Samedi 02 Avril 2005
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Elle !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

Foire d’Alger. Belkhadem s’est rendu ce week-end au Salon national du bois. S’adressant aux organisateurs, le SG du FLN déclarera : “Ici, je me sens chez moi ! Car, vous et nous, parlons la même langue”.

On s’en doutait un peu

Vendredi, marché hebdomadaire quelque part dans le vaste et beau pays d’Algérie, une zone coincée entre la mer Méditerranée, la bande sud et la bande verte. Quelques habitants de ce pays, spécimens particulièrement représentatifs de cette province coincée, sont debout devant une vitrine. Ils regardent tous la même chose. Ni à droite. Ni à gauche. Mais au centre. Bien au centre de la vitrine. Comme hypnotisés. Littéralement envoûtés par celle qui y trône habituellement. Celle qu’ils appellent tous respectueusement et presque avec de la crainte dans la voix “ELLE”. Un des badauds écrase d’un geste discret de la main une larme sur sa joue. Un autre déglutit difficilement, tellement l’émotion à ce moment précis le submerge. Un autre encore croise et décroise ses doigts noueux dans un ballet nerveux et rapide. Le marchand, derrière la vitrine inaccessible de l’échoppe, arrive d’un pas lent avec, dans ses mains gantées pour l’occasion “ELLE”. Il ne se presse pas. On dirait même qu’il se déplace délibérément au ralenti. Les bras bien en avant, les manches retroussées afin de ne pas masquer “ELLE” aux regards des badauds, il s’arrête pile devant un présentoir plus présentable que les autres, plus propre, plus rutilant, fait d’un métal plus noble que le reste des ustensiles du magasin. Toujours aussi lentement, le marchand pose délicatement “ELLE” dans son écrin. Il la livre enfin, comme à regret, aux regards à présent ouvertement concupiscents des badauds de plus en plus nombreux. “ELLE”, imperturbable, prend ses aises, épanche ses formes généreuses et frémissantes sur l’étendue du présentoir. “Elle est encore plus belle qu’hier !”, note un des badauds particulièrement perspicace et fidèle d’entre les fidèles à ces séances du vendredi. Il est vrai que “ELLE” est éblouissante. Fraîche. Le teint homogène. Ces légères nervures donnent un relief délicieux à son ensemble enchanteur. “ELLE” plaît ! Un des badauds, plus entreprenant que les autres, plus téméraire, sûrement plus fou que les autres, s’avance, franchit en tremblotant le seuil de l’échoppe et se dirige d’un pas mal assuré vers le marchand, tout en évitant du regard “ELLE”. Il ose quelques mots chuchotés dans l’oreille du commerçant. Celui-ci le regarde un long moment, avec une pointe de malice teintée de mépris dans son œil de boucher injecté de sang et lâche à haute voix, à la cantonade, pour être sûr d’être bien entendu de tout le marché : “Ch’hal el kebda ? 1400 dinars le kilo, kho !” Le malheureux intrus, le badaud inconscient bat en retraite rapidement. Il sort du magasin sous les regards moqueurs de ses congénères plus prudents qui, eux, sont restés dehors. La tête rentrée dans les épaules, les yeux et la lèvre plissés, il jure entre ses dents qu’on ne l’y reprendra plus à demander combien “ELLE” coûte. Je vous dirai la semaine prochaine s’il a tenu parole, s’il a résisté à l’envie de revoir “ELLE”. En attendant, fumez du thé et restez éveillés, le cauchemar continue.

H. L.

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