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“Communiqué : hier, vers 13 heures, dans le quartier
du 1er-Mai, un homme a couru derrière un taxi jusqu’à
en perdre haleine. Il est prié de venir la récupérer en
urgence.”
Son haleine, bien sûr !
One ne peut plus continuer de fonctionner à l’“Allusionnite” cette technique
spécifiquement algérienne : on ne nomme jamais la chose. On y fait allusion,
sans donner l’air d’y toucher. On dit qu’on va tout révéler, sans rien dire au
final. On jure qu’on détient toutes les preuves pour n’en fournir aucune au bout
du compte. Prenez cette histoire de Ali Benhadj qui ne serait plus détenu pour
simple incitation au meurtre lancée sur Al Jazira, mais parce qu’on aurait
trouvé chez lui des documents attestant qu’il se préparait à participer à des
actions violentes. Si ces preuves existent, qu’elles soient officiellement
produites. Ça n’a jamais gêné le régime par le passé de filmer des aveux et de
les diffuser sur l’ENTV, d’exhiber devant les mêmes caméras des tangos debout
contre un mur avec, sur une table posée devant eux, tout un arsenal de guerre,
entre sabres, couteaux, pistolets mitrailleurs et bombinettes de fabrication
plus ou moins artisanale. Alors, si vous disposez aujourd’hui de preuves du
genre démontrant que le Benhadj trempe ou tentait de tremper dans une action
violente imminente, donnez-les nous à voir. Sinon, libérez-le. Car la place de
Ali Benhadj n’est pas en prison. Elle est dans les salons dorés de la
République. Il doit trôner aux côtés des autres nouvelles stars de la “paix à
barbe”. Ali Benhadj, Abassi Madani, Madani Mezrag, Kertali et autres Benhadjar
sont la vitrine flambant neuf de l’Algérie réconciliée bla djedha avec
elle-même. Il est impossible et impensable que l’on ait pu trouver des documents
appelant à la violence chez Alilou. C’est un chef intégriste, et les chefs
intégristes, c’est bien connu, surtout depuis le 29 septembre dernier, n’ont
jamais appelé au meurtre, n’ont jamais mené une guerre contre le peuple, n’ont
jamais rendu licite l’enfournement des bébés. S’il y a des documents
dangereusement subversifs, appelant à déstabiliser une Algérie qui ne veut que
la paix, il faut les chercher dans les tombes de Belkaïd, Boucebsi, Belkhenchir,
Djaout ou Hachemi Chérif. Mais pas chez Ali Benhadj, que Dieu et la Mouçalaha
lui prêtent longue vie. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar
continue.
H. L.
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