Samedi 08 Octobre 2005
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COMME DES POISSONS DANS UN BOCAL !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

“Prix Nobel de la paix. Zut ! C’est encore raté cette année. L’année
prochaine, peut-être ? “

Courage !

Comment peut-on être sûrs que nous sommes bien revenus à l’époque de la chape de plomb, du parti unique, du “béni ouiouisme” imposé par la terreur et du culte de la personnalité ? Les scores enregistrés lors du dernier référendum ? Oui, mais ça ne suffit pas. L’entêtement à vouloir nier que Mohamed Benchicou est enfermé en prison pour ses idées et ses écrits et pas pour un imaginaire et ridicule délit de droit commun ? Oui, mais ça ne suffit pas. Les immenses portraits du chef de l’Etat qui balafrent la plupart de nos villes ? Oui, mais ça ne suffit pas. Depuis ce jeudi, à 15 heures 55, j’ai enfin la preuve de chez preuve que nous sommes revenus dare-dare aux années sans parole, au caveau de la pensée. Je situe avec précision et professionnalisme le moment où j’ai eu la révélation : cinq minutes avant le journal télévisé en tamazight. Cinq longues minutes pendant lesquelles je les ai revus. Tous ! Sans exception. Un grand moment d’interlude avec ces stars. D’abord, la star d’entre les stars, le poisson qui tourne et retourne dans le bocal. 48 heures après, j’ai encore le goût des écailles sur la langue. Il y a eu ensuite les pigeons batifolant et s’ébrouant sur les rebords d’une fontaine publique. En la matière, le caméraman a réussi une véritable performance. Filmer une séquence aussi longue de pigeons sans jamais les montrer en train de se soulager. Il y a eu ensuite la fameuse abeille butineuse. Aaaaaaaaaaaah ! L’abeille butineuse ! C’est un classique du genre. Elle papillonne d’un bulbe à une pétale. Elle aspire consciencieusement le pollen, bat doucement des ailes, d’un mouvement qui fait dire au téléspectateur que le miel sera sûrement bon cette année. 48 heures après, mes oreilles en bourdonnent encore. Ah, oui ! J’allais presque oublier la fonte des neiges dans un impétueux ruisseau au contrebas de Lalla Khadidja. Blancheur immaculée conjuguée au vert éclatant d’une herbe que l’on croirait importée des Alpes. Car, même dans une séquence interlude, il faut penser à la petite dose de carte postale kabyle. 48 heures après, j’en suis presque à me demander s’il y a bien eu la marche du 14 juin 2002 et près de 200 morts durant le printemps noir. Au bout de ces cinq longues minutes d’interlude, le poisson, les pigeons, l’abeille butineuse et les pentes enneigées de nos montagnes ont cédé leur place au JT. Mais je ne m’inquiète pas trop, car je sais que je vais les revoir très souvent. C’est le vieux assis sur le banc public et qui donne interminablement à manger aux pigeons qui me l’a dit. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.

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