Samedi 21 Mai 2005
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L’INDU BILAN !


Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

“Le pilote de l’avion présidentiel risque de lourdes sanctions.
Suite à une erreur de calcul et de positionnement sur la carte,
il a failli faire atterrir l’appareil de Abdekka à Alger.”

L’inconscient !

C’est demain dimanche qu’Ahmed Ouyahia présentera le bilan de son gouvernement devant les députés. Une présentation qui devrait passer comme une lettre à la poste. Mais attention ! Pas n’importe quelle poste. Une poste norvégienne, suédoise ou suisse, mais surtout pas une poste algérienne. Sûr de son forfait avant de l’avoir commis, Ouyahia va tout de même respecter un rituel immuable depuis qu’il est chef du gouvernement. A l’invitation du président de l’APN à rejoindre le perchoir, il va esquisser un sourire gourmand avec lequel il va balayer la salle comme un ninja ou un para balayerait avec son arme automatique une casemate soupçonnée de servir de cache à une katiba de démocrates. Après cette première rafale censée clouer sur leurs fauteuils tous les députés que la diatribe chatouillerait, il posera délicatement sur le pupitre un lourd dossier contenu dans une chemise cartonnée, de couleur verte, toute autre couleur n’étant pas tolérée au vu des chiffres que H’mimed va asséner aux élus. Après avoir remercié les anciens, les actuels et les futurs présidents de la République pour la confiance qu’ils ont et qu’il vont placer en lui, il entamera un numéro que seul lui sait jouer : débiter des données et des chiffres qu’il sait inexacts avec la conviction du charmeur de serpents qui se sera au préalable prémuni contre la morsure de ses bêtes en leur soutirant tout leur venin. Dans cette séance qu’il voudrait littéralement hypnotique, les millions, les milliards vont virevolter, les mètres cubes de terres agricoles récupérées des griffes acérées de la mafia du foncier vont défiler. Les kilomètres de cités d’habitation construites en un temps record vont boucher la vue des députés. Les conclusions de l’enquête dans l’affaire Khalifa seront encore plus proches que lors du dernier bilan où elles étaient déjà qualifiées de vachement proches par le même Ouyahia. Il se félicitera du fait qu’en Algérie, aucun journaliste n’est ou ne sera détenu pour ses écrits et nous serons tous trop loin pour que nos cris et écrits d’indignation et nos dénégations perturbent la quiétude du numéro de H’mimed. Au plan des relations internationales, il fera très sérieusement remarquer que Français et Américains sont vraiment embarrassés et inquiets du fait que l’Algérie n’ait pas encore clairement choisi entre Paris et Washington, ces deux amants alanguis qui n’ont d’autre but dans la vie que de nous séduire nous et nous seuls, comme si la planète en mutation ne regorgeait pas de nations prêtes à des alliances et à des coopérations tous azimuts. Mais qu’importent les contradictions ! Qu’importent les contrevérités ! Qu’importent les inexactitudes ! Qu’importe l’aberration élevée au rang de doctrine ! Le bilan d’Ahmed Ouyahia va passer comme une lettre à la poste. Mais attention ! Pas n’importe quelle poste. Une poste norvégienne, suédoise ou suisse. Des pays tellement en avance qu’un courrier posté aujourd’hui arrive la veille. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.

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