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«Je ne vous souhaite pas de rejoindre Benchicou, mais si
leurs geôles sont les seuls endroits de conclave de l’intelligence,
alors regagnons nos cellules en hommes libres.»
Nabil, un pote !
Ah ! Ma feuille ! Ta blancheur, aujourd’hui m’enivre. Je constate qu’elle
m’attire un peu plus ce matin. Une attirance furieuse. Plus qu’hier, et sûrement
moins que demain, je ne rêve en ce moment que de te noircir, de gribouiller ta
candide blancheur. Va savoir pourquoi une telle montée de désir. Qu’est-ce qui
fait qu’un mec qui noircit des pages depuis des lustres éprouve aujourd’hui plus
de plaisir qu’avant à le faire, à faire la seule chose qu’il sache plus ou moins
faire, tenter de dérider, d’apaiser les douleurs par le rire ? Je n’en sais
fichtrement rien ! Par contre, ce que je sais, c’est qu’une purée de pêche
d’enfer m’habite depuis mardi dernier. J’ai beau me demander perplexe pourquoi
ce regain de forme et surtout pourquoi spécialement depuis ce mardi, je ne
trouve pas de réponse probante. J’ai même essayé de me souvenir de ce que
j’avais mangé ce jour-là. Quel plat pouvait provoquer une telle euphorie ?
N’ayant mangé que des trucs que me permettaient ma bourse et une mercuriale en
folie, j’ai finalement renoncé à trouver une explication à ma forme actuelle
dans mon régime gastronomique. Mais alors pourquoi cette envie soudainement
boostée d’aligner en rangs encore plus serrés mes gentillesses sur la belle,
tendre et appétissante feuille blanche ? Comme je n’avais pas non plus envie de
gaspiller ma toute nouvelle énergie à me demander comment et pourquoi j’étais
aussi en forme, j’ai finalement décidé de prendre la chose comme elle venait.
Sans trop chercher comment ni pourquoi. Depuis mardi, j’ai la forme, je suis en
rut. Sans raison particulière. Mais vous faut-il vraiment une raison
particulière à vous qui m’avez écrit nombreux et qui vous inquiétiez de savoir
si en page 24 du Soir ça allait continuer à déménager un max ? Non, bien
évidemment ! Ah ! Ma feuille ! Ta blancheur, ce jour, me rend encore plus fou
que la veille. Dans ma folie, je n’oublie pas de remercier les généreux inconnus
qui, depuis mardi dernier, m’ont encore plus poussé à fumer du thé pour rester
éveillé, car le cauchemar continue.
H. L.
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