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«Pourtant, les autorités algériennes savent depuis une
année exactement et avec précision où est retenu
Mohamed. Pourquoi ne font-elles rien pour le libérer ?»
Incompréhensible
157 jours ! Tu t’imagines ? Pas un ou deux jours. Pas une semaine. Pas un
mois. Mais 157 jours. En plus, elle et son guide n’étaient pas aux mains
d’enfants de cœur. Moi, quand j’ai vu la vidéo où elle apparaissait amaigrie,
les traits tirés, le cheveu aussi sec que la gorge était nouée, j’ai eu peur.
J’ai aussitôt revu les autres vidéos, celles des exécutions avec les suppliciés
habillés de cet orange sadiquement calqué par les preneurs d’otages sur la tenue
imposée par les Américains aux prisonniers de Guantanamo. 157 jours ! Ghir el
foum elli igoulha. En prononçant comme ça ce chiffre avec la bouche, ça semble
une bagatelle, une broutille. Mais 157 jours ! C’est tout bête de s’en rendre
compte seulement aujourd’hui, mais elle et son guide avaient été enlevés en
janvier. Nom d’une pipe, comme ça fait déjà loin. 157 jours durant les quels la
diplomatie de la 4e puissance mondiale a travaillé sans relâche à établir des
contacts sérieux et permanents. 157 jours durant lesquels la DGSE, le DRS
dialhoum, a lâché ses agents sur le terrain irakien, a réactivé d’anciens
réseaux, a payé des informateurs, a remué ciel et terre irakiens juste pour la
localiser, elle et son accompagnateur.157 jours et deux ministres des Affaires
étrangères et deux Premiers ministres pour en arriver là, elle débarquant d’un
avion sur le tarmac de Villacoublay, l’œil vif, le cheveu moins sec et le
sourire enfin remis en selle au coin de la bouche. 157 jours de rassemblements,
d’interviews de sa maman, de son papa, de sa frangine et de ses collègues aux
aguets de la moindre information officielle ou semi-officielle. Et puis, t’as vu
? C’est leur président en personne qui s’est adressé à la nation pour dire
combien il était heureux de la voir libre, elle et son guide. Pas égoïste pour
un sou, le même président a tenu aussi à dire combien son pays était inquiet du
sort des autres journalistes dans le monde. Parce que, a-t-il ajouté, sans les
journalistes, le monde ne saurait pas. 157 jours ! Et finalement, les tangos qui
la détenaient elle et son accompagnateur les ont relâchés. Purée ! Les tangos
auraient-ils du cœur ? Peut-être y aura-t-il débat dans les prochains jours pour
savoir si une rançon a été payée ou non aux ravisseurs. Mais, très franchement,
ce n’est pas le sujet du jour. Le sujet du jour, c’est de se dire qu’une
journaliste qui passe 157 jours en détention, c’est inhumain, c’est terrible,
c’est affreux. Que dire alors d’un journaliste qui a déjà passé 357 jours aux
mains de ses ravisseurs ? Je fume du thé et je reste éveillé, car, pour nous, le
cauchemar continue.
H. L.
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