, on ne nous a rien dit sur ces lignes vertes. Mais nous devinons
bien, nous Algériens, passés maîtres dans le décryptage de la symbolique des
lignes, à quoi elles vont servir. Point besoin d’être devins pour ça : vertes
pour l’islam. Vertes pour l’espoir. Aussi vertes que les jardins artificiels de
Dubaï, aussi vertes que le défunt barrage vert algérien, aussi vertes que les
vergers préfabriqués de Kadhafi, aussi vertes que le petit livret vert du voisin
colonel, aussi vertes que la marche verte du défunt Hassan II, dont le fils a,
semble-t-il, hérité du hobby de voyager en bateau. Aussi vertes que sont verts
les dollars américains. De ce vert qui vaut bien un couloir réservé d’office sur
les autoroutes algériennes et bien évidemment interdit aux automobilistes
autochtones. Je fume du thé …vert et je reste éveillé, le cauchemar tricolore
continue. H. L.
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