Panorama : KIOSQUE ARABE
Basmalla, la haine au berceau
Par Ahmed HALLI
halliahmed@hotmail.com


Il y a la tribune et il y a l'envers de la tribune. Officiellement, les dirigeants arabes et musulmans sont tous unis contre le terrorisme. Ils se prononcent pour la tolérance, la liberté et un Islam du juste milieu. Dans l'envers de la tribune, les choses ne changent pas. Le discours du Sommet islamique de La Mecque est à l'usage exclusif de l'Occident. Ici rien ne change, hormis le cycle des saisons et la misère.

Pendant que le monde se tournait vers La Mecque pour voir s'il y avait du nouveau, plusieurs faits plus ou moins anodins sont à relever ou à déplorer. D'abord un beau texte de la Saoudienne Wadjhat Al-Howeidar dans le magazine Elaph. Une courte histoire qui vaut toutes les résolutions de sommets arabes et islamiques. C'est celle de Horma (Pudeur)(1), une femme arabe au nom aussi lourd que la prédestination. Elle meurt après une vie de calvaires et soumission à l'homme, battue, brimée et reléguée au rang d'inférieure. Lorsqu'elle ressuscite, elle est entourée de tant de respect et de dévotion qu'elle ne veut plus entendre parler de sa vie terrestre. Horma a ressuscité en tant que vache sacrée chez les hindouistes. Voici un prénom bien de chez nous : Basmalla (2). C'est un prénom nouveau ramené par la vague islamiste. Demain, il y aura des Basmalla partout. Il sera le recours des parents qui n'ont pas très bonne conscience pour ce qui est de leurs devoirs religieux. Des laïcs frileux leur emboîteront le pas pour confirmer leurs bonnes dispositions au repentir. Grâce à la chaîne saoudienne Iqra’ (Lis), les petites filles arabes et musulmanes ont désormais un modèle. Basmalla, ce n'est pas une autre riposte islamique à la poupée Barbie. C'est une petite fille d'Égypte en chair et en os et qui a trois ans à peine. Elle a l'âge de l'innocence, mais ses parents en ont décidé autrement. Le père est un acteur égyptien de second ordre repenti portant barbe et Kamis, façon Abou Lahab. Il est désormais dans l'antichambre des bienheureux. La mère arbore comme il se doit le niqab sous lequel se cacherait le salut des femmes. Elle n'a pas de place précise et n'a que de vagues félicités en guise de promesses. Les deux parents se sont donné une mission subsidiaire sur terre : y propager la haine. Ils n'étaient pas peu fiers, parents et animatrice lorsque Basmalla est apparue sur Iqra'. On devine ce que devaient être les sentiments du Dr Frankenstein devant sa créature recomposée. Voilà, ont-ils dit, le prototype de la nouvelle petite fille arabe, soumise à Dieu et connaissant déjà tout de lui. Basmalla est née avec des dispositions naturelles à l'amour et à la joie, mais son entourage et sa communauté en ont décidé autrement. C'est donc avec un capital de haine, méthodiquement acquis au berceau, qu'elle est apparue sur les écrans. Avec son hidjab et son vêtement ample proclamant “la victoire de Dieu est proche”, Basmalla a répondu aux questions précises de l'animatrice. Non seulement, la puce est savante, mais elle parle. Résumé du feuilleton de l'animatrice surdouée et de la petite fille géniale : L'animatrice : “Essalamou alaïkoum” La petite fille : “Essalamou alaïkoum wa rahmatou Allahi wa barakatouh” L'animatrice : “Quel âge as-tu ?” La petite fille : “Trois ans et demi” L'animatrice: “Tu es musulmane?” La petite fille : “Oui, bien sûr” L'animatrice: “Tu aimes les Juifs ?” La petite fille : “Non !” L'animatrice : “Pourquoi ?” La petite fille : “¨Parce que ce sont des singes et des porcs !” L'animatrice: “Qui a dit ça ?” La petite fille : “Dieu !” L'animatrice : “Il a dit ça où ?” La petite fille : “Dans le Coran “(3) L'animatrice : “Que sais-tu d'autre sur le Juifs?” La petite fille : “Ils fabriquent du Pepsi” L'animatrice : “Oh! Toi aussi tu es au courant du boycott”. L'animatrice, au comble du bonheur, forme des vœux pour que toutes les petites filles arabes suivent cet exemple. Elle demande ensuite à Basmalla de lui raconter une histoire sur les Juifs, elle était toute prête. Conte pour enfants de trois ans : “Une dame juive avait mis du poison dans les aliments du Prophète. S'en étant aperçu, il demanda à l'empoisonneuse les raisons de son geste. Elle lui répondit qu'elle l'avait fait pour tester sa sincérité. Si le poison avait agi, cela aurait signifié qu'il mentait, s'il survivait, cela voudrait dire qu'il disait la vérité.” Notre confrère égyptien Khaled Mountassar note dans Elaph que l'animatrice, Dou'a (Invocation) Amer, a exulté en entendant ce conte. Elle a formé le vœu que chaque Arabe et musulman puisse être comblé par la naissance d'une petite fille comme Basmalla. Elle a failli se lancer, dit-il, dans une danse échevelée après avoir entendu cette histoire. Mais elle s'est souvenue qu'elle était sur le plateau d'une chaîne pudique dirigée par la danseuse Safa Abou Sou'oud. En fait, Safa Abou Sou'oud était une des vedettes des fameux “Fawazirs” du Ramadhan. Des espèces de talk-shows chantés et dansés. Souad Hosni et Shirihane y ont excellé dans les années quatrevingt. Safa les a utilisées comme tremplin vers le mariage avec Cheikh Salah, le propriétaire du groupe A.R.T. Ce richissime homme d'affaires saoudien, doté en outre d'un physique de séducteur, eut tôt fait de subjuguer Safa et de la convaincre d'accepter un contrat plus juteux et plus valorisant. Avant de se décliner en bouquet, A.R.T peinait à boucler ses programmes. Elle diffusait des heures de défilés de modes filmés par ses caméramen, notamment à Paris et à Rome. Les documents étaient, bien sûr, expurgés de toutes images d'épaules ou de poitrines visibles sous des tissus vaporeux. A.R.T respecte les sentiments du public. Seuls les privilégiés de la nomenklatura saoudienne avaient droit aux films originaux non censurés. Quant à la chaîne Iqra’, Khaled Mountassar propose qu'elle s'appelle dorénavant Ikrah, injonction à la haine. Pour ma part, je suggérerais simplement de placer le “h” juste après le “k” pour donner la septième lettre de l'alphabet arabe. C'est la seule vraie étiquette que méritent les pourvoyeurs de haine et de racisme.
A. H.

(1) L'écrivaine rattache à ce prénom fictif toutes les souffrances attachées à cette condition de Horma dans laquelle est confinée la femme.
(2) Abréviation utilisés pour désigner l'invocation d'usage: “Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux”.
(3) En fait, il s'agit d'une lecture linéaire et mal intentionnée du Livre Saint. Dans la tradition biblique, ce sont les constructeurs de la tour de Babel qui furent changés en singes. Le Coran évoque directement ceux qui n'ont pas respecté le sabbat dans la Sourate de la Vache: “Nous leur avons dit : “Soyez des singes abjects!”. Dans Al-Maïda, il est dit : “Dieu a transformé en singes et en porcs ceux qu'il a maudits, ceux contre lesquels il est courroucé et ceux qui ont adoré le Taghout”. Ça peut être n'importe qui mais la tradition intégriste veut qu'il soit à l'usage des Juifs.

Nombre de lectures :

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable