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Contrairement aux autres pays, en Algérie, un barbu qui descend
de la montagne un 24 décembre au soir, c’est franchement
pas…
…un cadeau
Cher père Noël ! Je t’écris ces quelques lignes en cachette de mon vénérable
papa. S’il apprenait que j’appelle quelqu’un d’autre que lui “père”, je ne suis
pas sûr que ça lui plairait. Je tiens à le ménager, car il est âgé et beaucoup
moins bien portant que toi. Je le vois mal conduire à toute allure un traîneau,
cravacher des rênes, sauter de son attelage et s’engouffrer dans l’étroit réduit
d’une cheminée juste pour nous déposer des cadeaux au pied du sapin. D’ailleurs
nous n’avons même pas de cheminée. Encore moins de sapin ! C’est donc en vertu
de toutes ces remarques que je me vois contraint et un peu honteux vis-à-vis de
mon père biologique de faire appel à toi papa Noël. Je rêve d’un cadeau que je
découvrirai demain matin en me réveillant. Je ne sais pas comment tu vas faire
pour m’acheminer ce présent. Mais tu conviendras avec moi que c’est là ta part
du boulot. Je ne vais tout de même pas réfléchir à ta place au convoyage. Même
si je suis au fond conscient de la nature quelque peu particulière du cadeau
commandé. Pourtant, et tu l’auras sûrement remarqué en lisant ma lettre, il ne
s’agit pas d’un jouet hyper-sophistiqué, le dernier-né des usines Playmobil ou
Ravensburger. Rien à voir non plus avec ces pubs montrant des enfants aux joues
toujours roses à force de manger des Kinder multivitaminés, aux yeux toujours
brillants et s’amusant sans se chamailler autour d’un circuit de voitures à
faire pâlir la direction de la circulation de mon pays. Non ! Rien à voir non
plus avec ces consoles de jeux qui font tout, lisent les DVD, lisent les MP3,
servent de Palm, téléphonent et peuvent même intercepter les communiqués des
porte-paroles des hôpitaux militaires français. Rien de tout cela ! Mon cadeau,
c’est en même temps un truc que je voudrais pour moi, bien sûr, mais qui servira
aussi aux autres enfants. A plein d’enfants si tu penses à livrer ma commande ce
soir. Je puis te jurer que je partagerai ma joie. Que je ne serai pas radin si
je trouve l’objet de tous mes désirs, le paquet tant de nuits espéré déposé dans
un coin de ma chambre, au réveil. Ah ! papa Noël, si tu pouvais m’apporter dans
ta hotte un pays normal, un pays qui fonctionne, un pays qui ne pousse pas ses
enfants à le fuir, un pays où il ne faut pas prendre l’avion pour aller se faire
opérer d’un truc bénin, un pays où le métier de faire rire ne vous mène pas
invariablement en prison, un pays où un fonctionnaire payé à 28 000 dinars ne
peut pas se construire en moins de deux ans une villa estimée à 40 millions de
dinars, un pays où le fait d’être “le frère de l’autre” ne vous donne pas droit
de vie ou de mort sur tous ceux qui ne bougent pas dans le “bon sens”. Un pays
normal, quoi ! Voilà, père Noël, j’ai bien conscience que je vous en demande
beaucoup. Faites tout de même un effort. Parce que vous êtes mon dernier
recours. A votre collègue, celui qui est censé venir au Mouloud, j’ai renoncé à
demander quoi que ce soit. A toutes mes requêtes pour avoir un pays normal en
guise de cadeau, lui se contente de me livrer des pétards. Ça en devient
réellement lassant. Tellement lassant que j’en suis réduit à fumer du thé pour
rester éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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