Mercredi 04 Mai 2005
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UTILE ET SÉRIEUX TU SERAS !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

«Jusque-là, nous étions la presse la plus libre du monde arabe. Maintenant, nous sommes la seule presse du monde arabe sans ministre.»

Apprécions, ça ne durera pas longtemps !

Fort des directives éclairées lancées par le chef de l’État à la presse, je me suis levé ce matin avec la ferme intention de faire œuvre de journalisme « sérieux et utile ». D’abord pour une raison évidente, le Palais a clairement dit que, désormais, il n’aiderait que les titres sérieux et utiles. Ensuite, je voulais enfin découvrir ce type de journalisme dont on ne cesse de me vanter les mérites depuis 1999 et dont, apparemment, nous, les rédacteurs en activité, nous ne soupçonnerions même pas l’existence, aveuglés que nous sommes par les «groupes d’intérêt politiques, économiques, financiers et professionnels qui poussent les journalistes à contrevenir à la loi et à s’attaquer aux gens.» Donc, à peine levé et la poitrine gonflée d’enthousiasme patriotique à l’idée que j’allais enfin exercer mon vrai métier, je me dirigeais vers ma salle de bains, lorsque à mi-chemin, je me suis brutalement arrêté tout en me grattant le menton dans une posture d’enquêteur sérieusement sur les dents. Si je comprends bien le message du Palais, avant ce matin, j’étais quelqu’un de manipulé, au mieux par des centres d’intérêt politiques, au pire par des groupes criminels, avec entre ces deux perspectives, postés en embuscade et prêts, eux aussi, à me manipuler à mort des gangs de la mafia économico-financière. Nom d’une pipe taillée dans du bois d’olivier sicilien ! Ainsi, jusqu’à ce mercredi, le trajet entre mon lit et ma salle de bains était miné, jalonné de faux barrages érigés selon les jours et les saisons, une semaine par les politiciens véreux, une autre semaine par des économistes à la mine patibulaire et le reste de la saison par de dangereux criminels passés maîtres dans l’art de me dicter mes papiers à la pointe de leurs dagues acérées. Tous ces bandits devaient bien se cacher ce matin ou carrément avoir pris peur après avoir entendu la veille le discours du Palais, car là, maintenant, rien ! Ni mafia politique. Ni mafia économique. Ni mafia financière. Ni hachichines dans le carré glissant de ma salle de bains. Une fois dans la baignoire, et au contact de l’eau rafraîchissante, j’étais même sur le point de douter des propos d’El Mouradia. Comment peut-on décemment caser autant de mafias multisectorielles et pluridisciplinaires dans un espace aussi petit que mon appartement ? Mais j’ai aussitôt repensé à cette mise en garde du Palais : «Désormais, seule la presse sérieuse et utile sera aidée par les pouvoirs publics.» Je me suis laissé doucement glisser dans l’eau de mon bain, j’ai fermé les yeux tout en promettant de mieux fouiller mon appartement à l’avenir. Et de fumer du thé pour rester éveillé, le cauchemar continuait.

H. L

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