|
“Le pilote de l’avion présidentiel risque de lourdes sanctions.
Suite à une erreur de calcul et de positionnement sur la carte,
il a failli faire atterrir l’appareil de Abdekka à Alger.”
L’inconscient !
C’est demain dimanche qu’Ahmed Ouyahia présentera le bilan de son
gouvernement devant les députés. Une présentation qui devrait passer comme une
lettre à la poste. Mais attention ! Pas n’importe quelle poste. Une poste
norvégienne, suédoise ou suisse, mais surtout pas une poste algérienne. Sûr de
son forfait avant de l’avoir commis, Ouyahia va tout de même respecter un rituel
immuable depuis qu’il est chef du gouvernement. A l’invitation du président de
l’APN à rejoindre le perchoir, il va esquisser un sourire gourmand avec lequel
il va balayer la salle comme un ninja ou un para balayerait avec son arme
automatique une casemate soupçonnée de servir de cache à une katiba de
démocrates. Après cette première rafale censée clouer sur leurs fauteuils tous
les députés que la diatribe chatouillerait, il posera délicatement sur le
pupitre un lourd dossier contenu dans une chemise cartonnée, de couleur verte,
toute autre couleur n’étant pas tolérée au vu des chiffres que H’mimed va
asséner aux élus. Après avoir remercié les anciens, les actuels et les futurs
présidents de la République pour la confiance qu’ils ont et qu’il vont placer en
lui, il entamera un numéro que seul lui sait jouer : débiter des données et des
chiffres qu’il sait inexacts avec la conviction du charmeur de serpents qui se
sera au préalable prémuni contre la morsure de ses bêtes en leur soutirant tout
leur venin. Dans cette séance qu’il voudrait littéralement hypnotique, les
millions, les milliards vont virevolter, les mètres cubes de terres agricoles
récupérées des griffes acérées de la mafia du foncier vont défiler. Les
kilomètres de cités d’habitation construites en un temps record vont boucher la
vue des députés. Les conclusions de l’enquête dans l’affaire Khalifa seront
encore plus proches que lors du dernier bilan où elles étaient déjà qualifiées
de vachement proches par le même Ouyahia. Il se félicitera du fait qu’en
Algérie, aucun journaliste n’est ou ne sera détenu pour ses écrits et nous
serons tous trop loin pour que nos cris et écrits d’indignation et nos
dénégations perturbent la quiétude du numéro de H’mimed. Au plan des relations
internationales, il fera très sérieusement remarquer que Français et Américains
sont vraiment embarrassés et inquiets du fait que l’Algérie n’ait pas encore
clairement choisi entre Paris et Washington, ces deux amants alanguis qui n’ont
d’autre but dans la vie que de nous séduire nous et nous seuls, comme si la
planète en mutation ne regorgeait pas de nations prêtes à des alliances et à des
coopérations tous azimuts. Mais qu’importent les contradictions ! Qu’importent
les contrevérités ! Qu’importent les inexactitudes ! Qu’importe l’aberration
élevée au rang de doctrine ! Le bilan d’Ahmed Ouyahia va passer comme une lettre
à la poste. Mais attention ! Pas n’importe quelle poste. Une poste norvégienne,
suédoise ou suisse. Des pays tellement en avance qu’un courrier posté
aujourd’hui arrive la veille. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar
continue.
H. L.
|