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Bonne année 2006 ! Je vous souhaite à tous, chers lectrices
et lecteurs, un bien précieux et qui ne peut pas toujours
s’acheter :
La santé
Nous sommes jeudi 29 décembre. Carrefour d’El Mouradia. Il est 19 heures. La
pluie fine et pénétrante qui s’abattait il y a quelques instants marque à
présent une pause. L’homme, de grande taille, rendu encore plus longiligne par
une blouse bleue tombant aux genoux, profite de cette accalmie pour reprendre
son travail, repeindre méthodiquement la portion de rampe métallique qui mène en
contrebas jusqu’au fleuriste. Un rouleau à la main, un bidon de laque blanche
posé par terre, il badigeonne sans lever la tête, sans prêter attention au
regard torve des passants pressés qui lorgnent ce peintre qui peint par temps de
pluie, un jeudi, à 19 heures. Seul le claquement sec d’un immense portrait du
chef de l’Etat, environ cinq mètres sur sept imprimé sur de la toile, avec une
dominante de fond bleu et accroché à l’entrée de la présidence, donne un
semblant de vie à la place quasi déserte. Dans le camion de police stationné un
peu plus haut, à hauteur du petit kiosque à journaux et à tabac, deux agents de
l’ordre observent le manège des rares voitures qui empruntent le carrefour à
cette heure-ci. L’homme assis à la place du conducteur enclenche de temps à
autre les balais d’essuie-glaces pour dégager la vue. La pluie fine et
pénétrante, sans doute lassée de marquer une pause, s’est remise à bruiner. Elle
ne semble pas déranger un autre peintre en bâtiment, installé plus haut, à
hauteur de la ruelle menant au ministère de l’Education, juste en face de
l’accès souterrain au parking de la présidence et affairé à blanchir un mur
d’enceinte. Il travaille à l’aide d’une longue perche munie, à son bout, d’un
large rouleau ruisselant de laque. De temps en temps, le second peintre jette un
bref regard à une équipe de trois ouvriers en train de sarcler en contrefort un
carré d’herbes folles. La pluie redouble d’intensité. Les blouses des peintres
et des cantonniers sont trempées. L’immense drapeau claque encore et encore
comme autant de rappels à l’ordre féroces. Pas question de marquer une pause ni
de s’abriter. Tout doit être fin prêt. Le badigeonnage et l’arrachage des
mauvaises herbes doivent impérativement être achevés avant samedi. Et tant pis
si les ouvriers se chopent la crève, une bonne grosse angine. Bon retour,
Monsieur le Président ! Le peuple algérien est soulagé de vous voir guéri. Et il
fume du thé pour rester éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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