Lundi 18 Avril 2005
Accueil | Edition du jour | Archives
Rechercher:   Recherche avancée
Actualités
Périscoop
Régions Centre
Régions Est
Régions Ouest
Sports
Femme magazine
Panorama
Pousse avec eux
Edition du jour
 
Le Soir Multimédia
 
 
Nos archives en HTML
Nos archives en PDF
 

Panorama : KIOSQUE ARABE
Randonnées pour tueurs patentés


"L'affaire a requis dix cigarettes "Marlborough rouge" — tant pis pour le cœur — accompagnées d'excuses sincères à mon cardiologue. J'avais renoncé à l'écriture en dépit de l'insistance de nombreux compagnons défenseurs de la liberté de conscience et d'expression. J'avais donc choisi de vivre en paix mais je ne m'attendais pas à tant de rancune de la part des tenants du courant religieux. Toutefois, et malgré tout ce que j'ai dû entendre, j'ai persisté dans mon choix pour éviter des problèmes avec la justice koweïtienne qui pénalise l'acte de penser et de s'exprimer.
Jusqu'à ce que Khoudir Al-Anzi écrive cet article provocateur à mon égard, moi qui ne lui ai jamais consacré une ligne malgré la médiocrité de ce qu'il écrit. Plus encore, je trouvais assez surprenant qu'un journal libéral comme Al-Qabas permette la publication d'articles aussi faibles et aussi mauvais (…) J'ai donc décidé de me remettre à écrire quoi qu'il puisse advenir." C'est ainsi que commence l'article de l'universitaire koweïtien Ahmed Baghdadi publié dans le quotidien Al- Siassa du samedi 16 avril 2005. Baghdadi avait été condamné, le mois dernier, à trois ans de prison avec sursis pour un article jugé offensant envers l'islam (Kiosque arabe du 4/11/2005). Il avait alors annoncé qu'il renonçait désormais à écrire pour ne pas encourir le risque d'être jeté en prison. Seulement, il ignorait que ses adversaires qui n'ont jamais osé l'affronter avec les mêmes armes que les siennes, allaient s'enhardir. Pensant que Ahmed Baghdadi n'allait pas oser rompre sa retraite, l'un d'eux a joué la mouche du coche. Khoudir Al-Anzi a choisi de frapper un adversaire à terre ( Al-Qabas du 14/04/2005) croyant ainsi l'achever. Las, Baghdadi s'est relevé. On ne chatouille pas impunément la crinière du vieux lion. Au risque d'être à nouveau la cible de la justice koweïtienne, il est sorti de son mutisme avec cet article dont le titre résonne comme un défi : "Nous serons toujours là et les jours des tyrans sont comptés." "Je serai toujours là avec mon esprit, ma plume et ma culture, proclame en effet Ahmed Baghdadi. Je les confronterai, mettant à nu leur ignorance, la pauvreté de leur culture et des idées qu'ils défendent dans leurs écrits (…) Qu'ils l'admettent ou non, mes articles font mouche et mettent à mal leurs idées faibles et incohérentes." Remerciant ses détracteurs pour cette provocation qui l'a fait sortir de ses gonds, Baghdadi s'étonne que ses détracteurs se soient ainsi mépris sur ses capacités de riposte. "ils ont parié à tort sur ma faiblesse, dit-il. Ils ignoraient que ma décision d'arrêter ou de reprendre l'écriture est celle d'un homme libre, un homme qui, grâce à Dieu, n'a jamais mis sa plume au service d'un groupe ou d'un gouvernement." Après ce long préambule et pour bien montrer qu'il ne renonce pas, Ahmed Baghdadi propose à la réflexion des ses lecteurs un texte extrait du manuel d'éducation islamique des classes de quatrième année moyenne. Il s'agit du chapitre intitulé "La force des musulmans est dans leur unité et leur solidarité". On y lit ce qui suit : "Introduction : l'islam est une religion de force et de fierté, une religion de tolérance et de fraternité. Il incite les musulmans à s'unir pour être puissants face à l'ennemi. De plus, Dieu le Très Haut a appelé les musulmans à ne pas se diviser et à ne pas se disperser, de crainte que le diable ne s'en réjouisse et n'envoie les démons, ses disciples, pour répandre sur la terre la corruption et l'anarchie." "Imaginez-vous que nous dépensons, en tant que parents, des milliers de dinars pour que nos enfants aillent dans les écoles privées pour leur éviter le piètre enseignement public, souligne Ahmed Baghdadi. Et puis, le ministère impose que leur soit dispensé un "enseignement" tel que celui-ci. Que viennent donc faire les démons dans l'unité des musulmans ?, s'interroge Baghdadi qui persiste et signe, bravant les tabous et les interdits. On ne sait pas d'ailleurs si les mésaventures judiciaires de Ahmed Baghdadi ont quelque chose à voir mais l'un des autres quotidiens koweïtiens Al-Rai-al-Am vient d'obtenir l'autorisation d'être édité à Chypre. Le journal des Emirats Al-Bayane qui rapporte la nouvelle précise que cette autorisation a été sollicitée au cas où. Certes, souligne Al- Bayane, il y a actuellement un litige commercial concernant Al-Rai-al-Ammais il y a surtout les obstacles que rencontrent les éditeurs dans les pays arabes. Il observe ainsi que la plupart des nouveaux titres arabes de ces dernières années ont été créés à l'étranger. Autres interdits, moins spectaculaires puisque relevant des formalités habituelles, celle de l'université Al- Azhar qui vient d'ajouter deux nouveaux livres à sa littérature interdite. Le Centre d'études islamiques, rattaché à l'université, vient de rendre coup sur coup deux verdicts. Le premier concerne un livre sur l'Arabie saoudite qui constitue une violente critique de la famille régnante. L'interdiction est motivée par le fait que l'ouvrage porte atteinte au rite wahhabite et donc à l'islam. Le second livre est curieusement un classique du genre. Il y est question de guérisons par métempsychose et autres procédés d'occultisme. Son auteur est un certain Avicenne. Il ne vit pas au Koweït ou en Arabie saoudite mais à Boukhara, la localité mythique située aujourd'hui en Ouzbékistan. "Al-Azhar" proscrit cette œuvre parce qu'elle pourrait avoir une influence néfaste sur la jeunesse. On peut donc se demander si ce n'est pas en lisant Avicenne que le jeune Hassan Ra'fat Bashandi a décidé de se faire exploser au milieu d'un groupe de touristes près de la célèbre université. La fabrication des explosifs, impliquant parents et proches, aurait obéi au principe du travail en miettes cher à Friedman, jusque dans sa finalité. La tante de Hassan dont le domicile a servi d'atelier à bombes pourrait aussi être une fervente lectrice de Avicenne et une spécialiste des sciences occultes. On en déduirait aussi que c'est dans la lecture du grand médecin de Boukhara que le terroriste a puisé l'idée d'interdire la télévision aux membres de sa famille. C'est ainsi que les théologiens dits modérés font la chasse à Avicenne…ou à Baghdadi et encouragent les vocations de kamikazes. En s'éveillant à une certaine foi, après la mort de son père, le jeune Hassan Bashandi a préparé son trépas et celui de personnes innocentes. Hassan Ra'fat Bashandi s'est immolé avec la certitude de finir dans la béatitude éternelle. Il n'aura pas la latitude de retrouver ici-bas sa lucidité, telle qu'en sa définition terrestre. C'est cette lucidité-là dont se réclame Adel Tebourski, un des inculpés dans l'assassinat du commandant Massoud en Afghanistan. Au procès de ce groupe devant le tribunal de Paris, on a pu apprécier toute la panoplie de la mauvaise foi intégriste. Qu'on en juge : outre le fait d'être redevenu subitement lucide après son arrestation, Adel Tebourski retient de Dahmane Abdessatar, un des exécutants de l'assassinat, qu'il avait "un grand sens de l'humour". Pour forcer le trait, un autre accusé, Ibrahim Keita, dit que son but n'est pas la guerre, mais comprendre la guerre. Ibrahim Keita et son copain Mahrez Azouz rejettent l'appellation de terroristes. Mahrez qui était chargé de l'entraînement des volontaires a même souligné qu'il avait agi ainsi parce qu'il aimait les randonnées. Massoud a donc été tué par un groupe de joyeux randonneurs, entre deux escalades en montagne. Tout simplement.
A. H.

Nombre de lectures : 572

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site