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“Grand banditisme. L’homme qui a acheté 5 kilos de
tomates à 120DA le kilo n’a toujours pas été arrêté.”
La traque se poursuit
N’exagérons rien ! Ce n’est pas au moment précis où le chef de l’État disait
aux cadres de la nation que l’Algérie, grâce à la réconciliation nationale et
bientôt grâce à l’amnistie générale, est en train de retrouver la paix que des
tangos ont dressé un faux barrage sanglant sur une route reliant Larbaâ à
Tablat.
Non ! Il s’est tout de même écoulé quelques petites heures entre le discours
euphorique sur l’état de notre sécurité et le massacre. Mince ! J’ai écrit
«massacre» ? Vous êtes sûrs que j’ai écrit «massacre» ? Bonté divine ! Ça veut
dire que la mémoire des mots et de leur orthographe n’est pas complètement
endommagée. Je me souviens encore de la bonne orthographe d’un mot comme
«massacre» alors que, depuis 1999, les grammairiens de l’Académie de la Paix
nous avaient assuré que nous n’aurions plus besoin d’avoir recours à des termes
comme «massacres », comme «attentats», comme «faux barrages», comme «triangle de
la mort», comme «routes isolées», comme « corps calcinés » ou encore comme
«véhicules mitraillés». Vous imaginez un peu mon embarras si j’avais suivi à la
lettre les consignes des doctes profs de l’Académie de la Paix ? Si j’avais
vraiment effacé de mon vocabulaire tous ces mots et toutes ces expressions,
j’aurais été bien embêté pour décrire ce qui s’est passé sur cette satanée route
isolée entre Larbaâ et Tablat, en plein cœur du triangle de la mort. Eh oui !
Comment raconter l’enfer vécu par ces Algériens en train de brûler comme des
torchères, avec pour seul vocabulaire des expressions comme «fraternisation»,
«amnistie», «la main tendue à tous les Algériens sans exception», «l’intégrisme
des démocrates», «la plume des journalistes, plus assassine que l’épée des
terroristes», «les mercenaires de la presse qui font barrage à l’apaisement» ou
encore «rien ne nous empêchera d’aller jusqu’au bout et de tourner
définitivement la page de la tragédie nationale » ? Finalement, et quoi qu’on
dise des journalistes mercenaires, heureusement qu’il en reste encore qui ont en
mémoire des mots officiellement bannis du parler algérien et qui peuvent ainsi
vous expliquer que 14 Algériens ont été massacrés ce week-end par des
terroristes islamistes. Qu’ils n’ont pas été victimes d’intoxication alimentaire
ou d’un terrible accident de la route dû à l’excès de vitesse couplé au trafic
de pièces détachées contrefaites. Je fume du thé et je reste éveillé, le
cauchemar continue.
H. L. |