Lundi 14 Novembre 2005
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MON AMI L’EXPERT !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

“Excédés qu’on les prenne tous pour des vandales et des
pyromanes, et voulant montrer que les cités étaient aussi
des lieux de convivialité, des jeunes de Clichy-sous-Bois ont
invité Sarkozy à déjeuner autour d’un… barbecue géant. Et
au dessert, ils lui ont servi du caramel…”

…brûlé.

Oh, ma tête ! Elle pèse des tonnes. Je sors à l’instant d’une discussion avec un expert économique. Réagissant à ma chronique d’hier dimanche sur les 55 milliards de dollars de réserves de change et sur l’absence, derrière ce trésor de retombées concrètes sur la population, l’expert a tenu absolument à me rencontrer et m’expliquer que les choses ne sont pas aussi simples que je les présente. Autour d’un gueuleton aussi économique que celui qui m’y avait invité, le déluge de théories, de thèses et d’expressions aussi imperméables qu’un K-way ont commencé à me tomber sur la tête. D’abord, le savant monsieur a voulu savoir si en parlant de “redistribution de la rente” je me plaçais dans une optique de macro ou de micro-économie. J’ai failli mal le prendre et lui ai répondu que les seuls maquereaux que l’indépendance avait mis sur mon chemin ces 44 dernières années c’étaient justement ceux qui avaient confisqué et privatisé cette indépendance. M’expliquant qu’il s’agissait juste d’un malentendu sur des concepts, l’expert a poursuivi en insistant sur la nécessité mortellement vitale pour l’Algérie de préserver les équilibres dans les mouvements de capitaux non directement productifs ni créateurs d’emplois. Il m’a également invité à me méfier des raccourcis qui voudraient qu’un argent gagné aux robinets fuyants du pétrole soit directement disponible. Il a même ri en m’apprenant qu’en fait, ce sont des rentrées de devises indirectes. Il leur faut le temps d’emprunter tous les circuits longs et tortueux avant d’arriver chez nous. Et même lorsqu’ils arrivent dans nos caisses, il ne faut pas croire que nous pouvons en bénéficier comme ça, d’un claquement de doigts. “Ça met du temps !”, m’a-t-il asséné d’un air très docte. J’allais lui répondre que depuis “plus de quarante ans que l’argent du pétrole circule dans les longs et tortueux circuits, il en serait tout de même arrivé des miettes dans nos assiettes”. Mais l’homme dégustait à présent benoîtement une poire au dessert. Et dans ses yeux visiblement satisfaits des explications qu’il m’avait assénées, je ne suis pas arrivé à discerner qui était la vraie poire d’entre nous deux. Par contre, ce dont j’étais sûr, c’est qu’à force d’écouter ce genre d’experts, nous finirons vraiment par croire que l’argent du pétrole nous pourrons enfin en bénéficier lorsqu’il n’y aura plus une seule goutte d’or noir à extraire de nos sous-sols. Et ça, voyez-vous, c’est dangereux. Pour le coup, c’est mon économiste qui a payé la note. N’étant pas complètement goujat, je me suis promis à mon tour de l’inviter un jour proche à… fumer du thé et à rester éveillé, juste pour vérifier qu’entre les maquereaux et la micro-économie, il y a le cauchemar qui continue. H. L.

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