Mercredi 16 Novembre 2005
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BALAYER DEVANT SA PORTE BLINDÉE !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr

Les juges l’ont eux-mêmes avoué : “Nous sommes impuissants !”.
Heureusement qu’il reste les avocats et leurs effets de …

…manche

Bien sûr que je chambre les Tunisiens et leur sommet mondial sur l’information qui s’ouvre ce mercredi. Bien sûr qu’à partir d’aujourd’hui, à Tunis capitale, il y aura plus de flics en civil que de citoyens tunisois. Bien sûr que les chambres d’hôtel où logeront les congressistes seront truffées de micros et de caméras jusque dans la chasse d’eau des toilettes, hachakoum. Bien sûr que le portrait méga-géant du président Ben Ali surplombera l’estrade sur laquelle se pressera une flopée d’experts internationaux de la parole, de l’expression et de la communication “libre”. Bien sûr que de tous temps, une arrivée à l’aéroport de Tunis Carthage et le passage devant la police des frontières ressemblent à un interrogatoire poussé et que l’on a, des fois, furieusement envie de crier à la face du flic qui vous demande le nom et prénom de votre père et de votre mère “wach k… ?” étant entendu bien sûr qu’en Tunisie, ce terme n’est pas considéré comme une insulte. Bien sûr qu’il faut se méfier du cafetier de l’avenue Habib-Bourguiba s’il vous demande si vous mettez un ou deux sucres dans votre café et si vous vous sentez bien en Tunisie, les statistiques étant précises : un cafetier tunisois sur trois travaille pour le ministère de l’Intérieur, les deux autres se répartissant entre le département du renseignement militaire et celui des cellules de vigilance du RCD, le parti au pouvoir. Bien sûr que c’est tout cela la Tunisie qui accueille le sommet mondial sur la communication, l’un des plus gros gags planétaires, classé juste après la déclaration de Ben Bella jurant la main sur le cœur, lors de son jubilée à Maghnia, que Bouteflika était son meilleur ami. Mais en même temps, les choses ont ce gros avantage d’être claires en Tunisie. C’est un Etat policier. C’est une dictature. On y cultive le culte de la personnalité jusqu’à la caricature. Ne pas accrocher la photo en quadrichromie de Ben Ali dans sa chambre à coucher au-dessus de son lit peut s’assimiler aux yeux bandés de la loi tunisienne à une tentative de coup d’État. Ça, tout le monde le sait. Il y a plus gênant. Il y a l’Algérie. Un pays voisin dont les responsables, au plus haut niveau, ne cessent de clamer qu’ils ont la presse la plus libre du monde arabe. Un pays dont les dirigeants affirment sans rougir qu’il n’existe pas de détenus d’opinion ni de journalistes mis en prison pour leurs écrits. Un pays qui mate dans le sang des émeutes de jeunes chômeurs. Tout en voulant draper ses vilenies avec de la soie chatoyante et tous les atours d’une démocratie émergeante. A bien y réfléchir, je préfère, et de loin, les dictateurs qui ne se la jouent pas démocrates. Ça fait des économies de débats et de minauderies pseudo démocrates devant les mines ravies de journalistes occidentaux que l’on “invite” à venir ici faire du publi-reportage non déclaré. Alors oui, je vous le concède volontiers, c’est un peu facile de s’en prendre à la Tunisie et à son sommet mondial sur l’information lorsque, juste à côté, chez le voisin à la presse la plus émancipée du monde arabe, l’opinion libre n’a jamais été aussi malmenée depuis 1990. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.

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