Mercredi 20 Avril 2005
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Qui mieux qu’un père...

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

«De grâce, évitons qu’Ouyahia ou un autre officiel n’aille bientôt se recueillir sur la tombe de Benchicou.»

Libérez-le avant !

Un lecteur qui se qualifie lui-même de fidèle d’entre les fidèles s’emporte dans un mail contre la visite d’Ouyahia en Kabylie et le fait que le chef du gouvernement «ait osé se recueillir sur la tombe de Massinissa Guermah». Ce lecteur a eu des mots très durs. Il n’a pas hésité à utiliser la formule consacrée par les criminologues «l’assassin revient toujours sur les lieux du crime». Que ce lecteur me pardonne, peut-être le perdrai- je en lui écrivant ce que je vais lui écrire, mais à la perte d’une relation fidèle, je préfère garder le lien de la franchise dite sans ambages, sans détour. Je trouve les propos de ce lecteur non seulement excessifs, mais aussi et surtout déplacés. Déplacés au regard de cette photo et de ces images du papa de Massinissa recevant en personne Ouyahia. Y a-t-il plus meurtris par la douleur que les parents de Massinissa et de toutes les autres victimes du Printemps noir ? Qui sommes-nous pour nous offusquer des «reniements» de Abrika et des siens, pour crier à la trahison de la cause, à partir de nos salons cossus, loin des émanations de gaz lacrymogènes, loin des barricades, loin des mutilations à vie, loin des vendredis de recueillement aux cimetières ? Qui sommes-nous pour dire à Khaled Guermah ce qu’il doit faire et ce qu’il ne doit surtout pas faire ? La seule chose que l’on puisse faire à partir de nos salons cossus, c’est peut-être – il n’y a jamais de certitude en la matière – nous demander par quel miracle Abrika se voit violemment reprocher son partenariat avec le pouvoir alors qu’en d’autres temps ceux qui poussent le reproche aujourd’hui avaient été beaucoup plus loin qu’un début de partenariat ? On peut aussi, dans la foulée, constater qu’en Kabylie, comme dans d’autres régions émeutières du pays d’ailleurs, la «légitimité révolutionnaire» acquise à travers l’embastillement politique n’est plus une exclusive, elle est partagée. Et c’est une avancée formidable. Pour le reste, tout le reste, notamment ces guichets de sélection, ces barrières filtrantes que nous voudrions par la force implanter aux abords de tombes comme celle de Massinissa pour dire qui a le droit de se recueillir et qui n’a pas le droit, je trouve la démarche follement indécente. Qui mieux qu’un père ou une mère... Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.

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