Samedi 23 Juillet 2005
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Régions Centre : TAKSEBT/RECONSTRUCTION DU MAUSOLÉE ROMAIN
Atteinte et débâcle mêlées


Le célèbre mausolée romain de Taksebt, dans la commune des Iflissen, en partie détruit par le séisme du 21 mai 2003, a bénéficié récemment d’une enveloppe conséquente pour sa reconstruction. La tâche est revenue à la société de nettoyage et d’entretien Megaclean, basée à Tipasa. Cette dernière s’était mise à l’ouvrage depuis environ quatre mois. L’on doit rappeler à juste titre que la population du village historique était abattue après la destruction du lieu mythique et familier et, depuis, n’espérait que sa reconstruction.
Une chose qui a tardé à arriver et une fois le vœu commençait à se réaliser avec l’arrivée des ouvriers sur le site chargés de leur matériel de travail et s’attelant à la tâche, l’impatience des citoyens a vite cédé place à la déception et la colère. Dès le premier coup de pelle, la population avait montré toute sa curiosité et son intérêt. Elle suivait les travaux avec une grande attention. Néanmoins, elle ignorait les moindres détails du cahier des charges de la réhabilitation et du montant de l’opération jalousement gardés secrets par les responsables de Megaclean et des autorités locales. La population tentait de savoir, surtout, ce qu’adviendrait exactement du mausolée à la fin des travaux. Les travailleurs de Megaclean, évasifs, brouillaient les cartes et répondaient sans précision ni cohérence. Ils se contentaient d’osciller entre la reconstruction à l’état initial d’avant le séisme, enlever le danger (inclinaison des pierres de l’édifice), réhabilitation, restauration, remise en état. Bref, tout un charabia qui perd sa crédibilité sur le terrain avec l’avancement des travaux. Après le nettoyage du site millénaire, la population commençait à relever les inégularités. Megaclean a ouvert ses entorses par le déplacement des pierres circulaires de base du mausolée et l’obstruction du passage nord-sud de 1,5 m de hauteur, taillé dans le moellon, pour soidisant renforcer la solidité du tronc. Les travaux avançaient lentement et la population attendait de voir de quoi aller accoucher la montagne. Le fier mausolée de 18 m de hauteur subit son toilettage de la base au sommet. Les “restaurateurs” s’affairaient à la reconstruction du moellon en employant les petits matériaux qui le composaient en faisant des couches de petites pierres tapissées d’un filet en plastique entre deux couches. Seulement, avant que le moellon n’atteigne le sommet des grosses pierres du mur sud, haut de 9 m environ, les ouvriers ont retiré leurs échafaudages et, bizarrement, semblaient en fin de mission. Seulement, un tas de pierres du moellon demeurent sur les bras de l’entreprise. Ainsi, les gros blocs du mur et de l’ouvrage dont l’état de conservation est resté intact, car protégée par le moellon, apparaissent au grand jour. Ce qui n’a pas manqué de préoccuper les citoyens. L’ire de ces derniers, cependant, a été provoquée par les 36 chargements de tracteurs de la petite pierre extraite du moellon à certains villageois qui avaient besoin de roche pour leurs chantiers de construction avant que des personnes conscientes de leur importance n’obligent les ouvriers à la récupérer dans sa totalité. Aussi, lors de notre virée sur les lieux, nous avons remarqué un monticule de pierres jetées à l’entrée du site millénaire de 400 m2 environ, aujourd’hui grillagé. Lorsque les habitants du village historique demandaient pourquoi la partie haute du moellon ne sera pas construite, les responsables de Megaclean justifient la débâcle par le manque de moyens financiers, et ce, au temps où les premiers parlent d’une enveloppe dépassant un demimilliard de centimes. Pour notre part, nous avons tenté à trois reprises de joindre au téléphone le patron de l’entreprise pour connaître sa version des faits, mais il semblait toujours absent. Et, curieusement, la secrétaire qui nous répondait n’est visiblement pas très bavarde puisqu’elle a refusé de nous donner le moindre renseignement. A noter qu’en comparant le mausolée sur une photo qui datait d’avant le séisme, on voit nettement l’amputation de la moitié du moellon, l’obstruction du passage nord-sud ainsi que le grossissement du moellon. “C’est une atteinte à ce haut lieu de notre histoire”, nous résume le jeune Hassen qui nous a accompagné lors de notre déplacement. Aujourd’hui, la population mobilisée de Taksebt demande “la reconstruction totale du mausolée et la conservation de son aspect initial d’avant le séisme”. Elle compte “léguer aux générations futures le mausolée qui a traversé des millénaires, qu’elle a hérité de ses ancêtres et non la moitié de celui-ci”, conclut notre interlocuteur. Par ailleurs, il est utile de rappeler que le site Soumaâ a déjà fait l’objet de fouilles, en 1945, par l’administration coloniale dont les résultas demeurent inconnus à ce jour. Idem pour les travaux réalisés par une mission de 21 jours effectuée par les étudiants de l’université d’Alger en 1981. Enfin, à signaler qu’à un jet de pierre du mausolée, il existe un autre site archéologique dénommé Ameqyas, riche en ruines romaines, mais qui n’a jamais fait objet d’aucune étude préalable à sa préservation.
Mohamed Ghernaout

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