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“Prix Nobel de la paix. Zut ! C’est encore raté cette année. L’année
prochaine, peut-être ? “
Courage !
Comment peut-on être sûrs que nous sommes bien revenus à l’époque de la chape
de plomb, du parti unique, du “béni ouiouisme” imposé par la terreur et du culte
de la personnalité ? Les scores enregistrés lors du dernier référendum ? Oui,
mais ça ne suffit pas. L’entêtement à vouloir nier que Mohamed Benchicou est
enfermé en prison pour ses idées et ses écrits et pas pour un imaginaire et
ridicule délit de droit commun ? Oui, mais ça ne suffit pas. Les immenses
portraits du chef de l’Etat qui balafrent la plupart de nos villes ? Oui, mais
ça ne suffit pas. Depuis ce jeudi, à 15 heures 55, j’ai enfin la preuve de chez
preuve que nous sommes revenus dare-dare aux années sans parole, au caveau de la
pensée. Je situe avec précision et professionnalisme le moment où j’ai eu la
révélation : cinq minutes avant le journal télévisé en tamazight. Cinq longues
minutes pendant lesquelles je les ai revus. Tous ! Sans exception. Un grand
moment d’interlude avec ces stars. D’abord, la star d’entre les stars, le
poisson qui tourne et retourne dans le bocal. 48 heures après, j’ai encore le
goût des écailles sur la langue. Il y a eu ensuite les pigeons batifolant et
s’ébrouant sur les rebords d’une fontaine publique. En la matière, le caméraman
a réussi une véritable performance. Filmer une séquence aussi longue de pigeons
sans jamais les montrer en train de se soulager. Il y a eu ensuite la fameuse
abeille butineuse. Aaaaaaaaaaaah ! L’abeille butineuse ! C’est un classique du
genre. Elle papillonne d’un bulbe à une pétale. Elle aspire consciencieusement
le pollen, bat doucement des ailes, d’un mouvement qui fait dire au
téléspectateur que le miel sera sûrement bon cette année. 48 heures après, mes
oreilles en bourdonnent encore. Ah, oui ! J’allais presque oublier la fonte des
neiges dans un impétueux ruisseau au contrebas de Lalla Khadidja. Blancheur
immaculée conjuguée au vert éclatant d’une herbe que l’on croirait importée des
Alpes. Car, même dans une séquence interlude, il faut penser à la petite dose de
carte postale kabyle. 48 heures après, j’en suis presque à me demander s’il y a
bien eu la marche du 14 juin 2002 et près de 200 morts durant le printemps noir.
Au bout de ces cinq longues minutes d’interlude, le poisson, les pigeons,
l’abeille butineuse et les pentes enneigées de nos montagnes ont cédé leur place
au JT. Mais je ne m’inquiète pas trop, car je sais que je vais les revoir très
souvent. C’est le vieux assis sur le banc public et qui donne interminablement à
manger aux pigeons qui me l’a dit. Je fume du thé et je reste éveillé, le
cauchemar continue.
H. L.
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