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“Il n’y a plus aucun obstacle à la réussite pleine et entière du
Sommet arabe d’Alger. Le dernier gros problème vient d’être
réglé. L’acheminement de la …”
…kheïma de Kadhafi
Ce maudit vent ! Ce traître de vent ! Soudainement, il se lève et la soulève
sans prévenir, de manière brutale. Un moment déroutée, désemparée, déstabilisée
et dangereusement virevoltante, la feuille de papier d’emballage profite d’une
accalmie de ce satané vent, atterrit en douceur sur le sol rutilant et se terre
aussitôt. Coincée dans un renforcement de mur fraîchement repeint, elle se
protège comme elle peut. Car le danger, ce n’est pas seulement le vent. Il y a
maintenant ces hommes au regard sévère et menaçant, munis de fourches spéciales
et lâchés dans la ville depuis quelques jours. Depuis qu’on annonce la venue de
prestigieux invités. Les chasseurs aux piques acérées la coursent. Ils la
traquent. Ils ont dû flairer sa présence, car cela fait bien deux heures qu’ils
rôdent dans le quartier, les sens en éveil, les piques prêtes à fondre sur la
proie. La feuille de papier d’emballage bénit Dieu d’avoir trouvé refuge dans
cette cache providentielle. Elle profite de ces quelques instants de répit,
avant une nouvelle bourrasque. Et sa mémoire vagabonde délicieusement. Ah ! Le
bon vieux temps où la feuille de papier d’emballage menait grand train de vie !
Elle et ses compagnes, les feuilles de papier chewing-gum, les feuilles de
papier carton, les feuilles de papier mâché, les feuilles de papier bifteck, les
feuilles de papier bonbon s’amusaient comme des folles. La ville leur
appartenait. L’espace était à elles. Elles allaient partout. Rien ne les
arrêtait. D’ailleurs, les humains autour desquels elles tournoyaient comme de
belles diablesses farceuses avaient fini par se rendre à l’évidence. Ils
s’étaient habitués à leur ballet incessant, à leurs facéties, à leurs courses
folles. Elles faisaient partie du décor de la ville. Elles étaient même en passe
d’en devenir les maîtresses amazones. La feuille de papier d’emballage écrasa
une larme sur le grain encore serré de sa peau souillée. Que ce temps-là était
loin aujourd’hui. Ses amies, ses sœurs, ses compagnes de jeu et d’insouciance
avaient commencé à disparaître les unes après les autres, mystérieusement. La
feuille de papier d’emballage se souvient encore, l’âme meurtrie, du dernier
râle déchirant poussé dans ses bras par le ruban de papier tue-mouche. Avant de
rendre l’âme, il lui avait dit dans un souffle : “Fuis ! Fuis ! Cache-toi. Ils
sont devenus fous. De tous leurs problèmes, de tous les fléaux qu’ils endurent,
les hommes de ce pays n’ont rien trouvé d’autre que de nous pourchasser
férocement. Fuis ! Car tu dois survivre pour témoigner du génocide.” La feuille
de papier d’emballage, toute tremblante de peur et d’émotion, avait mis en terre
son dernier compagnon, le ruban de papier tue-mouche dans une décharge encore
sauvage et avait fui. Pas assez loin, car les hommes aux fourches terribles
n’avaient pas tardé à la rattraper. A plusieurs reprises, elle avait failli
finir embrochée. Elle savait ses heures comptées. A moins qu’elle n’arrive à
tenir encore deux ou trois jours. Il fallait qu’elle tienne, car elle avait
entendu les hommes parler entre eux : “Dans deux ou trois jours, les prestigieux
invités seront partis et nous pourrons enfin arrêter cette chasse aux papiers
ridicule !”. La feuille de papier d’emballage se promit de tenir. Elle se terra
encore un peu plus dans son mur, et fuma du thé pour rester éveillée au danger
des hommes chasseurs de papier, son cauchemar continuait.
H. L.
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