
Monde : RETRAIT DE GAZA Les télévisions arabes ont mis les bouchées doubles
Les deux grandes chaînes satellitaires arabes, Al-Jazira et Al- Arabiya, ont mis les bouchées doubles pour couvrir, souvent en direct, le retrait israélien de la bande de Gaza, sans craindre les accusations de faire le jeu du chef du gouvernement israélien Ariel Sharon. Les deux chaînes, qui sont regardées quotidiennement par plusieurs dizaines de millions de personnes, ont renforcé pour l'occasion leurs équipes de correspondants dans les territoires palestiniens. Al-Jazira, chaîne qatariote basée à Doha, a ainsi mobilisé un réseau de six journalistes, alors que sa rivale, chaîne aux capitaux saoudiens basée à Dubaï, en déployait sept. Toutes deux ont retransmis en direct l'entrée de convois militaires israéliens dans les colonies, les heurts entre colons et soldats et la progression des bulldozers réduisant en miettes les maisons évacuées. Les deux chaînes continuaient mardi de faire des directs de l'intérieur des colonies, mais sans toutefois parler aux colons. Ils donnent aussi la parole aux résidents de villages proches des colonies évacuées, qui racontent comment ils vivent dans la misère sous l'occupation armée israélienne. La vedette d'Al-Jazira, Chirine Abou Aqleh, s'est ainsi attachée à montrer "la pauvreté et l'humiliation" des Palestiniens. Des graffiti anti-arabes et anti-palestiniens écrits par les colons sur les murs de leurs maisons avant leur départ sont montrés en gros plan. M. Sharon, le Premier ministre israélien, naguère rarement visible sur les deux télévisions arabes, crève désormais l'écran. Al-Jazira a annoncé la couleur dès le 15 août en consacrant toute la journée, baptisée "un jour de Gaza", au retrait israélien. "Nous étions entièrement conscients qu'Israël pourrait tirer profit de cet événement historique sur le plan médiatique. C'est ce que nous avons expliqué en direct (...) durant cette journée", déclare à l'AFP Ayman Jaballah, rédacteur en chefadjoint de la chaîne qatariote. "Nous avons veillé à couvrir l'événement d'une manière objective et laissé le soin à toutes les parties d'expliquer leurs points de vue", a-t-il ajouté. Al-Arabiya a, pour sa part, consacré une journée spéciale aux Palestiniens de Gaza. "Nous y avons évoqué les difficultés endurées par les pêcheurs, les agriculteurs, les commerçants... bref tous les habitants", affirme à l'AFP le directeur de l'information et des programmes d'Al-Arabiya, Nakhle Al-Haj. La chaîne à capitaux saoudiens n'a pas non plus hésité à donner la parole à des porte-parole israéliens en les invitant à des débats. Un incident est toutefois survenu mercredi lorsqu'Al- Arabiya a écourté la participation d'un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères à la demande d'un intervenant libanais, provoquant le mécontentement des autorités israéliennes. Des téléspectateurs et certains intellectuels arabes ont cependant estimé que les deux chaînes avaient servi, consciemment ou non, les intérêts de M. Sharon. "Nous comprenons bien que les médias internationaux tombent dans le panneau et consacrent une couverture en direct de cette évacuation, mais nous ne comprenons pas que des chaînes arabes tombent dans le même piège et servent les objectifs de Sharon", a ainsi protesté Abdel Bari Atwan, le rédacteur en chef du quotidien arabe londonien Al-Qods Al- Arabi. "L'opinion publique arabe ne peut pas être leurrée par les larmes de crocodiles versées par les colons sur des maisons bâties sur le territoire spolié de Gaza", a ajouté M. Atwan, qui a dénoncé ce qu'il a qualifié de "cirque médiatique grotesque". Mais M. Haj réfute ces accusations. "Sharon ne nous a pas utilisés (...) Au contraire, nous avons rencontré d'énormes difficultés. Les autorités israéliennes ne nous ont pas facilité la tâche, en particulier concernant nos déplacements à l'intérieur des colonies", affirme- t-il.
|