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«Belhadj risque 10 ans de prison.»
Que serait la vie sans risques ?
C’est encore un miracle que seul le dossier de pourvoi de Benchicou ait été
perdu pour l’instant. Je me tiens le ventre, de peur de lire dans les prochaines
heures une dernière minute intitulée «Après celle de son dossier, nous apprenons
la disparition mystérieuse de Mohamed Benchicou». Comme çà, un matin de brume
polluée au-dessus du pénitencier d’El- Harrach, à l’heure du laitier qui ne
passe d’ailleurs plus depuis trente ans au moins, à l’heure des poubelles que
vide tant bien que mal Net Com et à l’heure des dernières livraisons, en camions
2 tonnes 5, que permet le nouveau plan de circulation, des mâtons, les yeux
encore embués de sommeil, le trousseau de clés cliquetant au rythme de leurs pas
lourds dans des couloirs empreints des odeurs d’une mâle nuit, découvriraient
«stupéfaits» (si ! si ! Je tiens à ce mot, il est à la mode en ce moment) la
cellule de Benchicou … vide. Bon dieu de bonsoir ! La sirène d’alarme serait
immédiatement actionnée. Les portiques de sécurité enclenchés. Et les pages de
vieux journaux tournoyant pacifiquement dans la cour de la prison arrêtées et
interrogées sur-le-champ. Les premiers éléments de l’enquête jetteraient encore
plus le trouble dans les esprits. Aucune trace d’effraction sur la serrure de la
cellule. Pas de barreaux sciés. Pas de draps noués en corde et pendant par la
fenêtre du détenu. Pas même un mot du journaliste posé sur un coin de table et
qui soulagerait tout le monde en expliquant qu’il a juste eu envie de fuguer un
soir pour aller prendre un verre de limonade glacée chez ses potes du Soir et
rentrer le lendemain avant l’appel. Rien ! Benchicou aurait tout simplement
disparu. A ce niveau-là de mon histoire, je vois dans vos yeux tous les signes
de l’affliction empreinte de pitié pour le pauvre fou que je suis. Vous vous
dites «là ça y est ! Il a déraillé. Il a pété les plombs et tout le disjoncteur
avec. Il faut absolument l’interner» Peut-être. N’empêche qu’on vous a bien
raconté que Abane Ramdane n’a jamais été assassiné, mais s’est accidentellement
étranglé en nouant sa cravate et vous les avez cru. N’empêche qu’on vous a bien
raconté que les forces de l’impérialisme, jalouses de nos trois formidables
révolutions, avaient parachuté des armes sur Cap-Sigli et vous les avez cru.
N’empêche qu’on vous a bien raconté que des ministres pouvaient être victimes de
deux accidents d’avion successifs et vous les avez cru. N’empêche qu’on vous a
bien raconté que Boudiaf avait été victime d’un acte vachement isolé et vous les
avez cru. Alors, aujourd’hui, on peut bien vous raconter aussi que le dossier en
pourvoi de Benchicou a été égaré, que Mohamed lui-même a été égaré, et vous les
croirez. Ou du moins, le régime de bananes qui nous gouverne pensera que vous
croyez réellement à ses explications. Ah ! S’ils savaient que vous avez arrêté
depuis longtemps de les croire…Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar
continue.
H. L.
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