Panorama : CHRONIQUE DU MOIS LUNAIRE
Le PC familial ne doute pas
Par Maâmar FARAH
farahmaamar@yahoo.fr


Un petit logiciel tiré d’Internet et installé su votre PC familial vous permettra, même si vous n’avez aucune connaissance en informatique, de “voir” la carte du ciel de votre ville ou village. Il suffit simplement d’introduire la latitude et la longitude du lieu où vous vous trouvez et d’ouvrir la boîte de dialogue qui vous livrera la photocopie de la voûte céleste, telle qu’elle est réellement au-dessus de votre tête.

Évidemment, cela dans le cas où vous choisissez la date du jour même. Mais vous pouvez aussi remonter le temps, comme par exemple, voir la carte du ciel de votre jour de naissance, ou aller loin dans le futur : comment seront les étoiles sur votre ville le premier novembre de l’an 2010 ? Tout ceci pour vous dire que la vulgarisation astronomique a fait des pas de géant et qu’il n’est plus nécessaire, aujourd’hui, d’être un grand spécialiste pour faire ce genre de calculs. Mais qu’est-ce une carte du ciel tout d’abord ? L’avantage de ce type de logiciel est qu’il vous permet d’identifier toutes les étoiles se trouvant dans “votre” ciel, ainsi que les plus lointaines galaxies, les nébuleuses, tout ce qui est visible et invisible à l’œil nu. Certaines étoiles peuvent être identifiées facilement et si l’on règle convenablement l’orientation de la planisphère, en respectant le sens du champ de vision (nord, sud, est, ouest), on peut trouver les noms de tous les corps célestes discernables. Par une nuit claire, je me suis amusé avec les enfants en faisant le va-et-vient entre le balcon et l’ordinateur et nous avons pu reconnaître toutes les grandes étoiles. Que dire alors de la course du Soleil et de la Lune, facilement repérables sur n’importe quelle carte de ce type ? Ainsi, si vous mettez les bons paramètres, il est possible de connaître les dates du début et de la fin du Ramadhan. La carte vous indiquera clairement qu’il est vain d’attendre le croissant lunaire tel jour, alors qu’il sera visible le lendemain. Et ce, quel que soit l’état du ciel. Pour les professionnels, qui disposent d’instruments d’observation et de mesure autrement plus sophistiqués, les calculs seront beaucoup plus précis. En fait, et bien avant l’arrivée d’Internet, les astronomes effectuaient déjà ces calculs dont l’histoire remonte à la nuit des temps. L’observation du ciel et la prévision astronomique ne sont pas une originalité. Ce qui l’est, par contre, c’est l’obstination de nos gouvernements qui continuent d’ignorer superbement la science pour privilégier la vision à l’œil nu du croissant lunaire. Pourtant, il suffit de la présence de quelques nuages pour empêcher toute observation ! Sur ce plan-là, il faut reconnaître que nous enregistrons un net recul par rapport à nos positions antérieures, lorsque nous avions décidé de privilégier l’observation scientifique. Durant les années soixante-dix, nous eûmes droit à un calendrier “fixe” des dates religieuses, en accord avec d’autres pays arabes et musulmans. Au lieu de passer notre temps à attendre qu’un quidam repère le croissant et qu’il communique la nouvelle à cette fameuse commission des “ahila” qui joue au suspense comme dans un film de Hitchcock, pourquoi ne pas prendre le taureau par les cornes et retenir les leçons de ce qui a été fait il y a trente années de cela, sous le règne de Houari Boumediene ? Il est vrai, qu’entre-temps, l’obscurantisme a fait des ravages dans notre société. Nous nous sommes éloignés de nos valeurs authentiques, de cet islam sunnite qu’ont su protéger nos aïeuls dans un Maghreb fraternel et tolérant. Nous nous sommes écartés de l’islam prôné par le réformateur cheikh Abdelhamid Ben Badis dont l’humanisme et la modernité sont une gifle permanente aux troubadours qui veulent nous ramener vers le Moyen-Age. Tout n’a pas été dit sur ce grand homme qui appartient à l’Algérie du progrès et de la justice et non à celle de la régression. Malheureusement, ce sont souvent les porte-parole de l’extrémisme islamiste qui essayent de s’accaparer l’image d’un cheikh qui n’a jamais appartenu à cette famille politique et qui en aurait eu honte aujourd’hui, lui qui a revendiqué l’enseignement affranchi de la tutelle coloniale pour les deux sexes et les libertés syndicales, d’association et de réunion. Mieux, en homme conscient des grandes disparités qui minaient les fondements de la société algérienne, il militait pour la distribution des terrains domaniaux et communaux aux paysans pauvres, l’augmentation des salaires avec diminution des heures de travail, en particulier pour les travailleurs agricoles et des congés payés et des allocations familiales pour tous les salariés ! Le rêve de Abdelhamid Ben Badis deviendra réalité avec les réformes courageuses engagées par le président Boumediene pour généraliser le progrès dans les campagnes et promouvoir la justice sociale et la solidarité. On est bien loin des desseins obscurantistes des nouveaux cheikhs qui n’ont d’oulémas que le nom. Aujourd’hui, et au moment où l’Algérie décide de doter chaque famille d’un ordinateur, il faut revenir à l’esprit de Abdelhamid Ben Badis pour réveiller la passion de nos jeunes pour la science et redonner à l’islam son visage exact, loin des délires de ceux qui ont mystifié les foules avec un signal laser. L’exemple de l’observation du début et de la fin du Ramadhan par des méthodes archaïques n’est que l’une des nombreuses aberrations de nos sociétés, fruit des dérives de nos institutions religieuses qui n’ont de cesse d’offrir concession sur concession aux intégristes. Quant à l’argument de se conformer strictement aux recommandations du Coran, il faut peut-être indiquer à nos docteurs de la foi que l’observation des phénomènes célestes ne se fait plus de la même manière qu’à l’époque de la révélation, puisque nous disposons d’instruments sophistiqués, comme le télescope spatial Hubble, qui peuvent voir les étoiles et les galaxies invisibles à l’œil nu. Faire confiance à la science, ce n’est pas une hérésie, mais aller dans le sens du progrès pour éviter que des milliards de musulmans ne soient induits en erreur dans la pratique de leur religion. En rejetant depuis quelques années les calculs des astrophysiciens et en s’alignant automatiquement sur l’Arabie saoudite, les autorités religieuses font une grave erreur, car n’importe quel scientifique pourra vous prouver que le croissant peut très bien être observé à Djeddah et pas du tout en Algérie, l’angle de vision n’étant pas simplement toujours le même. Mais qui nous entendra par ces temps où l’on se réconcilie même avec l'absurde ?
M. F.

P. S. : Cher frère Mohamed, aujourd’hui c’est le premier jour après 500 que tu passes en prison. Il ne reste que 229 nuits à vivre là-bas, avant de retrouver ta liberté, ta famille et ta vie professionnelle qui sont tes trois passions. Mais qu’est-ce 229 jours face à la gloire éternelle qui récompensera un jour, dans les mémoires et les livres d’histoire, le combat de tous les braves de ce pays, ceux qui ont refusé le chemin de la docilité, pour emprunter, heureux et fiers, la route des hauteurs ?

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