Une année déjà ! Je n’ai plus la notion du temps… C‘est complexe, les douze mois semblent être vite passés… Pourtant !…. Parfois, il y a des jours qui me paraissent être une éternité…. C’est tous ces jours où je me demande comment Mohamed vit sa détention… Il lui reste une année ?
Qu’est-ce que 24 mois dans la vie d’un homme !» C’est par ces mots, qui
reflètent ses sentiments quant à la détention de son fils, que la mère de
Mohamed Benchicou nous mène vers le salon de son modeste appartement situé
au 10ème étage d’un des immeubles de la place du 1er-Mai. Quelques minutes
auparavant, au seuil de la porte, nous venions de lui expliquer, presque
timidement, la raison pour laquelle, en cette fin de matinée de dimanche 12
juin, nous sommes venus interrompre la sieste de cette femme âgée et malade.
Nos excuses balbutiées font esquisser un large sourire sur le visage de
cette femme de 71 ans au regard fatigué mais pétillant, que la vie ne semble
pas avoir épargnée et qui nous invite à prendre place dans cette pièce du
domicile parental de Mohamed Benchicou où les policiers ont un jour débarqué
pour le fouiller de fond en comble dans l’espoir d’y trouver «quelque chose»
qui pourrait mettre le journaliste à l’ombre, et pour longtemps. Un souvenir
que la mère du directeur du journal Le Matin garde intact. «Ils étaient une
dizaine, l’un d’entre eux, un officier, était assis là, au même endroit où
vous êtes, il tentait de m’occuper, pendant que ses collègues qui
accompagnaient Mohamed retournaient la maison… Ils n’ont rien trouvé…» Ses
petits yeux d’un bleu limpide se voilent, elle détourne son regard pour
fixer la porte d’entrée du salon, grande ouverte. Son regard se fige sur un
calendrier 2005 accroché au mur du couloir. Il est illustré par un portrait
de Mohamed Benchicou arborant un sourire triomphant. Le journaliste a hérité
de sa mère le bleu des yeux. Un bleu que fait ressortir un peu plus la robe
de la même couleur qu’elle porte avec une rare élégance en ce début
d’après-midi de juin. La vieille femme semble puiser son courage dans le
regard de son fils. Elle revient impassible. Elle force le respect, en aucun
cas la compassion. «Qu’ont-ils fait? Mohamed est en prison ! Et après ! Ce
n’est pas un criminel, un assassin ou un voleur, il n’a pas trahi son pays
!» Un pays qu’elle aime par-dessus tout et qu’elle nous raconte à sa façon.
A la façon de ces mamans qui briment leur instinct maternel pour encourager
leur enfant dans le combat qu’il a choisi, et ce, quoi qu’il leur en coûte.
Elle en est convaincue, son fils est en prison pour ses écrits et non pour
une histoire de bons de caisse et cela lui suffit pour survivre à la
détention arbitraire de son fils. «Eux-mêmes ont fini par l’admettre»
dit-elle l’air victorieux avant de nous raconter l’intervention en direct de
ce ministre de la République qui, interrogé sur le cas de Benchicou, a
reconnu que le journaliste est en prison «pour ce qu’il a écrit» Un aveu
pour la mère de Mohamed Benchicou. Elle interrompt son récit en s’excusant
d’avoir «trop parlé de Mohamed» et de ne pas avoir demandé des nouvelles de
ses confrères. «Comment vont Hakim Laâlam, Dilem, le directeur du Soir,
Omar... ils ne donnent pas de nouvelles... et les autres ; ceux qui ont été
condamnés à la prison.» Elle ne nous donne pas le temps de répondre. Elle se
met à implorer de tous ses vœux la volonté divine pour protéger les
journalistes qui sont «dehors» et qui continuent à faire leur métier avec la
même abnégation. «Vous savez, même s’ils ne le manifestent pas, les gens
vous respectent pour ce que vous faites. J’en ai pris conscience à chacune
de mes visites à la prison. Personne ne rate l’occasion de me dire combien
on respecte Mohamed. Tous disent que son emprisonnement est une injustice,
et qu’il est en prison pour son livre.» Un ouvrage qu’elle nous raconte à sa
manière, avec des mots simples. Comme elle nous racontera ses visites au
parloir de la prison, les longues heures d’attente, avant d’entendre «dans
le haut-parleur » les nom et prénom de son fils, avant de franchir «le long
couloir», avant de pouvoir «lui parler cinq minutes à travers une vitre».
Une épreuve que ses autres fils tentent de lui épargner, mais que la vieille
femme tenace «entêtée», pour reprendre son fils Abdelkrim, surmonte. «Pour
Mohamed.» «Vous savez, il m’arrive de me réveiller la nuit, pour oublier que
Mohamed qui n’a rien fait est en prison, je prie, je prie , je prie et
j’invoque Dieu pour qu’il fasse justice. » Cela l’amène à nous conseiller de
ne pas désespérer, de ne jamais baisser les bras parce que «quoi qu’ils
fassent, ils ne sont pas éternels et surtout parce qu’il y a une justice
divine». La mère de Mohamed Benchicou commence à se sentir lasse, elle fait
un effort pour qu’on ne s’en rende pas compte. On se retire pour laisser se
reposer cette femme âgée qui souffre de l’absence de son fils et qui puise
dans sa foi en Dieu la force pour la supporter. Encore une année ! Douze,
c’est peut-être rien dans la vie d’un homme, mais c’est toute une vie dans
celle de sa mère. S. A.
ABDELLAH BENARBIA, SON AVOCAT
“Mohamed a un moral d’acier”
Entretien réalisé par Saïda Azzouz
Le journaliste et directeur du journal Le Matin boucle en ce 14 juin une
année de détention. Douze mois sur les vingt-quatre auxquels il a été
condamné il y a un an par le tribunal d’El-Harrach viennent de s’écouler.
Comment le prisonnier le plus célèbre de la maison d’arrêt d’El-Harrach les
a-t-il vécus ? La question nous l’avons posée à son avocat et ami, Me
Abdellah Benarbia, qui, depuis son incarcération, lui rend visite presque
chaque jour. Il ressort de ce petit entretien, que l’avocat a bien voulu
nous accorder, que Mohamed Benchicou vit sa détention avec beaucoup de
philosophie.
Le Soir d’Algérie : Vous rendez régulièrement visite à Mohamed
Benchicou. De vos différents entretiens comment pensez-vous qu’il a géré ses
366 jours de détention, alors qu’il lui en reste autant à passer ?
Abdellah Benarbia : Je peux vous assurer que M. Benchicou dispose
actuellement d’un très bon moral, pour ne pas dire d’un moral d’acier qui
résiste à toutes les épreuves, à l’exception de ses problèmes de santé.
L. S. : Justement, comment arrive-t-il à vivre et à supporter sa maladie ?
A. B. : Il faut savoir qu’avant son incarcération, il se soignait pour
une arthrose cervicale, pour laquelle il était suivi par des spécialistes.
Depuis son incarcération, les soins appropriés ne lui sont plus administrés.
Cela, bien évidemment, se répercute sur son état de santé. Sa maladie se
détériore et menace sérieusement de paralysie son bras droit.
L. S. : Arrive-t-il à gérer moralement cette menace ?
A. B. : Malgré son état de santé déficient, faisant un travail sur
lui-même et convaincu de son innocence, il arrive à se forger une raison qui
lui permet de supporter les privations des libertés.
L. S. : Et comment vit-il son éloignement de sa famille ?
A. B. : Il est évident que pour tout détenu, l’absence de la famille
pèse lourdement sur ses responsabilités familiales. Il lui arrive de les
voir lors des visites à la prison, mais sans pour autant leur manifester un
quelconque signe de découragement.
L. S. : Et vis-à-vis de son métier ? Le fait de ne pas écrire ne lui
manque-t-il pas ? A. B. : Vous êtes de la presse, vous êtes
journalistes, vous connaissez bien Mohamed Benchicou, il ne sait rien faire
d’autre que d’être un journaliste talentueux et parfois polémiste. On en
parle parfois, il avoue avoir travaillé sans haine, sans mépris à l’égard de
quiconque. Son seul souci c’était de mettre son quotidien au service du
citoyen et de la société.
L. S. : Quand il n’est pas au tribunal que fait-il de ses journées et
comment vit-il quotidiennement son incarcération ?
A. B. : De par sa personnalité, Mohamed Benchicou, pour nous, «ami
Mohamed» pour ses codétenus, jouit de l’estime de tout le monde y compris
les prisonniers. Cette entente entre co-prévenus et le respect qu’il a
lui-même du règlement intérieur de la prison font que sa détention se trouve
quelque peu acceptable. J’avoue que la situation était très difficile pour
lui les tout premiers jours de son incarcération. Depuis, il s’est fait une
raison et subit sa peine avec une certaine philosophie. Sinon, il passe
énormément de temps dans la bibliothèque de la prison, la lecture lui permet
aussi de tenir le coup.
L. S. : A-t-il une idée sur la mobilisation que suscite son incarcération et
les actions entreprises pour sa libération ? Quel commentaire en fait-il ?
A. B. : A travers ses avocats, sa famille, la presse quand il arrive à
en avoir, il est au courant de la tournure qu’a pris sa situation pour être
éminemment politique. Pour le reste, il ne fait aucun commentaire, il a
purgé la moitié de sa peine et dans douze mois il sera libre…
L. S. : Pour reprendre son travail de journaliste ?
Comme je vous l’ai dit, à part écrire Mohamed Benchicou ne sait rien faire
d’autre, ceci par conviction politique et en conformité avec son statut
personnel.
S.A.
KHALED BOURAYOU
“On condamne le journaliste pas son écrit !”
Maître Khaled Bourayou est l’avocat de plusieurs titres de la presse
indépendante. A ce titre, il a plaidé plusieurs affaires dites de
diffamation et connaît donc parfaitement la nature de l’acharnement contre
la presse et les journalistes…
Le Soir d’Algérie : Vous êtes l’avocat attitré de la presse
indépendante et, à ce titre, vous pouvez nous dresser un bref constat quant
à la situation de la presse et de la liberté d’expression, aujourd’hui.
Khaled Bourayou : La première année du deuxième mandat présidentiel aura
été une année extrêmement dure pour la presse. Après l’été chaud de 2003 et
les derniers six mois précédant l’élection présidentielle, rappelez-vous de
la vague d’arrestations des journalistes par la police judiciaire. L’année
en cours aura été l’aboutissement des procédures de même qu’elle voit la
vague de sanctions et de procès des journalistes. Cela a commencé avec le
procès de Hafnaoui Ghoul. Rappelez-vous d’ailleurs les conditions de
déroulement de ce procès. Un correspondant qui se retrouve avec une dizaine
de plaintes ! Certes, il est aujourd’hui en liberté et c’est une bonne
chose. Pour lui comme pour nous. S’en est suivi le procès de Benchicou puis
les dernières condamnations à l’encontre du collectif rédactionnel du Soir
d’Algérie, notamment Fouad Boughanem, Hakim Laâlam et Kamel Amarni.
L. S : Parlons du cas Benchicou, justement. Outre l’emprisonnement, le
pouvoir et ses relais tentent de l’humilier en maintenant qu’il ne se trouve
pas en prison pour ses écrits, mais pour une sordide histoire de bons de
caisse.
K. B : Le cas Benchicou ? Il faut dire le procès Benchicou car il s’agit
bien du procès d’un homme avant d’être celui d’une infraction. Une
infraction du reste montée de toutes pièces. Cet homme qui est un
journaliste a exprimé, comme tout autre journaliste, ses opinions et ses
idées. Le tort de ses idées est le fait qu’il a critiqué et combattu une
forme de gouvernance. Certains ont trouvé cela de l’excès ; d’autres en ont
profité pour régler des comptes avec lui. Ceci dit, si Benchicou avait
soutenu la ligne du président avec excès, il ne serait pas dans la situation
qui est la sienne aujourd’hui. Il aurait fait entrer mille bons de caisse
que personne n’aurait trouvé à redire. Il ne faut donc pas se leurrer. En
Benchicou, c’est le journaliste qu’on a condamné ; c’est le directeur d’un
journal qu’on a mis en prison. Pour l’anecdote, il faut savoir que lors du
procès de Ghoul, l’avocat de la wilaya avait soutenu, tenez-vous bien, que
le correspondant n’est pas un journaliste. D’ailleurs cette tendance qui
consiste à faire du journaliste un délinquant de droit commun est consacrée
par la législation actuelle. Le code pénal et ses amendements de 2001
considèrent que le délit de presse relève du droit commun, attentatoire à
l’ordre public et qu’il faut, par conséquent, le sanctionner en tant que
tel. C’est vous dire que c’est beaucoup plus la qualité de journaliste qu’on
sanctionne que la personne poursuivie. Il suffit d’être journaliste pour
être sanctionné.
L. S. : Pourquoi à votre avis ?
K. B. : De nos jours, le journaliste constitue un trouble à l’ordre
public. Certains magistrats ont peur des pesanteurs politiques que comporte
le délit de presse. Même lorsqu’il apporte la preuve du fait diffamatoire,
il est quand même sanctionné ! Donc, on juge beaucoup plus le journaliste
que son écrit. Autrefois, on connaissait le délit de faciès, aujourd’hui on
découvre celui d’être journaliste ! C’est un propos excessif peut-être mais
c’est, hélas, la vérité. Les journalistes ont payé un lourd tribut durant la
période du terrorisme, aujourd’hui ils continuent à payer pour leurs
opinions. Ceci m’amène à dire que l’Algérie a régressé, je dirai à la fois
d’une manière affligeante et dangereuse. Le Maroc connaît aujourd’hui une
ouverture vers la liberté d’expression au moment où celle de l’Algérie se
referme. Le pouvoir ne peut plus se prévaloir de cet alibi de liberté
d’expression en Algérie qui n’est malheureusement qu’une façade. Comme il ne
peut pas se faire une légitimité sans les libertés. Il est vrai que la
légitimité sort des urnes tous les cinq ans. Mais pour qu’elle soit
entretenue, il importe fort de la concilier avec l’écoute, le respect de
l’autre ainsi que d’admettre la critique. C’est à ces valeurs primordiales
de l’homme, combien instructive pour nos gouvernants, qu’il faille désormais
s’atteler.
L .S : En la matière, l’Algérie a définitivement perdu toute crédibilité et
les pressions internationales sont là. Après les Américains à deux reprises,
c’est au tour du Parlement européen d’interpeller le pouvoir algérien à
propos de la liberté de la presse et de l’emprisonnement des journalistes.
K. B. : La mobilisation de la communauté internationale contredit
sérieusement toute la volonté du pouvoir d’améliorer l’image de l’Algérie à
l’étranger. Il n’y a pas meilleure vitrine à offrir que celle des libertés
et du droit. Mais encore, il ne peut pas y avoir un développement juste
équitable et égalitaire sans le respect de la liberté et des droits. C’est à
ces conditions que nous pourrons espérer avoir, demain, une justice
indépendante. Qui doit préserver les libertés et les droits. Or, telle
qu’elle fonctionne aujourd’hui, notre justice reste en retrait.
L. S. : Cela est-il possible pour une justice dont le premier magistrat, le
chef de l’Etat en l’occurrence, avait publiquement traité les journalistes
de terroristes, de “tayabate el hammam”, etc. ?
K. B. : Je vous renvoie à la résolution du dixième sommet de la
francophonie sur la liberté de la presse. Bouteflika l’avait ratifiée. Et en
tant que chef d’Etat, il a engagé l’Algérie dans cette résolution. Les
dispositions de cette même résolution sont-elles, pour autant, prises en
charge en Algérie ? Je répondrai que non ! Non car le pays dispose d’un
outil normatif qui sanctionne le journaliste au lieu de le protéger. Par
exemple, le journaliste ne peut pas bénéficier de l’exception de vérité. Car
il ne peut pas se prévaloir de la bonne foi. Ces notions sont d’ailleurs
étrangères à la législation algérienne. A cela s’ajoute un discours qui
n’est pas de nature à préserver la liberté d’expression. En conclusion, je
peux dire que l’Algérie qui a toujours été une terre de liberté et d’hommes
libres est un pays qui a payé un lourd tribut à la liberté. Que nos
gouvernants sachent qu’il n’y a pas d’avenir pour cette Algérie ni pour
d’ailleurs ceux qui la gouvernent sans liberté et droit. Les défis de ce
nouveau siècle sont ceux des vertus de l’homme, de sa dignité et de sa
liberté.
Entretien réalisé par Kamel Amarni
ROBERT MENARD (REPORTERS SANS FRONTIERES)
“Une nouvelle campagne pour Benchicou”
Le Soir d’Algérie: De quelle manière votre organisation compte-t-elle
poursuivre la mobilisation pour la libération de Benchicou qui, ce 14 juin,
aura purgé une année de prison?
Robert Ménard : Nous lançons aujourd'hui même une nouvelle campagne pour
sensibiliser le public français et étranger à la situation de la liberté de
la presse. Nous espérons qu'elle permettra de remettre l'Algérie sur le
devant de l'actualité. Nous avons également demandé des visas pour nous
rendre en Algérie et nous attendons avec impatience la réponse du
gouvernement.
L. S. : Le Parlement européen vient de voter une résolution pour la
dépénalisation du délit de presse en Algérie. Quelle appréciation en
portez-vous ?
R. M. : C'est une très bonne chose. C'est à notre connaissance la
première fois que le Parlement européen se prononce avec autant de force sur
la situation de la presse en Algérie. Cela va obliger tous les diplomates
européens qui vont rencontrer des représentants des autorités algériennes à
aborder cette question. L'Union européenne doit renforcer sa pression sur
Alger. Le gouvernement algérien a signé un accord d'association avec
Bruxelles qui impose un respect de la liberté d'expression.
L. S. : De quelle façon votre organisation compte-t-elle accompagner cette
résolution?
R. M. : Nous allons la diffuser massivement et en parler avec tous les
diplomates que nous rencontrons. Nous allons également demander aux
autorités des Etats membres de faire une démarche similaire en direct avec
l'Algérie, notamment au gouvernement français.
S. A. I.
BACHIR CHERIF HASSAN, DIRECTEUR DE "LA TRIBUNE"
“Beaucoup de douleur à voir un journaliste en prison”
Le Soir d’Algérie : Le directeur du Matin aura purgé le mardi 14 juin
2005 une année d’emprisonnement. Une demande de mise en liberté provisoire
introduite auparavant par ses avocats a été rejetée, alors que son état de
santé serait préoccupant…
Bachir Cherif Hassan : On éprouve beaucoup de douleur à voir un
journaliste en prison, davantage lorsqu’il est doublé d’un intellectuel.
Nous avons espéré, en relation avec la loi, qu’après 12 mois de prison, la
justice dans son indépendance puisse faire jouer tous les actes de recours.
Il ne faut pas que le cas de notre confrère Benchicou reste un acte de
fixation politique. Et même les plaies ne sont pas toutes fermées, à la
veille de la fête de l’indépendance nationale et au moment où les autorités
évoquent la réconciliation nationale, nous sommes persuadés que le premier
magistrat du pays, dans un acte de mansuétude, puisse faire référence au cas
Benchicou.
L. S. : Le Parlement européen vient d’adopter une résolution à travers
laquelle il appelle à la dépénalisation du délit de presse en Algérie.
Quelle appréciation en faites-vous ?
B. C. H. : Je n’ai pas tous les éléments quant à l’esprit qui a présidé
au vote de cette résolution, mais concernant son contenu, il va de soi qu’on
ne peut qu’y souscrire. D’autant que la dépénalisation du délit de presse
fait partie du combat de la profession, et ce, depuis la création de la
presse indépendante. La revendication a été exprimée en direction de tous
les exécutifs qui se sont succédé depuis. Il est bien entendu que,
journalistes que nous sommes, nous sommes toujours disposés à répondre aux
convocations de la justice. Le journaliste est justiciable autant que
n’importe quel autre citoyen. Evidemment, conformément aux lois de la
République, quand des actes de diffamation sont prouvés, les préjudices
moraux causés doivent êtres réparés. Cela dit, le respect ultraformaliste
des règles de déontologie et d’éthique professionnelles réfuteront de fait
l’acte de pénalisation du délit de presse.
S. A. I.
Chronologie d’une incarcération
• Interpellation de Benchicou à l’aéroport
Mohamed Benchicou est arrivé en août 2003 à Alger en provenance de Paris.
Quand il se présente au guichet de la police des frontières, le policier
quitte son guichet et va prévenir ses chefs. (Il le confirmera lui-même lors
du procès). Des policiers en civil ordonnent à M. Benchicou de les suivre
pour procéder à une fouille au corps et de son porte-documents. Dans son
porte-documents, ils trouvent des bons de caisse. Les policiers font des
photocopies de ces bons et les rendent à M. Benchicou qu'ils laissent partir
sans établir de procès-verbal, “avec sans doute le secret espoir de ne pas
laisser de traces de ce qui s'apparente à une bavure”. Le lendemain, M.
Benchicou apprend par le quotidien EL Moudjahid qu'une plainte est déposée
contre lui par le ministère des Finances pour transfert de capitaux.
• Démenti de la Direction générale des douanes
La Direction des douanes réagit immédiatement en adressant une lettre
qu'elle a rendue publique au chef du gouvernement et aux services de
sécurité concernés dans laquelle elle déclare sans ambages qu'il n'y a pas
de délit, selon la loi en vigueur en Algérie et selon le code des douanes.
Mieux, l’institution douanière déclare que la police des frontières a
outrepassé ses prérogatives en contrôlant M. Benchicou avant son arrivée à
la douane et que même dans le cas d'un délit, c'est à la douane de dresser
un P-V et au Trésor de porter plainte. Malgré cela, M. Benchicou est
convoqué au commissariat où l'on tente en vain de lui faire signer un
procès-verbal (P-V) à titre rétroactif (sanctionnant la fouille à l'aéroport
quelques jours plus tôt). Son domicile et celui de sa mère sont
perquisitionnés. Il est également convoqué par le juge d'instruction qui le
place sous contrôle judiciaire avec retrait du passeport et obligation de se
présenter une fois par semaine au tribunal pour signer un registre de
présence, en vue de prouver qu'il n'a pas quitté le territoire national.
• Bataille de procédures et mobilisation des avocats
Le procès est programmé pour le 14 juin 2004 après avoir été prévu une
première fois pour le 31 mai de la même année. Les avocats de la défense
engagent une véritable bataille de procédures. Cette dernière engagée entre
le collectif de la défense et la partie civile est soutenue, selon des
observateurs, “par un parti-pris flagrant de la présidente de la cour et du
procureur général”. Les avis divergeaient, en effet, sur la constitution du
ministère des Finances comme partie civile. Se basant sur le code de
procédure pénale, la défense a affirmé que “l’institution concernée ne peut
pas prendre part au procès pour la simple raison que l’amende prévue par les
textes de loi revêt un caractère pénal qui va alimenter le Trésor public”.
Chose qui a poussé Me Benarbia à relever que “le ministère des Finances est
automatiquement disqualifié puisqu’il ne peut pas demander plus que ne
prévoit la réglementation en la matière”. Concernant l’arrestation de M.
Benchicou à l’aéroport Houari-Boumediene, les policiers, au nombre de
quatre, convoqués pour apporter la version des faits, ont tous signalé
qu’ils avaient agi dans un cadre de contrôle routinier et non pas sur
instruction du ministre de l’Intérieur. Ces policiers ont nié même le fait
de “connaître physiquement M. Benchicou”.
• Arrêté en pleine audience
L'instruction du dossier a été déclarée achevée en octobre 2003 mais le
procès n'est fixé qu'au 31 mai 2004 puis renvoyé au 14 juin. Date à laquelle
M. Benchicou a été condamné à deux années de prison ferme et 200 000 euros
d'amende avec mandat de dépôt à l'audience lors d'un simulacre de procès. Le
procureur de la République avait requis une peine de 5 années de prison
ferme accompagnée de mandat de dépôt. Les observateurs sont unanimes :
“C’est le couronnement de la cabale juridico-policière fomentée par le
ministre de l’Intérieur. L’annonce du verdict avait également choqué toutes
les personnes présentes à l’audience, à savoir les citoyens, journalistes,
familles, victimes du terrorisme et avocats ont répliqué par des slogans
hostiles au pouvoir : “Pouvoir assassin!”, “Etat terroriste!”, “Justice aux
ordres!”, “Madani Mezrag honoré, Benchicou en prison!”. Face à la colère des
présents qui devenait ingérable, la présidente de la cour quitte les lieux,
alors que le prévenu encerclé par les policiers adresse un dernier regard à
l’assistance, levant la main et les doigts en V de la victoire. L’image est
bouleversante. Troublée, Mme Zouani, la mère d’Amel, assassinée à
Sidi-Moussa par les acolytes de Antar Zouabri, “émir” du GIA, s’évanouit.
Les frères du directeur du Matin n’arrivent pas à contenir leur colère s’en
prenant aux magistrats.
• Les avocats consternés, le début de la mobilisation
Me Zaïdi, un des avocats du collectif de la défense de Mohamed
Benchicou,
ne mâche pas ses mots pour signaler que “le verdict est dicté par le
président Bouteflika et son ministre de l’Intérieur, Zerhouni”. Le fait
était prévisible : quelques minutes avant le retour de la présidente de la
cour des délibérations, les policiers en civil ont été instruits d’occuper
les travers de la salle d’audience afin d’éviter tout débordement lorsque le
verdict sera prononcé. Les présents ne doutent point : “Benchicou va être
emprisonné.” Le pressentiment ne tardera pas à se confirmer. Le prétexte
idéal, pour reprendre les déclarations du collectif de la défense, est
trouvé par les instigateurs du cercle présidentiel pour écrouer le
journaliste. Pourtant, l’accusation “de port de bons d’épargne lors des
déplacements de personnes à l’étranger ne constitue nullement une infraction
à la réglementation des changes”, ont expliqué les avocats du prévenu. A
rappeler que pas moins de huit robes noires se sont succédé à la barre pour
affirmer, documents, dispositions légales et notes du règlement intérieur de
la Banque d’Algérie à l’appui, que les faits reprochés à M. Benchicou “sont
tous frappés de nullité”. La raison évoquée : les bons d’épargne ne sont pas
négociables à l’étranger puisque l’argent dont il est fait mention se trouve
en Algérie. Me Benarbia indiquera à ce propos “qu’un tel délit peut être
constaté si l’argent transféré à l’extérieur du pays servait à financer une
activité commerciale ou économique. Chose qui est loin de ressembler au cas
de M. Benchicou”.
• Mise sous scellés du journal “Le Matin”
Une semaine après l’incarcération de Mohamed Benchicou, un huissier de
justice se présente au siège du journal pour demander l’évacuation des lieux
et les mettre sous scellés. L’huissier de justice entame sa procédure suite
à une ordonnance du 15 juin par le président du tribunal sur requête de la
Direction des impôts de Sidi-M’hamed. Face à ce harcèlement, l'avocat chargé
de cette affaire, Me Messaoud, dira : “Nous ferons tout ce qui est en notre
pouvoir pour éviter la vente aux enchères de l'immeuble.” Une vente prévue
le 26 juin, alors que les trois tentatives précédentes (3 avril, 8 mai et 29
mai) de la vente du local de Hussein-Dey ont échoué, faute d'acheteurs. La
chambre administrative statuera sur cette affaire le 30 juin, soit quatre
jours après la mise en vente aux enchères. Par ailleurs, dans la même
journée d'hier, il a été notifié à l'entreprise le refus des impôts
d'établir un échéancier pour le paiement des 50 % restants de la somme
exigée dans le cadre du redressement fiscal.
• La société civile s’implique
A l'initiative du collectif du journal Le Matin un premier rassemblement
s'est tenu le lundi 5 juillet 2004 à la place de la Liberté-de-la-Presse à
la rue Hassiba-Ben-Bouali à Alger. Un appel auquel ont répondu des
journalistes de la presse privée et publique, des éditeurs, des avocats, des
organisations de femmes, des associations de jeunes, les représentants des
syndicats autonomes, des partis politiques, d'anciens ministres et aussi
beaucoup d'anciens moudjahidine. Tous ont tenu à l'occasion de la fête de
l'Indépendance à manifester leur attachement à la liberté d'expression, un
droit constitutionnel. Le même rassemblement, ayant eu lieu lundi à Paris, a
eu un succès qui dépassait les prévisions les plus optimistes des
organisateurs. Politiquement, cela a été un succès. Le maire de Paris,
Bertrand Delanoë, a non seulement autorisé le rassemblement sur la place de
l'Hôtel de ville, mis à la disposition des organisateurs une tribune et une
sono, mais a manifesté sans ambiguïté son soutien et sa solidarité avec la
presse et les journalistes algériens. Parallèlement, le Comité pour la
libération de Benchicou voit le jour. Plusieurs actions et autres
protestations de mobilisation sont entreprises pour exiger la libération du
journaliste et directeur du journal Le Matin.
Abder Bettache
AIDAN WHITE (FEDERATION INTERNATIONALE DES JOURNALISTES)
“Les autorités algériennes devront s’expliquer”
Le Soir d’Algérie : La mobilisation internationale pour la
libération de la consoeur Florence Aubenas et de son guide Hussein a porté
ses fruits. Ils viennent d'être libérés, après de longs mois de captivité.
En revanche, cette mobilisation semble inefficace face à l'attitude de
gouvernements liberticides qui poursuivent de maintenir des journalistes en
prison. Le journaliste algérien Mohamed Benchicou aura bouclé ce 14 juin
2005 une année d'emprisonnement ferme.
Aidan White : La libération de Florence Aubenas témoigne de l’impact
d’une mobilisation internationale et d’une prise de conscience de chacun sur
l’importance du travail des journalistes. Le cas de Mohamed Benchicou a sans
doute été moins visible, les circonstances liées à sa détention étant
différentes. D’une part, l’Irak a capté l’attention d’une grande partie de
la communauté internationale, et Florence Aubenas et son guide sont devenus
des symboles pour l’ensemble des journalistes emprisonnés dans des
conditions iniques et détestables. Nous avons appris qu’il fallait protéger
les journalistes, pas seulement des kidnappings, mais aussi des pressions
insidieuses et indirectes dont certains gouvernements étaient capables.
Mohamed Benchicou est la victime d’un système judiciaire dévoyé, alors que
le gouvernement détourne la loi pour mieux censurer des professionnels de la
presse. Il est clair que la mobilisation ne fera que grandir après le
premier anniversaire de sa détention, que l’ensemble de la communauté
internationale va condamner ce 14 juin 2005.
L. S. : De quelle manière votre organisation compte poursuivre la
mobilisation pour la libération de Benchicou?
Aidan White : La mobilisation pour Mohamed Benchicou s’amplifie et nous
comptons nous engager de façon ferme et décisive pour transformer l’affaire
Benchicou en un symbole pour tous les journalistes injustement emprisonnés,
menacés ou harcelés par des gouvernements qui ont perdu la notion d’intérêt
public et dévoyé les fondements du système démocratique. La FIJ va appeler
l’ensemble des syndicats et associations professionnels de journalistes dans
le monde à écrire au gouvernement algérien pour demander la libération de
Mohamed Benchicou. Ils alerteront également leurs autorités nationales. Nous
continuerons également de travailler avec les institutions européennes,
notamment pour que ces questions fondamentales de la liberté d’expression et
des droits de l’Homme soient au cœur du partenariat euro-méditerranéen. Le
Conseil européen devra notamment donner suite à la résolution du Parlement
européen adoptée le 8 juin dernier.
L. S. : Le Parlement européen vient de voter une résolution pour la
dépénalisation du délit de presse en Algérie. Quelle appréciation en
portez-vous?
Aidan White : La résolution du Parlement européen apporte un soutien
essentiel à la campagne internationale menée par une pluralité d’acteurs
politiques, syndicaux et associatifs, qui demandent la libération immédiate
de Mohamed Benchicou. Le Parlement européen apporte une crédibilité et un
poids supplémentaires à ces appels, qui vont s’amplifier. Les autorités
algériennes devront s’expliquer.
L. S. : De quelle façon votre organisation compte-t-elle accompagner cette
résolution?
Aidan White : La Fédération internationale des journalistes organisera
demain, 14 juin, une conférence de presse pour dénoncer la détention de
Mohamed Benchicou. Mme Hélène Flautre, présidente de la sous-commission du
Parlement européen pour les droits de l’Homme, assistera d’ailleurs à
l’évènement. Nous allons résolument soutenir les conclusions de cette
résolution et demander à la Commission européenne et au Conseil européen de
prendre position. Encore une fois, les autorités algériennes devront
s’expliquer, ne serait-ce que dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord
d’association avec l’Union européenne. S. A. I.
ALI DJERRI, P-DG D' "EL KHABAR"
“Chacun assumera ses responsabilités devant l’histoire”
Le Soir d’Algérie : Le directeur du Matin aura purgé le
mardi 14 juin 2005 une année d’emprisonnement. Une demande de mise en
liberté provisoire introduite auparavant par ses avocats a été rejetée,
alors que son état de santé serait préoccupant…
Ali Djerri : On est peiné par le fait que notre confrère Mohamed
Benchicou soit toujours maintenu en prison. On n’en serait pas à la
commémoration, ce 14 juin, d’une année de prison si le pouvoir n’avait pas
choisi de recourir à la coercition à l’encontre de notre confrère. S’il me
rassure que Benchicou tienne le coup et poursuive d’assumer son engagement,
je dois en revanche faire remarquer que la solidarité à son endroit n’a pas
été ce qu’elle devrait être. A mon sens, on n’a pas fait ce qu’il fallait
faire. A la riposte organisée au lendemain de son incarcération a manqué le
cadre solidaire à même de la structurer efficacement et durablement.
Cependant, je ne condamne personne. Chacun appréciait la situation à sa
manière. Il restera que chacun assumera ses responsabilités devant
l’histoire. Pour continuer à croire que Benchicou a été jugé et condamné
pour ses écrits, je réitère ma demande pour sa libération.
L. S. : Le Parlement européen vient d’adopter une résolution à travers
laquelle il appelle à la dépénalisation du délit de presse en Algérie.
Quelle appréciation en faites-vous ?
A. D. : L’on ne peut que s’en réjouir. Depuis le temps que l’on tire la
sonnette d’alarme sur la situation de la presse algérienne, sur les dangers
encourus par les médias et les journalistes algériens, il était temps que
pareille résolution intervienne. La dépénalisation du délit de presse est
une exigence. Le journaliste ne doit pas aller en prison pour ses écrits,
quelles que soient son appartenance et sa conviction politiques. Benchicou
en prison, c’est une honte pour l’Algérie de 2005. Le prix Benchicou pour la
plume libre est une excellente initiative. Cette dernière s’apprécie comme
l’expression d’une position, d’un engagement… Par ailleurs, je m’entends
déjà rétorquer sur la responsabilité des journalistes, eh bien je dirais
simplement que la notion n’aura de sens que dans un environnement de réelle
liberté de démocratie. La résolution du Parlement européen, qui se justifie
par les clauses contractuelles de l’accord d’association avec l’Union
européenne, participera à coup sûr au renforcement de la liberté de la
presse… des libertés en général.
S. A. I.
ABDERRAHMANE MAHMOUDI, DIRECTEUR DU "JOUR
D'ALGERIE"
“C’est le moment idéal pour envisager une libération”
Le Soir d’Algérie : Le directeur du Matin aura purgé le
mardi 14 juin 2005 une année d’emprisonnement. Une demande de mise en
liberté provisoire introduite auparavant par ses avocats a été rejetée,
alors que son état de santé serait préoccupant…
Abderrahmane Mahmoudi : Je pense qu’une année d’emprisonnement est le
moment psychologique idéal pour envisager la libération d’un journaliste qui
n’a pas commis de délit imprescriptible. L’on sait, dans le cas de Mohamed
Benchicou, l’amalgame entretenu autour du motif de l’incarcération, et, à
propos, le doute peut bénéficier à sa libération. Cela dit, pour un
journaliste, un directeur d’un journal, une année de prison est excessive.
Une meilleure appréciation de sa situation pourrait permettre aujourd’hui de
prétendre à détendre l’atmosphère. On a beaucoup de peine de voir un
confrère, un ami en prison. On souhaite sa libération. On n’en a pas cessé
d’appeler, au demeurant. Une incarcération qui dépasserait cette période est
inacceptable.
L. S. : Le Parlement européen vient d’adopter une résolution à travers
laquelle il appelle à la dépénalisation du délit de presse en Algérie.
Quelle appréciation en faites-vous ?
A. M. : Il est évident qu’on ne peut qu’applaudir à cette résolution.
D’autant qu’il n’est pas exclu que la pénalisation du délit de presse en
Algérie ait obéi à une crainte que procédé d’une volonté de légiférer. Les
autorités ont pensé à mettre en place des garde-fous ; mais cela a érigé une
barrière d’incompréhension entre des segments de la société qui doivent
normalement se compléter. Les journalistes ne sont tout de même pas des gens
qui se transforment en criminels. C’est seulement le métier qui veut que
l’on soit amené à dénoncer des situations peu orthodoxes. Cela peut causer
des problèmes, entraîner des dommages collatéraux. Mais toujours est-il ce
n’est pas en mettant les journalistes en prison qu’on réglerait le problème.
On ne guérit pas un mal par un mal plus grand. Il aurait été plus
intelligent pour les autorités algériennes d’envisager un code de
l’information plus convivial, et ce, dans l’intérêt de tout le monde, la
profession, les institutions et la société en général. Ce qui est
dramatique, cependant, est qu’on se retrouve à énoncer des lapalissades, un
journaliste, un directeur de journal en liberté plutôt qu’en prison, un code
de l’information plutôt qu’un code pénal. Cela démontre l’étendue du
décalage, l’immensité du retard que l’on accuse par rapport à d’autres
sociétés.
S.A.I.
Mme HADDA HAZZAM, DIRECTRICE D' "AL FEDJR"
“Cela n’honore pas l’Algérie”
Le Soir d’Algérie : Le directeur du Matinaura purgé le mardi
14 juin 2005 une année d’emprisonnement. Une demande de mise en liberté
provisoire introduite auparavant par ses avocats a été rejetée, alors que
son état de santé serait préoccupant…
Hadda Hazzam : On s’attendait à ce qu’il soit libéré avant qu’il n’ait
passé 12 mois en prison. Nous pensions alors que le pouvoir allait faire
preuve d’intelligence et agisse dans le sens de l’apaisement de sa relation
avec la presse. Hélas, on est forcé de constater tout le contraire. Cela
n’honore pas l’Algérie qui, en maintenant Benchicou en prison, se retrouve à
subir les pressions de l’étranger, de la communauté européenne, notamment.
L’état de santé de Benchicou est préoccupant. Une raison supplémentaire pour
le remettre en liberté. L’emprisonnement de Benchicou et la fermeture de son
journal Le matin sont une perte pour la pluralité médiatique. C’était
important d’avoir Benchicou, que l’on aime ou n’aime pas ce qu’il écrivait.
Le pouvoir a-t-il résolu les problèmes de l’Algérie en mettant Benchicou en
prison ? Evidemment que non.
L. S. : Le Parlement européen vient d’adopter une résolution à travers
laquelle il appelle à la dépénalisation du délit de presse en Algérie.
Quelle appréciation en faites-vous ?
H. H. : On est pour la dépénalisation du délit de presse. Ça a toujours
été notre revendication. La résolution du Parlement européen nous renvoie à
cette réalité qui veut que le monde nous observe. Cela dit, il convient
d’appuyer cette résolution. Ceci même si franchement je la trouve réductrice
dans son énumération des titres de la presse algérienne harcelés par le
pouvoir, en faisant l’impasse sur la presse d’expression arabophone. Faut-il
dire que la presse arabophone, du moins certains titres à l’exemple d’ El
Fedjr et El Khabar, subit autant le harcèlement. La résolution du Parlement
européen signifie pour nous, par ailleurs, que le combat mené pour la
libération de Benchicou et la dépénalisation du délit de presse n’est pas
resté vain.
S. A. I.
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