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Déclaration du magistrat en charge de l’affaire Jutop :
«L’affaire suit son cours…
… y a aucun pépin ! »
On ne pourra pas reprocher au patron de la police Ali Tounsi son manque de
sincérité. Sur un ton ferme, posé et déterminé, il a déclaré, hier, aux
journalistes : « des repentis se sont reconvertis dans le banditisme. » Pour
être à la hauteur de la franchise du premier policier du pays tentons à notre
tour cet exercice de franche logique : un terroriste qui prend la décision de se
repentir doit d’abord se rendre. Il entre en contact par quelque moyen que ce
soit avec les autorités en charge de ce dossier. Il est donc identifié. Une fois
qu’il dépose les armes, qu’il quitte sa montagne et qu’il descend en ville, il
n’est plus ce tango indéfinissable, cet élément armé non répertorié. Il a un
pedigree. Un nom, un prénom, une filiation établie, une couleur de yeux, une
taille en centimètres et un relevé des signes particuliers comme un grain de
beauté au milieu du nez ou, le comble pour un mec du GIA ou du GSPC, une tache
de vin sur le front. On lui établit également des papiers avec une adresse
déterminée. Et ce n’est pas fini ! Je suppose aussi qu’un repenti est astreint à
des passages réguliers et enregistrés dans des structures de sécurité. Il doit
signer un registre destiné à établir une "traçabilité" minutieuse de notre
bonhomme. Alors ? Comment se fait-il qu’avec toutes ces précautions, des gens
fichés, répertoriés, mesurés, photographiés, presque tatoués s’en vont ensuite
allègrement dans la nature pratiquer ce que monsieur Tounsi appelle « le
banditisme » ? Comment peut-on perdre la trace d’un repenti catalogué et
référencé au diable vauvert alors qu’on est capable de monter des planques
diaboliques autour des domiciles des journalistes, les suivre lorsqu’ils font
leurs courses, savoir à la minute près à quel moment ils seront devant l’étalage
du marchand de melons pour les embarquer comme du poisson pourri et les mener
ensuite chez monsieur le juge pour interrogatoire ? Doit-on passer des bracelets
de détection électronique aux chevilles des repentis pour être sûr de ne pas les
perdre dans la nature ? En fait, à chaque fois qu’on m’annonce qu’un repenti a
pris la clé des champs et s’est reconverti dans le banditisme, j’ai toujours la
même pensée révoltée. Une pensée pour la somme d’efforts qu’il aura fallu aux
éléments des services de sécurité pour entrer en contact avec le gugusse, le
cuisiner et l’amener à déposer les armes. Un temps précieux. Un temps gâché pour
de la vermine. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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