- CHAFIK ABDI, DIRECTEUR DE PUBLICATION DU "JEUNE INDÉPENDANT"
“Pour bénéficier d’une grâce”
Je souhaite de tout cœur que Mohamed Benchicou puisse bénéficier d’une
grâce et passer les fêtes de l’Aïd avec les siens. Je souhaite également que
ses amis l’aident avec une sérieuse prise en charge pour sauver ce qui reste
à l’être car, comme vous le savez, sa santé n’est pas au beau fixe.
J’espère
enfin que son expérience nous servira tous de leçon pour l’avènement d’une
véritable démocratie en Algérie.
- ABDERRHAMANE MAHMOUDI, DIRECTEUR DE PUBLICATION DU
"JOUR D'ALGÉRIE"
“Difficile d’accepter qu’un confrère soit en prison”
On s’achemine vers le fait que Benchicou est obligé d’effecteur les deux
années de prison ferme. C’est le pire scénario qu’on puisse imaginer. Il n’a
pas été libéré pour des raisons difficiles à cerner en mettant tout le monde
dans une situation délicate dans la mesure où il sera difficile de contester
une décision de justice quelle qu’elle soit. Il est difficile d’accepter
qu’un confrère soit en prison. Il reste que les efforts déployés par les uns
et les autres pour essayer de lever cette mesure n’ont pas été à la hauteur
de cette situation. De toute évidence, il n’a pas été facile de démanteler
les multiples faisceaux qui ont conduit à cette situation. Ce qui n’est pas
vraiment envisageable dans la mesure où cela révèle la persistance d’une
tension encore grande entre différents secteurs de la scène politique
nationale. Et la persistance de cette tension inique probablement que les
luttes politiques dans notre pays continuent à être très violentes. Cela
n’est évidemment pas très positif pour tous. Aussi, cela n’a pas été
possible de le faire dans le cadre des différentes grâces au cours de ces
deux dernières années. C’est également un signe très inquiétant indiquant
que nous ne sommes pas encore sortis de la phase des affrontements et de
l’incapacité à cohabiter dans un climat démocratique apaisé. Et précisément,
les nouvelles conditions à venir nous amènent à penser que, quelque part, la
volonté de maintenir les affrontements à un niveau de violence levée est
probablement souhaitée. Dans quel but ? Il est très difficile de répondre
pour l’instant dans la mesure où plusieurs secteurs du pouvoir ont laissé
entendre que la place d’un journaliste n’est pas en prison. D’autant plus
que la philosophie que la charte pour la paix et la réconciliation nationale
laissait entrevoir des mesures d’apaisement qui auraient pu concerner
Mohamed Benchicou qui n’a commis, jusqu’à preuve du contraire, ni massacre,
ni posé de bombes dans un lieu publique.
- MEHENNA HAMADOUCHE, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE RÉDACTION DE LA "NOUVELLE
RÉPUBLIQUE"
“Nous souhaitons qu’il soit libéré au plus tôt”
On ne pouvait imaginer que la décision d’emprisonnement de deux années
ferme serait mise à exécution. Nous souhaitons que Mohamed Benchicou puisse
être libéré au plus tôt et que la page soit définitivement tournée pour
passer vers une nouvelle étape dans la construction d’un pays démocratique
où la liberté de la presse serait réelle et effective.
- ZINE CHERFAOUI, JOURNALISTE A "EL WATAN"
“Le combat pour la liberté n’a pas encore abouti”
Savoir qu’il y a un journaliste en prison prouve pour toute la
corporation que le combat pour la liberté d’expression et la liberté de la
presse n’a pas encore abouti. Et pour consacrer cette liberté pour laquelle
beaucoup de journalistes ont payé de leur vie, les personnes des médias
doivent prendre leur responsabilité pour faire aboutir cette lutte et la
mener à terme. Bien entendu, ce combat ne peut être mené qu’avec l’adhésion
de la société qui a prouvé plus d’une fois son attachement à la liberté
d’expression et à la presse. Le maintien de Mohamed Benchicou en prison et
la succession de procès à laquelle il fait face montrent que le gouvernement
n’entend pas faire de cadeau à la presse.
- MME GHANIA KHELIFI, DIRECTRICE DE RÉDACTION DE "LIBERTÉ"
“Il a seulement exprimé librement ses opinions”
Un journaliste et directeur de journal est emprisonné comme un criminel.
On sait qu’il n’est pas là où il est pour avoir commis un crime, mais il a
seulement exprimé librement ses opinions et utilisé son droit de libre
expression. Il est aussi intolérable qu’il soit en prison sans soins
médicaux au moment où on parle de démocratie et de droits de l’homme. Pour
moi, il est difficile de pratiquer la profession de journaliste en sachant
qu’un des nôtres est privé de sa liberté. J’espère aussi que la corporation
ne va pas oublier d’autant que Mohamed Benchicou ne regrette rien et ne
demande pas de grâce. Pour lui, la seule façon d’exercer sa profession est
de la faire librement.
- M. LOUNI, RÉDACTEUR EN CHEF DU JOURNAL "L'EXPRESSION"
“On parle de réconciliation alors qu’un journaliste est emprisonné”
Au bout de ces 500 jours de détention, nous espérons voir enfin notre
confrère Benchicou libéré dans les plus brefs délais. C’est ainsi qu’au
moment où l’on parle de réconciliation nationale et qu’on accorde des
circonstances atténuantes à ceux qui ont fait du tort à ce pays. Les
journalistes ont pourtant payé un lourd tribut durant ces dernières années.
Benchicou se retrouve emprisonné et quels que soient les griefs retenus
contre lui, il est honteux que l’on parle de démocratie et de droits de
l’homme dans de telles conditions.
- HADDA HAZAM, DIRECTRICE DE PUBLICATION DU QUOTIDIEN
"EL-FEDJR"
“Les autorités font la sourde oreille”
En dépit des efforts consentis pour sortir Benchicou de prison, les
autorités font la sourde oreille. Mais son combat n’est pas vain. Il est
emprisonné pour ses écrits. Ainsi et en dépit du fait que Reporters sans
frontières a sensibilisé à cette question, les pays européens, notamment la
France, préfèrent mettre en avant leurs intérêts et la question de la
liberté d’expression en Algérie leur est indifférente. Nous demandons donc
la libération du directeur du Matind’autant qu’il a de graves problèmes de
santé. C’est un journaliste, un écrivain et un intellectuel qui a fait face
lors des années où le terrorisme faisait rage. Actuellement, on préfère
libérer ceux qui tuent des citoyens par milliers.
- BACHIR CHERIF, DIRECTEUR DE PUBLICATION DE "LA TRIBUNE"
“Il faut éviter la prison à un journaliste”
Nous sommes peinés de voir un membre de notre corporation en prison.
C’est un constat des plus amers. Et dans ce cadre, nous espérons un geste
fort des autorités pour amender la peine de Mohamed Benchicou. De ce fait,
notre métier sensible qui nous fait faire des erreurs tous les jours fait
qu’à l’instar des autres pays, nous offrons des garanties pour tous types de
condamnations. Nous sommes des citoyens comme les autres, il faut à tout
prix éviter la prison à un journaliste quel que soit le délit d’opinion.
Dans cette optique, il reste beaucoup à faire dans cette profession
notamment dans le cadre de la problématique de l’éthique et de la
déontologie à même d’éviter les atteintes diffamatoires qui discréditent
notre profession.
-MAHMOUD BELHIMER, RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT DU JOURNAL "EL-KHABAR"
“La donne n’a pas changé”
La donne n’a pas changé depuis 500 jours. La presse subit la même
répression depuis déjà plusieurs années. Nous avons constaté une offensive
contre la presse depuis les élections du 8 avril 2004. Mais avant cette
date, nous avons connu aussi les amendements du code pénal qui constituent
un grand recul en matière de garantie juridique à la liberté d’expression.
Mon sentiment personnel est que l’Algérie recule en matière de liberté de la
presse. Un constat amer encore plus dur avec le manque de mobilisation de la
presse soit pour dénoncer la répression, soit pour améliorer la profession .
Propos recueillis par Meriem Ouyahia et F. Zohra B.
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