|
“Devinette. Quel est le point commun entre une éclipse totale
et un dépouillement de référendum en Algérie? Dans les deux
cas, il est …”
… dangereux d’y regarder d’un peu trop près
Le très officiel El Moudjahid relayant l’encore plus officiel ministère du
culte nous a annoncé qu’hier, c’était la nuit du doute. Profitant de cette
superbe aubaine, de cette chance inouïe, de cette brèche inespérée et de cette
délicieuse ouverture dans l’inébranlable édifice des certitudes du système, je
me suis fait une nuit entière de doutes. Pas seulement concernant le début du
mois vachement sacré du Ramadhan. Non ! J’ai sorti tous mes doutes de mes
tripes. Z’avaient qu’à ne pas nous annoncer que la nuit était officiellement
placée sous le signe du doute, car moi, je ne m’en suis pas privé. Et en matière
de doutes, j’ai des tonnes de certitudes. Par exemple, je doute que les
Algériens aient eu un seul scrutin propre et honnête depuis l’indépendance, mis
à part le référendum de 1962, et encore je me pose maintenant des questions. Je
doute vraiment que des avions transportant des ministres intelligents, intègres,
progressistes et engagés dans la modernité puissent se crasher deux fois de
suite et que l’on attribue cela au mauvais sort, à la météo ou à une bourde de
la chasse iranienne. Je doute franchement qu’un allumé des services puisse
arriver dans le dos d’un président sur le point de chambouler l’ordre établi,
balance une grenade, des rafales de pistolet mitrailleur et s’en aille ensuite
d’un pas champêtre s’inviter chez une paisible famille bônoise pour y attendre
sagement d’y être cueilli par des services de sécurité complètement débordés
quelques minutes auparavant. Je doute qu’il ne faille mettre que sur le compte
du hasard terroriste le fait que la fine fleur de l’intelligentsia algérienne,
celle qui s’occupait du futur du pays, de prospective, d’Algérie 2015, de
société civile, ait été éliminée physiquement. Je doute qu’un jour des ministres
et des pointures de la nomenklatura qui ont acheté des villas à Moretti au dinar
symbolique ou à 100 mille dinars dans le pire des cas, qui les ont revendues
ensuite à 20 millions de dinars et plus, soient un jour, proche ou lointain,
inquiétés par le fisc et les impôts. A moins, bien sûr, qu’ils passent à
l’opposition. Je doute dans la foulée que ce genre de personnages passent
d’ailleurs à l’opposition ! Comme vous le voyez, je doute de beaucoup de choses.
Mais je doute de manière disciplinée, responsable et constructive. Je ne doute
que le soir où mes dirigeants éclairés annoncent le plus officiellement qui soit
que c’est la nuit du doute. Le reste du temps, hors période de doute, je fume du
thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
|