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“Excédés qu’on les prenne tous pour des vandales et des
pyromanes, et voulant montrer que les cités étaient aussi
des lieux de convivialité, des jeunes de Clichy-sous-Bois ont
invité Sarkozy à déjeuner autour d’un… barbecue géant. Et
au dessert, ils lui ont servi du caramel…”
…brûlé.
Oh, ma tête ! Elle pèse des tonnes. Je sors à l’instant d’une discussion avec
un expert économique. Réagissant à ma chronique d’hier dimanche sur les 55
milliards de dollars de réserves de change et sur l’absence, derrière ce trésor
de retombées concrètes sur la population, l’expert a tenu absolument à me
rencontrer et m’expliquer que les choses ne sont pas aussi simples que je les
présente. Autour d’un gueuleton aussi économique que celui qui m’y avait invité,
le déluge de théories, de thèses et d’expressions aussi imperméables qu’un K-way
ont commencé à me tomber sur la tête. D’abord, le savant monsieur a voulu savoir
si en parlant de “redistribution de la rente” je me plaçais dans une optique de
macro ou de micro-économie. J’ai failli mal le prendre et lui ai répondu que les
seuls maquereaux que l’indépendance avait mis sur mon chemin ces 44 dernières
années c’étaient justement ceux qui avaient confisqué et privatisé cette
indépendance. M’expliquant qu’il s’agissait juste d’un malentendu sur des
concepts, l’expert a poursuivi en insistant sur la nécessité mortellement vitale
pour l’Algérie de préserver les équilibres dans les mouvements de capitaux non
directement productifs ni créateurs d’emplois. Il m’a également invité à me
méfier des raccourcis qui voudraient qu’un argent gagné aux robinets fuyants du
pétrole soit directement disponible. Il a même ri en m’apprenant qu’en fait, ce
sont des rentrées de devises indirectes. Il leur faut le temps d’emprunter tous
les circuits longs et tortueux avant d’arriver chez nous. Et même lorsqu’ils
arrivent dans nos caisses, il ne faut pas croire que nous pouvons en bénéficier
comme ça, d’un claquement de doigts. “Ça met du temps !”, m’a-t-il asséné d’un
air très docte. J’allais lui répondre que depuis “plus de quarante ans que
l’argent du pétrole circule dans les longs et tortueux circuits, il en serait
tout de même arrivé des miettes dans nos assiettes”. Mais l’homme dégustait à
présent benoîtement une poire au dessert. Et dans ses yeux visiblement
satisfaits des explications qu’il m’avait assénées, je ne suis pas arrivé à
discerner qui était la vraie poire d’entre nous deux. Par contre, ce dont
j’étais sûr, c’est qu’à force d’écouter ce genre d’experts, nous finirons
vraiment par croire que l’argent du pétrole nous pourrons enfin en bénéficier
lorsqu’il n’y aura plus une seule goutte d’or noir à extraire de nos sous-sols.
Et ça, voyez-vous, c’est dangereux. Pour le coup, c’est mon économiste qui a
payé la note. N’étant pas complètement goujat, je me suis promis à mon tour de
l’inviter un jour proche à… fumer du thé et à rester éveillé, juste pour
vérifier qu’entre les maquereaux et la micro-économie, il y a le cauchemar qui
continue. H. L.
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