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«Deux diplomates algériens ont été enlevés à Baghdad.»
Encore une action héroïque
de la résistance irakienne ?
Nabil a cassé sa pipe. De manière rageuse. Sans préavis, sans bande annonce.
Et ne me dites surtout pas que l’un des plus talentueux reporters photo de sa
génération a été victime d’un malaise cardiaque ou d’une quelconque défaillance
physique qui l’aura terrassé. Nabil est de cette race de journalistes que le
discours officiel et les fetwas présidentielles préfèrent, dans le meilleur des
cas, noyer dans le magma informe de cette «profession qui a tant donné au pays»,
dans le pire des cas, accuser d’user d’une plume et d’un appareil photo, armes
plus dangereuses que le sabre des terroristes. Désolé, mais Nabil ne peut pas
être classé comme on range des dossiers dans une armoire répertoire. Et
re-désolé, Nabil n’est pas mort d’un malaise en 2005. Nabil comme d’autres
grands reporters de la presse algérienne a commencé à mourir il y a de cela dix
ans. Lorsque le «destin traficoté» de l’Algérie l’a amené dans les villages
massacrés, dans les faux barrages encore fumants et dans les marchés tachés de
sang et creusés de cratères. Nabil a commencé à mourir lorsque, dans son viseur,
se sont sournoisement invitées les images de corps déchiquetés, de parents
éplorés et d’orphelins aux yeux hagards et fuyants. Nabil a commencé à mourir au
contact quotidien de la mort. Il est victime d’un acte terroriste commis en
permanence depuis l’agrément du FIS, et bien avant encore. Nabil est une victime
du terrorisme. Car, dans la liste des journalistes victimes des tangos, les noms
à venir me semblent encore nombreux. On ne sort jamais indemne d’avoir «fixé» la
mort une décennie durant, sans préparation, dans l’urgence de l’horreur, dans le
souci de saisir l’instant pour que le monde incrédule découvre et comprenne le
sens de cette guerre presque sans images. Que celles et ceux de mes confrères
qui, aujourd’hui, pensent avoir survécu au «Grand Massacre» tempèrent leur
enthousiasme légitime de survivants. On ne sort jamais vraiment vivant d’un tel
merdier. Nabil n’est pas mort en 2005. Il a juste enclenché le retardateur pour
guetter le meilleur moment, pour happer l’instant ultime. Et de cet instant
ultime, il parlait de temps à autre. Avec ses mots à lui, lorsqu’il lançait
d’une voix où se mêlaient incrédulité et profond dégoût : «Yak kho, tu verras.
Viendra le jour où nous raserons les murs devant eux !» Plutôt que de raser les
murs, Nabil s’est envolé. Je fume du thé et je reste éveillé, car, décidément,
le cauchemar continue.
H. L.
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