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Foire d’Alger. Belkhadem s’est rendu ce week-end au Salon
national du bois. S’adressant aux organisateurs, le SG du FLN
déclarera : “Ici, je me sens chez moi ! Car, vous et nous, parlons la
même langue”.
On s’en doutait un peu
Vendredi, marché hebdomadaire quelque part dans le vaste et beau pays
d’Algérie, une zone coincée entre la mer Méditerranée, la bande sud et la bande
verte. Quelques habitants de ce pays, spécimens particulièrement représentatifs
de cette province coincée, sont debout devant une vitrine. Ils regardent tous la
même chose. Ni à droite. Ni à gauche. Mais au centre. Bien au centre de la
vitrine. Comme hypnotisés. Littéralement envoûtés par celle qui y trône
habituellement. Celle qu’ils appellent tous respectueusement et presque avec de
la crainte dans la voix “ELLE”. Un des badauds écrase d’un geste discret de la
main une larme sur sa joue. Un autre déglutit difficilement, tellement l’émotion
à ce moment précis le submerge. Un autre encore croise et décroise ses doigts
noueux dans un ballet nerveux et rapide. Le marchand, derrière la vitrine
inaccessible de l’échoppe, arrive d’un pas lent avec, dans ses mains gantées
pour l’occasion “ELLE”. Il ne se presse pas. On dirait même qu’il se déplace
délibérément au ralenti. Les bras bien en avant, les manches retroussées afin de
ne pas masquer “ELLE” aux regards des badauds, il s’arrête pile devant un
présentoir plus présentable que les autres, plus propre, plus rutilant, fait
d’un métal plus noble que le reste des ustensiles du magasin. Toujours aussi
lentement, le marchand pose délicatement “ELLE” dans son écrin. Il la livre
enfin, comme à regret, aux regards à présent ouvertement concupiscents des
badauds de plus en plus nombreux. “ELLE”, imperturbable, prend ses aises,
épanche ses formes généreuses et frémissantes sur l’étendue du présentoir. “Elle
est encore plus belle qu’hier !”, note un des badauds particulièrement
perspicace et fidèle d’entre les fidèles à ces séances du vendredi. Il est vrai
que “ELLE” est éblouissante. Fraîche. Le teint homogène. Ces légères nervures
donnent un relief délicieux à son ensemble enchanteur. “ELLE” plaît ! Un des
badauds, plus entreprenant que les autres, plus téméraire, sûrement plus fou que
les autres, s’avance, franchit en tremblotant le seuil de l’échoppe et se dirige
d’un pas mal assuré vers le marchand, tout en évitant du regard “ELLE”. Il ose
quelques mots chuchotés dans l’oreille du commerçant. Celui-ci le regarde un
long moment, avec une pointe de malice teintée de mépris dans son œil de boucher
injecté de sang et lâche à haute voix, à la cantonade, pour être sûr d’être bien
entendu de tout le marché : “Ch’hal el kebda ? 1400 dinars le kilo, kho !” Le
malheureux intrus, le badaud inconscient bat en retraite rapidement. Il sort du
magasin sous les regards moqueurs de ses congénères plus prudents qui, eux, sont
restés dehors. La tête rentrée dans les épaules, les yeux et la lèvre plissés,
il jure entre ses dents qu’on ne l’y reprendra plus à demander combien “ELLE”
coûte. Je vous dirai la semaine prochaine s’il a tenu parole, s’il a résisté à
l’envie de revoir “ELLE”. En attendant, fumez du thé et restez éveillés, le
cauchemar continue.
H. L.
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