
Actualités : LE SYNDICAT DES OFFICIERS DE LA MARINE MARCHANDE ACCUSE Les millions de dollars que perd la Cnan
Dans un rapport fort détaillé, le Syndicat national des officiers de la marine marchande (Snommar), section Compagnie nationale algérienne de navigation (Cnan) tire la sonnette d’alarme pour faire réagir les plus hautes instances du pays pour sauver leur pavillon. Comptabilisant les pertes annuelles enregistrées sur neuf navires, ce syndicat a estimé un manque à gagner de 111 460 700 USD pour «mauvaise gestion». Entamant ce triste décompte, le syndicat écrit « Le Hadjar de plus de 25 ans, après avoir passé six mois dans un chantier de Pologne, se trouve actuellement en Roumanie dans un chantier de réparation depuis 6 mois. Le montant de la facture avoisine actuellement les dix millions d’euros, soit le prix d’un navire neuf du même type». D’après le Snommar, ce même navire est resté auparavant trois années immobilisé au port d’Annaba générant un manque à gagner de «58 400 000 USD». Selon toute vraisemblance, à sa sortie de réparation et son âge aidant, ce navire risque d’être vendu à la casse «puisque ne remplissant plus les conditions de sécurité et de navigabilité de plus en plus sévères». Aussi, les syndicalistes s’interrogent : «Quel est l’armateur au monde qui se permet d’immobiliser un navire de 60 000 tonnes durant quatre ans et de persister pour le réparer pour la somme astronomique de plus de 10 000 000 euros » Les pertes du Hadjar sont ainsi de l’ordre de 68 000 000 USD. Vient ensuite le M/V Batna, connu après son naufrage en novembre 2004, qui était en rade d’Alger depuis juin 2001, en attendant d’être mis en chantier de réparation. Après la catastrophe naturelle de novembre 2001, sa coque a été fortement endommagée après avoir raclé le fond de la mer. De surcroît, l’expertise sous-marine a révélé plusieurs déchirures au niveau des ballasts. «Bien que dans pareils cas, les frais de réparation sont pris en charge par les assurances, les gestionnaires de la Cnan ont négligé ce navire et l’ont abandonné sur rade avec tous les risques», note le syndicat autonome. Et d’ajouter : «A cause de la mauvaise gestion, il a occasionné une perte 26 900 000 USD, en comptabilisant les frais de déséchouage (2 000 000 USD), le manque à gagner et le coût journaliser». L’immobilisation du désormais sinistre Béchar en rade d’Alger aura coûté «1 800 000 USD sans compter le préjudice commercial subi par la compagnie». souligne les commandants du Snommar. Les pertes du M/V Bechar dues à la «mauvaise gestion» sont de 3 206 700 USD. Ceci, sans parler des préjudices causés à l’Algérie et à la compagnie : la perte de postes de travail pour 75 familles algériennes, l’augmentation des polices d’assurances pour les navires algériens et la perte de confiance des clients. La perte des 16 marins reste, elle, inestimable. S’agissant du Ksar Chellala, qui après sa sortie d’arrêt technique ayant coûté 1,5 million de dollars américains, est détenu par le Port state control (PSC) d’Anvers en Belgique depuis le 7 janvier 2005. «En plus du PSC, trois chargeurs ont saisi le navire et obligé la CNAN de verser une caution de 2 125 000 USD», relève le document. Sans comptabiliser le manque à gagner, le coût journalier, la marchandise avariée et «celle débarquée en Orient par erreur sans présentation de connaissement», le total des pertes est de 2 925 000 USD. En continuant le décompte, le syndicat cite le navire Sersou resté paralysé en mer de Chine pendant plus de 45 jours. «Cette immobilisation a coûté à la Cnan une perte de 15 000 USD par jour, soit 475 000 USD. Ce navire est aujourd’hui en mer de Chine en attente de destination», est-il affirmé. Le cas du navire Gara Djebiletest le plus surprenant. En effet, selon ce rapport, il est immobilisé à Alger depuis plus d’une année «à cause d’un groupe électrogène acheté à El-Hamiz pour une valeur fictive d’environ six millions de dinars alors que sa valeur réelle ne dépasse guère le million de dinars». Dans ce document, il est constaté que ce groupe n’a jamais fonctionné malgré plusieurs interventions dans des chantiers locaux et étrangers et des factures très salées dépassant largement le prix d’un groupe électrogène neuf. «En outre, à cause de ce groupe, ce navire a failli connaître le même sort que le navire Béchar qui a sombré corps et biens», est-il constaté. Le manque à gagner pour ce navire atteint 1 260 000 USD. Le Djebel Refaâ, pour sa part, est immobilisé en Libye depuis décembre 2004. «Un litige oppose l’affréteur italien MIDI Freight à un Libyen. Dans cette situation, la Cnan perd des sommes colossales sans oublier le préjudice commercial et moral du fait que l’équipage est tenu en otage. L’état technique d’un navire affrété ne peut que se détériorer. Le manque à gagner brut est de 7 200 000 USD.» estime le Snommar. Le syndicat est, aussi, revenu sur la collision du R/R Tlemcen. Pour rappel, le 8 mars 2005 vers 19 h 30, au large de Marseille à 1, 5 mile de cap Couronne, le navire roulier de Cnan Group et le navire avitailleur en soutes «Louise» battant pavillon français de près de 90 mètres de longueur sont entrés en collision. Cet abordage a occasionné des dégâts très importants aux deux navires. «Actuellement, le Tlemcen est immobilisé au port de Marseille dans l’attente d’une réparation. Il s’avère que les dommages subis sont plus importants que prévus par l’armateur. En effet, la partie avant du navire composée du bulbe et de l’étrave, en dessous de la ligne de flottaison est sérieusement endommagée», indique le syndicat. «Cette longue immobilisation a grevé des dépenses substantielles et alourdi le plan de charge de la compagnie, s’ajoutant à cela un lourd préjudice commercial. Le tout avoisine les 1 200 000 euros», estime encore le syndicat. Enfin, il est cité le Millenium express qui coûte 14 000 USD par jour à longueur de l’année. «Son exploitation est tellement non rentable que la Cnan pour camoufler la désastreuse gestion balance ses frais sur ceux des navires escalant par Marseille tout en y chargeant les marchandises qui leur sont destinées au préalable. Les pertes annuelles de ce navire sont de 6 774 000 USD en comptabilisant les coûts d’exploitation », conclut ce document. Meriem Ouyahia
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