|
«Réchauffement des relations entre l’Algérie et le Maroc. A
Oujda, on est déjà sur un …»
…nuage
Il est du droit d’un ministre des Finances comme Benachenhou de s’en prendre
à la presse. Il n’est pas question de lui dénier ce droit. Nous souffrons assez
des atteintes à la liberté d’expression et d’exercer notre métier pour nous
mettre à notre tour à empêcher le ministre des Finances de dire ce qu’il pense
de la presse de son pays. Ça serait un précédent grave en démocratie si un
ministre était empêché de dire tout haut qu’il déteste une partie des journaux
de son pays. D’ailleurs, de quel droit Benachenhou serait censuré lorsqu’il
expose publiquement ses griefs contre la presse ? Plus encore, je trouve
particulièrement scandaleux et corporatiste que sous prétexte qu’il a avis bien
à lui, différend du nôtre, sur le métier d’informer nous nous en prenions au
premier argentier du pays. C’est faire preuve d’intolérance intolérable que de
tenter de museler bêtement l’expression libre d’un commis de l’Etat. C’est de la
hogra pure et simple. Un ministre seul contre une légion puissamment armée de
journaux féroces, quelle honte ! Il faut absolument et urgemment arrêter avec
ces pratiques qui ne nous honorent pas. Ne faisons pas subir aux autres ce que
nous avons nous-mêmes subi. Par exemple, lors d’une conférence de presse de
Benachenhou ou d’un autre ministre, laissons ces valeureux responsables vider ce
qu’ils ont comme rancœurs contre la presse pendant le temps qu’il faut. Si
Benachenhou a besoin d’un petit quart d’heure d’attaque en règle contre les
journaux, laissons-lui ce quart d’heure au nom de la tolérance qui nous a été si
souvent refusée. S’il lui faut plus d’un quart d’heure, trente minutes, une
heure ou plus, attendons patiemment qu’il se vide de sa colère. C’est bon pour
le débat démocratique. C’est bon pour la démocratie. Et c’est bon pour le
ministre lui-même qui ainsi ne garde pas sur le cœur un ressentiment qui
augmenterait son stress et affecterait sa santé. Ensuite, bien ensuite, bien
plus tard, lorsque l’écume de rage contre la presse aura disparu du regard du
ministre, lorsque les jointures de ses doigts se seront relâchées, lorsque ses
dents ne crisseront plus de l’envie de régler son compte aux journaux
indépendants, nous l’écouterons, tout aussi poliment que nous l’avons fait
lorsqu’il nous tombait dessus à bras raccourcis, nous expliquer quelle est la
stratégie financière de l’Algérie. Et si, malgré tout cela, il ne nous le dit
pas, ne crions pas à l’absence de programme. Considérons juste que sa rancœur
n’est pas complètement éteinte. Et fumons du thé pour rester éveillés, le
cauchemar continue.
H. L.
|