Lundi 11 Avril 2005
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LE LOFT !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

“Santé. Qu’est-ce qui va changer dans les hôpitaux? Avant, t’étais mal soigné, mais tu payais pas. Aujourd’hui, t’es toujours aussi mal soigné, mais tu vas payer.”

Voilà, fallait juste expliquer !

En prenant connaissance de la prise de bec entre Benachenhou et Redjimi, entre le ministre des Finances en partance mais toujours pas parti et son homologue de la Santé, je n'ai pu m'empêcher de penser à la Loft Story de M6. Si Abdelatif a craqué et s’est lâché à l'oreille du docteur et non moins collègue. A l’oreille, mais tout de même assez fort pour être entendu par les témoins privilégiés de cette scène hallucinante: "Je n'ai rien dit au président de la République. Et, de toutes les façons, il ne m'écoute plus!". Arrivé à ce stade, Endemol production n'est plus loin. Gérard Louvin louvoie dans les parages. Dans le boudoir à confessions, la caméra vidéo sur trépied tourne à plein tube. Et l'on s'attendrait presque à voir sortir Loana ruisselante de la piscine. Oui! Oui! Je sais, je mélange entre les reality shows, entre M6 et TF1. Qu'importe ! Les ingrédients sont quasiment identiques aujourd'hui. Deux hauts commis de l'Etat, deux ministres en charge de portefeuilles aussi importants que les Finances et la Santé s'oublient devant les caméras, les micros et des journalistes éberlués. Et que se disent-ils? Des échanges d'idées et de théories sur la bonne gouvernance? Des ébauches de solutions pour la sortie de crise? Des calculs compliqués et savants sur le financement des hôpitaux? Non! Juste cet aveu terrible : "De toutes les façons, le président ne m'écoute plus!" Sacre bleu! Et moi qui allais me moquer. C’est tellement plus facile de ricaner, de tourner en dérision un puissant. Mais c’est tellement plus difficile d’être attentif à la détresse des hommes du pouvoir. Oui! Ils ont beau être ministres, ils n’en sont pas moins humains. S’ils ont des joies, ils ont aussi des déceptions cruelles. Y a-t-il pire déception que celle d’un ministre des Finances qui n’est plus écouté par son président ? L’Algérie découvre que celui qui lui rend la vie plus chère et plus dure est aussi un être fait de chair et de sang, de sentiments humains et de sensibilité à fleur de peau. L’homme qui prône la vérité des prix et des réajustements draconiens dans la fiscalité des Algériens d’en bas, sans piper mot de l’impôt sur les grosses fortunes, peut aussi avoir le cœur qui se serre et saigne parce que Abdekka ne l’écoute plus. La prochaine fois que vous verrez passer à toute allure la voiture de Benachenhou ou de Redjimi sur l’autoroute, ne faites pas preuve d’égoïsme en ne pensant qu’à vos factures plus salées. Soyez humains et dites-vous que, derrière les vitres fumées des véhicules blindés, se cachent des hommes plein de détresse. Et fumez du thé pour rester éveillés, le cauchemar continue.

H. L.

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