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«Quelqu’un peut me dire ce que devient Boukrouh ? »
Cé juste 1 question!
Monsieur le Wali de Béchar ne semblait pas très content ce jeudi en recevant
la société civile de la ville. La peau bronzée, mais pas trop, des grains de
sable encore collés aux orteils, une serviette de plage sur l’épaule, il a
déclaré : «Vous voyez, j’étais en vacances à Oran, tranquille et j’ai interrompu
mon congé pour revenir.» Bonté divine ! Bien sûr qu’il y a des émeutes en ce
moment dans Béchar. Bien sûr que des jeunes manifestants ont été condamnés à des
peines de prison. Bien sûr qu’il y a des blessés entre population et forces de
l’ordre. Bien sûr que des édifices publics et privés ont été saccagés. Bien sûr
qu’il ne fait pas bon vivre à Béchar. Mais sont-ce là des raisons valables pour
déranger Monsieur le Wali ? Etait-il vraiment nécessaire de lui faire quitter,
huit longs jours après le début des émeutes, la douceur des plages d’Oran où il
goûtait un repos qu’apparemment lui seul croit mérité ? C’est tout simplement
scandaleux et inhumain de traiter ainsi un pauvre wali. Le droit au congé est
officiellement reconnu par le code du travail. Il est même consigné dans un
texte sacré, la Constitution. Et c’est une grave atteinte aux droits citoyens
d’un wali que de lui faire interrompre son congé, son bronzage et de le faire
revenir dans la fournaise tout aussi bronzante des pneus qui brûlent dans le
quartier de Béchar-Djedid. Je ne sais quelle tournure vont prendre les
évènements à Béchar. Je ne sais pas non plus à quelle escalade nous allons avoir
droit. Mais j’imagine que Monsieur le Wali, face aux graves dérapages dont il a
été victime, ne se laissera pas faire et ne restera pas les bras croisés. Dans
un premier temps, il pourrait saisir l’Inspection du travail pour atteinte au
droit au congé. Si cette procédure n’aboutit pas rapidement, Monsieur le Wali
pourrait — et c’est son droit le plus absolu — saisir la justice pour
réparation. Ceux qui ont perturbé ses vacances oranaises doivent payer ! Car,
quoi qu’on en dise, nous sommes encore dans un Etat de droit. Et là, les droits
au bronzage et au farniente d’un wali dont la région brûle ont été bafoués.
C’est intolérable ! En attendant que Monsieur le Wali soit rétabli dans ses
droits, je fume du thé et je reste éveillé et mobilisé autour de cette noble
cause, le cauchemar continue.
H. L.
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