Le procès de treize membres présumés du Groupe islamique combattant marocain (GICM) s’est ouvert, avant-hier, à Bruxelles. Ce mouvement radical que tous les experts, qui suivent les évolutions de la mouvance islamiste, donnent pour inféodé à Al Qaïda, a commencé à faire parler de lui dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001 (WTC et Pentagone). Tout, en effet, indique qu’auparavant les “frères marocains” se contentaient plutôt d’aider leurs “collègues” Algériens des GIA. La stratégie d’avantseptembre 2001 avait ceci d’avantageux que le pouvoir marocain voyait d’un œil bienveillant que ses “éléments nuisibles” s’affairent à encourager et porter les “tueries en Algérie” plutôt qu’à activer au Maroc. Bon an, mal an, les choses se sont déroulées ainsi jusqu’à l’intrusion — violente et sans retenue — d’Al Qaïda sur la scène du terrorisme mondial. A partir de cet instant, en effet, Américains et Européens ont daigné, enfin, permettre à leurs services d’enquêter et d’investiguer au-delà du discours lâche et ambiant qui prévalait, alors, en Occident. Et qui consistait à réduire ce qui se passait en Algérie à une “guerre civile entre Algériens” et des “violences dues à l'arrêt du processus électoral” par les militaires. Le “qui-tue-qui” consistera dès lors à offrir l’assise théorique nécessaire à cette folle analyse américano- européenne. Le Groupe islamique combattant marocain a donc reçu pour instruction de continuer certes de s’occuper “d’algérianités” mais de porter aussi le “combat” sur le sol marocain et ailleurs, si c’est possible. A partir de là, les différents services de renseignement européens, français, belges, néerlandais, suédois et anglais, notamment, s’intéresseront de plus en plus à l’islamisme radical marocain et, surtout, à ses accointances avec des segments des services de ce pays. Y a-t-il eu nettoyage dans le royaume de Mohamed VI qui eût permis de neutraliser les officiers et sousofficiers qui travaillaient, main dans la main, avec les islamistes ? Est-ce une rupture voulue par Al Qaïda que de sommer le GICM de se détacher des “moukhabarate” du Makhzen ? Y a-t-il eu une peur d’Etat de voir le palais royal impliqué dans des opérations de déstabilisation de l’Algérie. A. Layada, ce garagiste algérien, impliqué dans des opérations de terrorisme et détenu durant de longues années au Maroc, a témoigné, en tout cas, de l’existence de faisceau suffisant de preuves qui incitent à accréditer la thèse selon laquelle le Maroc a été tenté par l’utilisation des GIA et du FIS comme “cartes maîtresses” d’affaiblissement de l’Algérie. Toujours est-il que les avocats des treize membres inculpés du GICM ont, d’emblée, situé le problème à un niveau formel pour ne pas permettre au tribunal d’aller au fond du dossier. L’un des maîtres du barreau bruxellois et défenseur des prévenus du GICM monte au créneau pour pouvoir s’exprimer en néerlandais plutôt qu’en français. Après s’être retiré pour examiner la requête, le tribunal rend son verdict : la demande est irrecevable parce qu’introduite en une autre langue que le français. Le tribunal a, ensuite, mis les débats en continuation au 16 novembre du mois en cours. Les accusés dont deux n’étaient pas présents, avant-hier, sont tenus de s’expliquer sur le soutien logistique apporté en GICM (fourniture de faux documents, hébergement de terroristes ayant participé aux attentats de Madrid de mars 2004 ou de Casablanca de mai 2003). Tous ont été arrêtés aux Pays-Bas et en Belgique. Pour rappel, relevons qu’il s’agit du premier procès en Belgique en vertu de la nouvelle loi de 2003 sur le terrorisme. Avant, lorsque des Algériennes et des Algériens étaient flingués, révolvarisés, pendus, gazés, enfournés, passés par l’épée, jetés par-dessus les balcons ou étouffés, en présence de leurs enfants, à l’aide d’un coussin jusqu’à la mort comme ce fut le cas du sociologue Boukhoubza, les lois belges ne pouvaient évoquer, pour ceux qui étaient arrêtés, que “l’association de malfaiteurs”. Le 11 septembre 2001 a, depuis, changé la donne. Tant mieux ! A. M.
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