|
“Lutte préventive contre la grippe aviaire. Les autorités algériennes
viennent de prendre une importante et courageuse
décision. La catégorie “poussins” vient d’être supprimée du
championnat de football.”
Et les poids plume en boxe ?
J’avais juste envie de marquer le 501e jour. Comme pour dire qu’il ne suffit
pas de se laver les bords de la conscience avec un dossier ou un entrefilet sur
le 500e jour de détention de Mohamed pour se sentir ensuite soulagé et mieux
dormir le soir. J’avais comme l’impression hier d’une corvée à expédier, marquer
sa présence à une commémoration fastidieuse, comme ces habitués des cimetières
qui, toute l’année, ne sont jamais au chevet d’un malade, mais le jour de son
trépas se postent bien en évidence au bord du trou. Et se hissent même sur la
pointe de leurs chaussures pour être remarqués de la famille du défunt. Mohamed
n’est pas mort. Il est malade. Mais il n’est pas mort. Il vit même aujourd’hui
son 501e jour de détention. Demain vendredi, il endurera son 502e jour de
prison. Et nous ne serons jamais à la hauteur de son calvaire lorsque,
interrogés sur son maintien en prison, sur son drame de détenu malade, nous ne
trouvons rien de mieux à dire que de déblatérer à moindre frais sur l’urgence
d’un code ou d’une charte de déontologie. Bon dieu de bonsoir, ce n’est pas de
l’avenir de la presse dont il s’agit aujourd’hui, dans l’immédiat, mais bien de
celui de Mohamed en tant qu’homme arbitrairement détenu et arbitrairement
soigné. On parle de l’encagement d’une des plus belles plumes d’expression
française, et les “interpellés” évoquent la nécessaire prise de conscience de la
caste des journalistes après le 8 avril 2004 ! L’art de l’esquive en journalisme
me semble moins noble qu’en boxe. Mais plus blessant, lorsqu’il ne se révèle pas
parfois meurtrier. Alors, 501e jour de détention pour Mohamed. 502e jour de
détention demain. Et les suivants. Souffrez de vous heurter chaque matin à ce
terrible compteur qui continuera de s’afficher sur la Une du Soir d’Algérie tant
que Benchicou restera en prison. Une goutte d’eau. Et puis avant de terminer,
cette anecdote, cette autre goutte d’eau délicieuse : c’est au moment où il
manifestait devant l’ambassade d’Algérie à Paris pour marquer le 500e jour de
détention de Mohamed et exiger des autorités algériennes sa libération que
Robert Ménard a appris qu’il était récipiendaire, au titre de Reporters sans
frontières, du prestigieux prix Sakharov. Et nous, où étions-nous ? Je fume du
thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
|