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Les juges l’ont eux-mêmes avoué : “Nous sommes impuissants !”.
Heureusement qu’il reste les avocats et leurs effets de …
…manche
Bien sûr que je chambre les Tunisiens et leur sommet mondial sur
l’information qui s’ouvre ce mercredi. Bien sûr qu’à partir d’aujourd’hui, à
Tunis capitale, il y aura plus de flics en civil que de citoyens tunisois. Bien
sûr que les chambres d’hôtel où logeront les congressistes seront truffées de
micros et de caméras jusque dans la chasse d’eau des toilettes, hachakoum. Bien
sûr que le portrait méga-géant du président Ben Ali surplombera l’estrade sur
laquelle se pressera une flopée d’experts internationaux de la parole, de
l’expression et de la communication “libre”. Bien sûr que de tous temps, une
arrivée à l’aéroport de Tunis Carthage et le passage devant la police des
frontières ressemblent à un interrogatoire poussé et que l’on a, des fois,
furieusement envie de crier à la face du flic qui vous demande le nom et prénom
de votre père et de votre mère “wach k… ?” étant entendu bien sûr qu’en Tunisie,
ce terme n’est pas considéré comme une insulte. Bien sûr qu’il faut se méfier du
cafetier de l’avenue Habib-Bourguiba s’il vous demande si vous mettez un ou deux
sucres dans votre café et si vous vous sentez bien en Tunisie, les statistiques
étant précises : un cafetier tunisois sur trois travaille pour le ministère de
l’Intérieur, les deux autres se répartissant entre le département du
renseignement militaire et celui des cellules de vigilance du RCD, le parti au
pouvoir. Bien sûr que c’est tout cela la Tunisie qui accueille le sommet mondial
sur la communication, l’un des plus gros gags planétaires, classé juste après la
déclaration de Ben Bella jurant la main sur le cœur, lors de son jubilée à
Maghnia, que Bouteflika était son meilleur ami. Mais en même temps, les choses
ont ce gros avantage d’être claires en Tunisie. C’est un Etat policier. C’est
une dictature. On y cultive le culte de la personnalité jusqu’à la caricature.
Ne pas accrocher la photo en quadrichromie de Ben Ali dans sa chambre à coucher
au-dessus de son lit peut s’assimiler aux yeux bandés de la loi tunisienne à une
tentative de coup d’État. Ça, tout le monde le sait. Il y a plus gênant. Il y a
l’Algérie. Un pays voisin dont les responsables, au plus haut niveau, ne cessent
de clamer qu’ils ont la presse la plus libre du monde arabe. Un pays dont les
dirigeants affirment sans rougir qu’il n’existe pas de détenus d’opinion ni de
journalistes mis en prison pour leurs écrits. Un pays qui mate dans le sang des
émeutes de jeunes chômeurs. Tout en voulant draper ses vilenies avec de la soie
chatoyante et tous les atours d’une démocratie émergeante. A bien y réfléchir,
je préfère, et de loin, les dictateurs qui ne se la jouent pas démocrates. Ça
fait des économies de débats et de minauderies pseudo démocrates devant les
mines ravies de journalistes occidentaux que l’on “invite” à venir ici faire du
publi-reportage non déclaré. Alors oui, je vous le concède volontiers, c’est un
peu facile de s’en prendre à la Tunisie et à son sommet mondial sur
l’information lorsque, juste à côté, chez le voisin à la presse la plus
émancipée du monde arabe, l’opinion libre n’a jamais été aussi malmenée depuis
1990. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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