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«De grâce, évitons qu’Ouyahia ou un autre officiel
n’aille bientôt se recueillir sur la tombe de Benchicou.»
Libérez-le avant !
Un lecteur qui se qualifie lui-même de fidèle d’entre les fidèles s’emporte
dans un mail contre la visite d’Ouyahia en Kabylie et le fait que le chef du
gouvernement «ait osé se recueillir sur la tombe de Massinissa Guermah». Ce
lecteur a eu des mots très durs. Il n’a pas hésité à utiliser la formule
consacrée par les criminologues «l’assassin revient toujours sur les lieux du
crime». Que ce lecteur me pardonne, peut-être le perdrai- je en lui écrivant ce
que je vais lui écrire, mais à la perte d’une relation fidèle, je préfère garder
le lien de la franchise dite sans ambages, sans détour. Je trouve les propos de
ce lecteur non seulement excessifs, mais aussi et surtout déplacés. Déplacés au
regard de cette photo et de ces images du papa de Massinissa recevant en
personne Ouyahia. Y a-t-il plus meurtris par la douleur que les parents de
Massinissa et de toutes les autres victimes du Printemps noir ? Qui sommes-nous
pour nous offusquer des «reniements» de Abrika et des siens, pour crier à la
trahison de la cause, à partir de nos salons cossus, loin des émanations de gaz
lacrymogènes, loin des barricades, loin des mutilations à vie, loin des
vendredis de recueillement aux cimetières ? Qui sommes-nous pour dire à Khaled
Guermah ce qu’il doit faire et ce qu’il ne doit surtout pas faire ? La seule
chose que l’on puisse faire à partir de nos salons cossus, c’est peut-être – il
n’y a jamais de certitude en la matière – nous demander par quel miracle Abrika
se voit violemment reprocher son partenariat avec le pouvoir alors qu’en
d’autres temps ceux qui poussent le reproche aujourd’hui avaient été beaucoup
plus loin qu’un début de partenariat ? On peut aussi, dans la foulée, constater
qu’en Kabylie, comme dans d’autres régions émeutières du pays d’ailleurs, la
«légitimité révolutionnaire» acquise à travers l’embastillement politique n’est
plus une exclusive, elle est partagée. Et c’est une avancée formidable. Pour le
reste, tout le reste, notamment ces guichets de sélection, ces barrières
filtrantes que nous voudrions par la force implanter aux abords de tombes comme
celle de Massinissa pour dire qui a le droit de se recueillir et qui n’a pas le
droit, je trouve la démarche follement indécente. Qui mieux qu’un père ou une
mère... Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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